Midnight special – Rencontre d’un autre genre

MIDNIGHT SPECIAL

Jeff Nichols rend hommage à la filmographie de Steven Spielberg des années 70/80 en plaçant Midnight special entre E.T. l’extra-terrestre et Rencontres du 3ème type. Ce drame familial, doublé d’un parcours émancipateur aux mystères soigneusement entretenus, constitue un terreau fertile au mélange des genres  cinématographiques pratiqué par le jeune cinéaste américain. Moins ludique et plus radical que ses deux « modèles » signés Spielberg, Midnight special a notre préférence !

Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

N.B. : les zones de couleur tourquoise révèlent une partie de la trame scénaristique du film

Film référentiel

Dans la filmographie de Jeff Nichols, Midnight special doit être rapproché de Take shelter. Les deux films partagent un même acteur, Michael Shannon, incarnant un même rôle, celui d’un père de famille. Ressemblance également de leurs trames narratives voisines mais au service de sujets bien distincts.

Midnight special - Lecture BD

Si nous élargissons notre champ de références, il nous est tout simplement impossible de ne pas regarder du côté de la filmographie des années 70/80 de Steven Spielberg. Plus précisément, d’un point de vue thématique, nous plaçons Midnight Special entre Rencontres du 3ème type et E.T. l’extra-terrestre. Et, même si le réalisateur s’en défend, son dernier long métrage à toutes les apparences d’un film référentiel qui, en se montrant respectivement plus radical et moins ludique que ses deux « modèles », remporte notre préférence.

Scénario perfectible

Préférence à laquelle nous n’associerons cependant pas à une critique dithyrambique. La faute en revient à de nombreux raccourcis scénaristiques : le lieu d’habitation de la mère non surveillé par les forces policières, en pleine cavale obstruer avec des cartons les fenêtres d’une chambre de motel n’est pas un modèle de discrétion, découverte issue de nulle part du lieu de destination des fuyards, des militaires étonnamment lymphatiques… Jeff Nichols argue que « I care about narrative structure, I care about how stories unfold. But the specifics of plot and specifics of endings just aren’t really where I put most of my attention » (source). Outre que cette explication peut paraître quelque peu contradictoire, pour un public cinéphile, ce sont les détails qui matérialisent la ligne de démarcation entre bons et très bons films. Insuffisamment écrits et travaillés, ils nuisent au fil narratif et au déroulement de l’histoire pourtant mis en avant par le metteur en scène. Enfin, pour In Ciné Veritas, les faiblesses du scénario mentionnées plus haut, trop visibles, ne relèvent pas du détail.

MIDNIGHT SPECIAL

Nous déplorons également que certains personnages secondaires n’aient été plus approfondis. Nous pensons plus particulièrement aux personnages incarnés par Sam Shepard et Adam Driver. Leurs prés carrés respectifs, secte et enquête fédérale, en étant trop relégués en arrière-plan déséquilibrent la narration.

Progressivité et hétérogénéité

Fidèle à sa méthode, Jeff Nichols pratique un cinéma d’attente, avare en indices. Le film n’inclut ni introduction des personnages ni flash-back informatif. Ce choix de narration est appréciable et permet, au fil des révélations distillées au compte-goutte, d’entretenir le mystère de l’intrigue, ses zones d’ombre et de placer les spectateurs dans l’expectative.

Progressivement, un univers singulier prend forme, une ambiance s’installe, notamment grâce à la musique composée par David Wingo qui surligne efficacement le crescendo de la tension qui habite le long métrage. Enfin, la quasi absence de pathos dans le traitement de l’intrigue permet de ne pas interférer la mise en place dudit univers.

Midnight special - Paysage

Progressivité que nous retrouvons également dans la manipulation des genres cinématographiques à laquelle s’adonne le cinéaste. Drame familial avant tout, Midnight spécial convole en noces avec d’autres genres : film policier, road-movie (dans le sud américain profond magnifié par les pellicules 35 mm et les optiques anamorphiques utilisées), thriller fantastique et… science-fiction. Nouvelle flèche au déjà suréquipé arc du réalisateur américain.

Au fur et à mesure de l’émancipation de son jeune héros, le film progresse du sombre vers le lumineux jusqu’à, pour la dernière scène, une luminosité blanche et quasi aveuglante. Une blancheur immaculée source peut-être d’une renaissance, d’un au-delà, d’un monde parallèle peuplé d’humanoïdes, voire d’humains.

MIDNIGHT SPECIAL

Après visionnage, le premier film de studio de Jeff Nichols conserve un certain mystère et offre de multiples lectures. L’une des clés de l’intrigue est certainement cachée dans le regard, un instant bleuté, de Michael Shannon

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