Coup de tête – Feintes, tacles et but !

Coup de tête - Entrée sur le terrainTrincamp, ses autochtones, son usine, son café, son stade et son club de football amateur… Avec Coup de tête, Jean-Jacques Annaud propose une comédie satirique sans concession sur le vedettariat et l’hystérie collective qui peut en découler. Ce film autour du football est parfaitement interprété par un casting au diapason de Patrick Dewaere et brillamment dialogué par Francis Veber. Un scénario original et un cinéma social et populaire mais surtout irrévérencieux, belliqueux et cynique.

François Perrin est ailier droit dans l’équipe de football de la petite ville de Trincamp. Seulement il a un sale caractère. Le président du club est également le patron de l’usine où il travaille. Apres un coup de gueule, il est renvoyé du terrain et perd son emploi à l’usine. Et pour corser le tout, il est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis. Mais l’équipe doit jouer en coupe de France et ne peut absolument pas se passer de Perrin.

Après La victoire en chantant, premier long métrage récompensé de l’Oscar du meilleur film étranger sous la bannière de la Côte d’Ivoire en 1977, Jean-Jacques Annaud réalise Coup de tête deux ans plus tard. Le scénario original d’Alain Godard est repris par Francis Veber afin d’en améliorer les dialogues et les situations. Pour la petite histoire, le film a été tourné à Auxerre et le réalisateur s’est attaché les services d’un certain Guy Roux comme conseiller technique.

Coup de tête - Interrogatoire

Coup de tête n’est pas un film sur mais autour du football. Le réalisateur prend pour prétexte le parcours en coupe de France du club amateur fictionnel de l’A.S. Trincamp pour dépeindre, sans concession, les personnalités qui gravitent autour dudit club.

« La gloire au fond des filets« 

Un élément marquant de Coup de tête est son casting parfaitement dirigé. Il y a d’abord la performance prodigieuse de Patrick Dewaere. Il incarne le personnage central, François Perrin. Ailier de l’équipe de Trincamp, il sera tour à tour rejeté (notamment après le coup de tête titre) puis adulé par les autochtones. Belliqueux, tel un chien dans un jeu de quilles, il bouscule tout. Il imprime son propre tempo au long métrage et sa voix off en début de film permet au spectateur d’adopter le point de vue de son personnage.

Autour de lui, la galerie des personnages secondaires est magnifique. Jean Bouise, cynique et omnipotent président de l’A.S. Trincamp et principal employeur local, usera de toute son influence auprès des responsables locaux pour ménager des intérêts : « J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents« . Son excellente prestation lui vaudra d’obtenir le César du meilleur acteur dans un second rôle en 1980.

Coup de tête - Acteurs

En attaque, du côté des sponsors du club, nous trouvons Michel Aumont et Paul Le Person, respectivement concessionnaire automobile et marchand de meubles. Partageant les mêmes intérêts, tous les deux rivaliseront de veulerie, faux témoignages compris.

En milieu de terrain, Maurice Barrier, patron du café Le pénalty, chef de file des supporters et Michel Fortin, entraîneur de l’équipe, ont une stratégie footballistique limitée mais un parler fleuri et imagé. Mario David, membre du staff technique, n’est guère plus porté sur la réflexion.

En défense, les représentants de la justice. Hubert Deschamps en directeur de prison se montre peu regardant sur le respect des procédures administratives. Gérard Hernandez, inspecteur de police, ne s’embarrasse pas d’une quelconque déontologie (interrogatoires musclés et orientés, signalement approximatif, pression sur les témoins…).

Coup de tête - Acteurs

Des hommes entourés de femmes aux rôles plus effacés (Corinne Marchand, France Dougnac, Catherine Samie, Dorothée Jemma). Ici, le football est avant tout un univers masculin peuplé d’énergumènes peu recommandables. Seul Robert Dalban, membre technique de l’A.S. Trincamp, fait preuve d’humanité et d’honnêteté. Il est le seul réel allié de François, nous en ferons notre gardien de but.

Une belle équipe donc mais plutôt portée sur l’individualisme dans un sport avant tout collectif. Il n’est pas certain que cet attelage puisse enchaîner les victoires sous les couleurs de Trincamp…

« La victoire au bout du pied« 

En revanche, leurs performances d’acteurs sont excellentes et servent un scénario original et des dialogues savoureux signés Francis Veber. Le film est ainsi émaillé de scènes incontournables.

Coup de tête - Vestiaires

Celle de la mi-temps du match, l’équipe de Trincamp est menée 1 à 0, après les « conseils » de l’entraîneur, les partenaires du club rentrent dans la danse et les récompenses pleuvent. Ainsi à celui qui marquera le premier but est proposé la gratuité des repas au Pénalty et des pleins d’essence pendant un mois. Les magasins Lozerand, représentés par Paul Le Person, surenchérissent en offrant « 50% de réduction sur salle à manger à celui qui marque« . Puis, le président Sivardière (Jean Bouise) sort une liasse de billets de 100 francs de sa poche, la déchire en deux et distribue une moitié de billet à chaque joueur en déclarant « L’autre moitié à la fin du match si on gagne, seulement si on gagne« …

Autre exemple, alors que la suite nuptiale de l’hôtel Napoléon lui est réservée, François Perrin insiste pour retourner en prison. Un retour pourtant devenu inutile puisque de la bouche même du président Sivardière « Le juge est un ami, il est d’accord, tout est arrangé« . François se voit physiquement expulsé de la prison, trouvant porte close, il lance un tonitruant « Je reviendrai » sous les acclamations des supporters…

Coup de tête - Banquet

Enfin, celle du banquet organisé par François Perrin avec l’argent de sa prime de match. Tous sont invités, épouses comprises. Le repas tourne court car François vocifère ses menaces à chaque « salopard », menaces dont l’exécution est planifiée pour le lendemain matin. C’est l’occasion de voir voler à grand fracas une chevalière 18 carats aux initiales de l’inspecteur… Notre trublion marque une seule hésitation, elle concerne Lozerand car « avec le marchand de meubles, il y a deux solutions, le feu ou la hache. Le feu c’est joli, la hache ça défoule« .

Quel but !?

Le portrait tiré par Jean-Jacques Annaud est parfois réalisé à gros traits ce qui place cette comédie au rang de la satire sociale. Originale, brillamment dialoguée et parfaitement interprétée, la réflexion proposée sur le vedettariat est impudiquement franchouillarde, parfois dans l’excès mais souvent très juste. Du cinéma social, populaire et irrévérencieux envers une petite bourgeoisie mesquine. Dans leur monde étriqué, tous les protagonistes sont renvoyés dos à dos.

Coup de tête - Concession auto

De nombreux films ont pris le football, sport éminemment populaire, comme témoin. Coup de tête est l’un des rares films recommandables de « description » du sport comme vecteur de l’hystérie collective. Nous ajoutons volontiers À mort l’arbitre, long métrage réalisé en 1983 par Jean-Pierre Mocky. Certes moins ludique, la critique portée n’en était pas moins féroce et acerbe.

En ressortie le 15 juin 2016 en version restaurée.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s