Dernier train pour Busan – Sur de bons rails

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Mené à un train d’enfer, Dernier train pour Busan s’engage sur plusieurs voies. Au film de zombies classique, Sang-ho Yeon adjoint des ingrédients relevant des films d’action, du fantastique et du thriller. Dans ce premier long métrage en prises réelles, le cinéaste coréen surprend en déployant une mise en scène inventive et percutante au service d’une narration efficace dans le maintien d’une tension qui va crescendo. En s’appuyant sur un bon casting qui incarne un échantillon représentatif de la population sud-coréenne, Sang-ho Yeon dresse en sous texte le portrait d’une Corée face au libéralisme et à la division.

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

La scène d’introduction de Dernier Train pour Busan est évocatrice. A bord d’une voiture, nous voyons en bordure de voirie un mannequin articulé de signalisation, symbole potentiel d’une société en plein chantier de déshumanisation. Ce mannequin marque l’entrée d’une zone placée sous contrôle où une vive altercation opposera le conducteur du véhicule et un policier, symbole de l’autorité locale. Après son entrée dans cette zone, le conducteur croisera une biche égarée sur la voie de circulation. L’animal a une présence fantomatique, serait-ce la première victime contaminée par le virus ? Nulle certitude mais cette biche renvoie à la fièvre aphteuse, sujet central de la dispute précitée et sujet sensible en Corée du sud, dont les élevages porcins ont récemment été victimes de cette épidémie.

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Avec cette première séquence, Sang-ho Yeon plante efficacement le décor de son premier long métrage en prises réelles, ses précédentes réalisations étant des films d’animation. Entre film de zombies et film d’action, saupoudré de quelques ingrédients relevant du fantastique et du thriller, Dernier train pour Busan s’insère parfaitement entre Snowpiercer (2013, Joon-ho Bong) et 28 jours plus tard (2002, Danny Boyle). Aux chasses à l’homme du second est adjoint le procédé du premier, à savoir remonter, dans un quasi huis clos, les compartiments d’un train filant à grande vitesse.

Au milieu de très nombreux zombies, quelques non contaminés tentent d’échapper au fléau. Parmi eux, un père (Gong Yoo) divorcé, gestionnaire d’actifs, et sa fille âgée d’une dizaine d’années (Su-an Kim remarquable dans l’intensité de son jeu). Un jeune couple réunit à l’écran un époux (Dong-seok Ma) modèle de bravoure et son épouse (Yu-mi Jung) enceinte. Leur attitude est à l’opposé de celle du directeur d’une grande compagnie (Eui-sung Kim). Un sans-abri et deux sœurs âgées viennent, avec d’autres protagonistes, compléter ce qui prend l’apparence d’un échantillon représentatif de la population sud-coréenne.

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Dans un genre cinématographique devenu progressivement un sous-genre souvent parodique, Dernier train pour Busan s’avère être un film de zombies intéressant et efficace, voire très efficace lors de certaines séquences. Entre lâcheté et courage, individualisme et altruisme, les questionnements soulevés en sous texte peuvent paraître convenus, mais ils ont le mérite d’exister et de faire s’interroger le spectateur. En creux, le cinéaste coréen Sang-ho Yeon propose également une parabole sociopolitique d’une Corée en proie au libéralisme (critique du monde bancaire et financier) et à la division (deux Corées symbolisées par les deux camps qui se forment dans le train et par les deux sœurs aux caractères opposés et définitivement séparées l’une de l’autre par une porte vitrée).

Au-delà de ces caractéristiques appréciables, Sang-ho Yeon a également judicieusement opté pour des zombies destructibles, ne fait pas verser Dernier train pour Busan dans le gore à tous crins et n’inflige pas aux spectateurs un happy end convenu. Des choix pertinents qui démarquent ce film de zombies de ses contemporains qui lorgnent volontiers en direction des blockbusters.

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Au rythme de zombies rapides, le film se déroule à une vitesse d’enfer. Les scènes d’action et d’émotion se succèdent sans relâche et dans une tension allant crescendo et soigneusement entretenue. Le résultat obtenu est probant à bien des égards, il est notamment le fruit d’une mise en scène qui se montre à la fois percutante et inventive. Dans les lieux exigus que constituent les voitures du train-titre, chaque recoin est exploité avec brio. La gestion des quelques espaces offerts par l’environnement clos et répétitifs des compartiments s’effectue par un nombre limité de plans pour une meilleure lisibilité de l’action. Comme les options narratives évoquées plus haut, les choix de mise en scène de Sang-ho Yeon sont judicieux et visibles car ils ne sont pas masqués par un trop grand emploi d’effets spéciaux. Ainsi, quelques scènes remarquablement réalisées valent à elles seules la justification de visionner Dernier train pour Busan.

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