Cemetery of splendour – Infinies splendeurs sensorielles

Cemetery of splendour - Luminothérapie (vert)

Notre rédaction In Ciné Veritas a classé Cemetery of splendour en 5ème position dans son Top 2015.

Œuvre irrésistiblement fascinante pour les spectateurs qui sauront s’abandonner à l’expérience cinématographique proposée par Apichatpong Weerasethakul. Chef d’œuvre de sensorialité sidérant que nous rapprochons volontiers des œuvres les plus mémorables de Bela Tarr et Andreï Tarkovski.

Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous   l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.

Dans Cemetery of splendour, Apichatpong Weerasethakul continue à aborder ses thèmes de prédilection tels que la maladie, la mort, la méditation, la spiritualité et les croyances. En creux, le réalisateur délivre aussi un message politique contre l’autoritarisme militaire qui règne dans son pays. Pouvons-nous rêver qu’un jour cette maladie du sommeil qui touche exclusivement des militaires ne puisse enfin agir sur les autorités thaïlandaises ? Le réalisateur l’affirme lui-même, son film est une « méditation sur la Thaïlande« .

Cemetery of splendour - Repas

L’unique, mais indispensable, effort que ce film requiert du spectateur est de se laisser emporter dans cette déambulation onirique à l’orée des consciences et dépourvue de repères. Si cet effort n’est pas effectué, vous resterez derrière le portail de ce Cemetery of splendour, vous sortirez de la salle avant le générique de fin ou adopterez l’attitude des soldats, à savoir un profond sommeil ! Sans vous en rendre compte, vous serez passés à côté d’un instant cinématographique unique.

Film exigeant et difficilement descriptible, le dernier opus du cinéaste thaïlandais créé un monde d’une limpidité et d’une douceur extrêmes. Il forme une sorte de cocon parfaitement aménagé par le réalisateur qui a pensé à tout, y compris quelques séances de réveil mental et physique pour que son auditoire revienne au monde réel, un temps abandonné.

Cemetery of splendour - Chambre

Ce film sublime se doit donc être vu mais aussi, et avant tout, ressenti puisque tout est suggéré et invisible. C’est une invitation à un abandon sensoriel fascinant dans lequel tous les sens sont tour à tour et sans cesse sollicités : vue (lampes, miroirs, bois, …), ouïe (bruitages et voix thaï très travaillés), toucher (massage, crèmes, caoutchouc, feuilles, poussières, …), odorat et goût (repas, cuisine, …), ressentis physique et mental (vent, soleil, …), etc. Inclassable et unique, Cemetery of splendour, film lumineux (luminothérapie administrée aux soldats), nous semble plus accessible que le spectral Oncle Boonmee où parfois nous devions chercher à percevoir ce qu’il y avait à voir (nombreux plans sombres).

Cemetery of splendour - Acteurs 2

La mise en scène épurée et extrêmement simple fait se succéder à l’écran de longs plans fixes et quelques travellings lents. Fidèle à son esthétique, le réalisateur mêle avec brio le charnel et le spirituel et invite les spectateurs à la contemplation. Cemetery of splendour dévoile ainsi, peu à peu, lentement et au fil des beaux fondus enchaînés, ses aspects hypnotiques et fascinants. Le film recèle de nombreuses scènes proprement hallucinantes : salle de cinéma, visite d’un temple disparu, ventilateurs, escalators, jeux d’ombres et de lumières, systèmes hydrauliques… Nous devons reconnaître notre incapacité à toutes les citer. Chaque plan est réfléchi et travaillé, rien n’est laissé au hasard. La maîtrise technique est sans faille de bout en bout, du très grand art.

Apichatpong Weerasethakul se dit fasciné par le sommeil et a construit son film par rapport aux rêves. Il déclare ainsi « Avec le recul, Cemetery of Splendour peut être perçu autant comme un rêve éveillé que comme une réalité ressemblant à un rêve« . Nous abondons dans son sens, son long métrage est situé quelque part entre rêve, réalité et inspiration. Mais où plus précisément ? Au-delà du montré, là où tout est métaphysique, dans une autre dimension, infinie !

Cemetery of splendour - Lymphocite

Ici, le terme de chef d’œuvre n’est aucunement galvaudé pour cette authentique expérience sensorielle. Cemetery of splendour est un chef d’œuvre de sensorialité dont la perception sera différente selon que vous soyez homme ou femme. Nous plaçons volontiers le cinéaste thaïlandais aux côtés de Béla Tarr et Andreï Tarkovski, illustres prédécesseurs à nous avoir proposés un tel niveau de sensation cinématographique.

Les yeux grands ouverts de Jenjira (plan magnifique de simplicité et de force) furent aussi les nôtres durant toute la projection. En sortie de salle, malgré nos yeux grands ouverts, une certitude hante notre cerveau, celle d’avoir vu beaucoup de choses et d’en avoir loupé tout autant ! Le spectre balayé par le film est immense, sans limite perceptible. N’était-ce qu’un rêve ?

Cemetery of splendour - Luminothérapie (rouge)

Relégué dans la sélection « Un certain regard » du festival de Cannes 2015 dont il repartira non récompensé, voilà une double injustice pour ce film qui méritait amplement de concourir dans la sélection officielle et d’y remporter un prix.

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