Un jour avec, un jour sans – 1 = 1+1 = 3 !

Un jour avec, un jour sans - Affiche (354x501)

Maître incontesté de la déstructuration de la narration cinématographique, Hong Sang-soo nous propose un millésime 2015 élégamment écrit et monté. D’une subtilité extrême, un grand cru enivrant à consommer sans modération.

Le réalisateur Ham Cheonsoo arrive un jour trop tôt dans la ville de Suwon, où il a été invité à parler de son œuvre. Il profite de cette journée d’attente pour visiter un palais de la ville. Il y rencontre Yoon Heejeong, une artiste locale avec laquelle il va discuter, dîner, boire… Mais il n’est pas tout à fait honnête avec Yoon Heejeong.

Titre miroir pour film miroir, telle est la dernière facétie de Hong Sang-soo. Passé maître dans la déstructuration de la narration, le cinéaste coréen ne nous livre non pas un mais deux films. Plus exactement, dans Un jour avec, un jour sans le réalisateur nous raconte deux fois la même histoire avec un interlude musical pour séparer les deux pans de ce diptyque.

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Comme à l’accoutumé chez Hong Sang-soo, l’intérêt premier ne réside pas dans l’histoire racontée (ici, une rencontre amoureuse entre une artiste peintre, incarnée par Kim Min-hee, et un cinéaste, interprété par Jeong Jae-yeong). Sans surprise non plus, nous frôlons l’absence totale d’action puisque, alcool aidant, les langues se délient et nos protagonistes sont lancés dans des discussions où tout est matière à contradiction et improvisation. Nul doute, le cinéaste coréen est bien l’auteur de ce film, sa signature est reconnaissable parmi mille. Sa mise en scène est également très marquée : une majorité de plans fixes, quelques mouvements de caméra simples, le tout « agrémenté » de zooms avant et arrière devenus marques de fabrique du cinéaste depuis Conte de cinéma (2005).

Dès lors, où se cache l’intérêt de cette bluette ? Dans Un jour avec, un jour sans rien ne vient perturber le spectateur qui doit rester concentré sur la structure de la narration. Les aficionados du cinéma de Hong Sang-soo savent à quoi nous faisons référence. Pour les autres, ce long métrage est une belle porte d’entrée pour découvrir ce réalisateur aux expérimentations narratives si singulières : au menu, deux variations d’une histoire racontée de façon linéaire, difficile de faire plus simple.

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Un jour avec, un jour sans se révèle ainsi beaucoup plus simple à aborder que la narration désordonnée de Hill of freedom (2014) ou très désordonnée de Le jour où le cochon est tombé dans le puits (1996). La linéarité du récit et l’identification précise d’un début et d’une fin sont aussi des aides précieuses dont nous ne disposions pas dans Matins calmes à Séoul (2011) ou Sunhi (2013). En définitive, ce millésime 2015 de Hong Sang-soo (17 longs métrages fictionnels en 19 ans) peut être rapproché de In another country (2012) mais avec un aspect ludique dont était dépourvu ce dernier.

La première heure de projection est consacrée au premier récit. Certes elliptique, l’histoire racontée a un réel sens. Après un court interlude musical et un nouveau générique, la deuxième heure est entièrement dédiée à une variation de cette fable. Les acteurs, les lieux, la trame de l’histoire ne varient pas. La deuxième partie de ce diptyque est constituée de scènes nouvelles, de scènes coupées du premier film et de scènes communes aux deux films mais filmées sous un angle différent pour une perception mentale autre. Dans « ce jour sans » (faux-semblant), le protagoniste principal, incarné par Jeong Jae-yeong, adopte une attitude plus honnête et en accord avec ses sentiments. Par effet miroir, « un jour sans » vient combler les ellipses de « un jour avec » et constitue, prodigieuse écriture, une histoire à part entière et différente de la première version du récit !

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Comble de raffinement, après projection, si le spectateur cherche à refermer sur lui-même ce diptyque (superposition des deux variations), il découvre alors une troisième version de l’histoire. En allant voir Un jour avec, un jour sans, il s’attend à voir un film, il en verra deux et pourra en déduire un troisième. Chez Hong Sang-soo, 1=1+1=3 ! Cette nouvelle expérimentation narrative est un très bel et très subtile exercice d’écriture et de montage. Elle constitue une pierre supplémentaire dans l’édifice du cinéaste, vaste panthéon dédié à l’étude des comportements humains qu’un rien peut faire radicalement changer. Magistral. A voir absolument.

Au festival de Locarno 2015, Un jour avec, un jour sans a remporté le Léopard d’Or et le Prix d’interprétation masculine pour Jeong Jae-yeong. Ces deux récompenses sont amplement méritées.

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