Soy Nero – Boucle identitaire

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Road-trip puis film de guerre lorgnant sur Gerry de Gus Van Sant, Soy Nero de Rafi Pitts questionne les paradoxes de la société américaine, le statut des « green card soldiers » et les restes du rêve américain. Dans ce projet cosmopolite sur l’exil et cette fiction politique sur les immigrants illégaux aux États-Unis, l’esquisse de traitement proposé par Rafi Pitts, lui-même exilé, pousse le spectateur à la réflexion.

Nero a 19 ans, il a grandi aux États-Unis puis s’est fait déporter au Mexique. Etranger dans le pays de ses parents, il est décidé à repasser la frontière coûte que coûte. Il parvient enfin à retrouver son frère, Jesus, qui vit à Los Angeles. Pour échapper à la vie de misère à laquelle le condamne sa condition de clandestin, sa dernière chance pour devenir américain est de s’engager dans l’armée. Nero rejoint le front des green card soldiers.

Soy Nero est une coproduction germano-franco-mexico-étatsunienne portée par un casting cosmopolite et titrée en espagnol. Son récit a été écrit à quatre mains, celles de son réalisateur iranien Rafi Pitts et celles du scénariste roumain Razvan Radulescu qui avait œuvré notamment aux scénarios de La mort de Dante Lazarescu (2005, Cristi Puiu) et de L’étage du dessous (2015, Radu Muntean). Ce long métrage semble ainsi faire fi des frontières et des nationalités. Et pourtant, il est bien question de nationalité, américaine en l’occurrence, et de frontière, celle séparant le Mexique des États-Unis.

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Le titre espagnol du film plante le contexte. Nero, personnage principal incarné par Johnny Ortiz, est Mexicain alors qu’il se rêve Américain. A Soy Nero, notre héros substituerait volontiers I am Nero. Nero est en exil comme son auteur Rafi Pitts, cinéaste iranien interdit de retour en Iran depuis la réalisation en 2009 de son précédent film The hunter. Une fracture que nous retrouvons dans Soy Nero découpé en deux parties distinctes qui ne partagent qu’un unique élément commun, Nero en protagoniste central.

Le premier acte de Soy Nero prend la forme d’un road-trip entre le Mexique et Los Angeles. Pour Nero, ce trajet retour est la première étape d’un parcours d’apprentissage qui relèvera du parcours du combattant (métaphore du deuxième acte) tant les obstacles à franchir seront nombreux. Rafi Pitts n’emploie pas ce long prologue pour installer ses personnages. Le passé de Nero est ainsi plus suggéré que divulgué. Le même constat peut être fait sur ses motivations que le spectateur devine mais que le réalisateur n’approfondit pas.

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Rafi Pitts fait soudainement basculer son long métrage dans sa seconde partie par une surprenante ellipse. L’action se voit transposée des décors luxueux et kitsch de Beverly Hills à ceux d’un check-point situé dans l’anonymat d’un désert moyen-oriental. Cette ellipse rompt l’espace mais aussi le récit. Le road-trip désabusé du premier acte laisse place à un film de guerre. Immigrant illégal, Nero s’est engagé dans l’armée américaine en tant que « green card soldier ». Dans sa constante quête d’une identité américaine, ce statut est la promesse de l’obtention de la nationalité américaine à la fin d’une mission militaire de deux ans.

Les décors et le rythme dilaté de cette seconde partie de film renvoient immédiatement à Gerry, long métrage réalisé en 2002 par le cinéaste américain Gus Van Sant. Mais, contrairement à son modèle, Rafi Pitts ne parvient que par intermittence à installer une atmosphère appropriée au contexte et, par voie de conséquence, la progression dramatique proposée ne convainc pas totalement.

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Film politique sur la question des immigrants illégaux aux États-Unis, Soy Nero reste une œuvre fictionnelle.  Ce qui reste du rêve américain, les paradoxes et désillusions portés par les États-Unis, le statut social des « green card soldiers » sont autant de sujets intéressants. Mais Rafi Pitts en refusant tout traitement documentaire dévitalise le propos de son long métrage qui forme pourtant une belle boucle narrative sur le sujet principal du film, la quête par Nero d’une identité. Un sujet que le cinéaste iranien esquisse le traitement avant de nous le rappeler par le carton final sur lequel il dédie Soy Nero aux combattants immigrants expulsés.

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