Ma’ Rosa – L’argent en désespoir

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Au rythme d’une mise en scène heurtée figurant la collision entre pauvreté et corruption, Brillante Mendoza trace le portrait d’une famille philippine et celui des bas-fonds de Manille. La restitution de l’atmosphère oppressante et étouffante des lieux filmés, l’effacement des frontières entre fiction, documentaire et reportage de guerre contribuent à l’hyperréalisme visuel et sonore de Ma’ Rosa. Sans apprêt, sans émotion et au plus près des protagonistes, Ma’ Rosa est une expérience immersive radicale.

Ma’Rosa a quatre enfants. Elle tient une petite épicerie dans un quartier pauvre de Manille où tout le monde la connaît et l’apprécie. Pour joindre les deux bouts, elle et son mari Nestor y revendent illégalement des narcotiques. Un jour ils sont arrêtés. Face à des policiers corrompus, les enfants de Rosa feront tout pour racheter la liberté de leurs parents.

Inspiré d’une histoire vraie, le récit à la fois ordinaire et tragique de Ma’Rosa se nourrit de deux maux philippins que sont le trafic de produits narcotiques et la corruption des forces policières locales. Rosa et Nestor tirent de maigres revenus de leur petite échoppe qu’ils complètent par le commerce de drogues. Cette activité illégale prendra subitement fin sur l’intervention des policiers. Embarqués sans ménagement au poste de police voisin, nos humbles commerçants pourraient échapper au juge et à la prison sur paiement d’une somme de 200 000 pesos très supérieure à leurs économies.

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Brillante Mendoza sait créer des atmosphères et les intégrer dans ses films. Le dispositif mis en œuvre lors du tournage de Ma’ Rosa s’avère à nouveau efficace en la matière. Le metteur en scène philippin emprunte ici aux codes du documentaire et du reportage de guerre pour filmer sa fiction au plus près des protagonistes. Tourné caméra à l’épaule et dans un quartier défavorisé de Manille, Ma’ Rosa est un film en immersion qui restitue une cruelle réalité. Brillante Mendoza ne fait usage d’aucun filtre déformant et n’esthétise rien de ce qu’il filme pour privilégier l’aspect hyperréaliste souhaité et obtenu.

Durant la première partie du film, la frontière entre fiction et documentaire est invisible. Les prises de vue heurtées à la netteté incertaine sont réalisées à hauteur d’homme. La caméra, toujours en mouvement, suit l’action dans son urgence et au plus près des corps. Les lieux intérieurs filmés sont exigus et très cloisonnés. Les plans en extérieur alternent entre rues embouteillées et surpeuplées d’une part, et ruelles étroites et sombres d’autres part. La pluie incessante forme un rideau qui cloisonne les espaces extérieurs. Tout dans Ma’ Rosa contribue à la restitution de l’atmosphère étouffante de lieux où chaque individu est épié. L’excellent travail effectué sur la bande sonore contribue également pleinement à l’ambiance oppressante qui baigne un film où règne un constant malaise.

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Ce film de fiction demeure efficace tant qu’il se maintient proche du genre documentaire ou reportage. Si l’absence à l’écran des émotions des personnages est maintenue jusqu’à l’ultime plan, la deuxième partie de Ma’ Rosa (entrée dans l’action des enfants de Rosa et Nestor) s’imprègne d’un peu de psychologie au diapason d’une mise en scène plus lisse et conventionnelle. Les actions et les situations s’enchaînent alors de façon plus écrite, moins spontanée. L’ultra-réalisme qui prévalait jusqu’ici s’étiole un peu.

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Brillante Mendoza fait entrer en collision pauvreté et corruption, causes et effets, délation et entraide. Dans ce portrait d’une famille philippine ordinaire, il confronte ainsi les spectateurs à la sombre et brutale réalité des bas-fonds de Manille. Ma’ Rosa, film rude et mal plaisant, vaut également pour le traitement fait de l’argent. Au-delà de la rançon de 200 000 pesos demandée, noyau de l’intrigue semi-policière contée, c’est l’argent liquide qui ne cesse d’être compté. Maintes fois manipulé, passant de mains en mains, obtenu via de multiples pratiques (trafics, jeux, gages, etc.), l’argent est dans Ma’ Rosa l’enjeu de contrats exclusivement oraux. Omniprésent, essentiel, vital, il est, paradoxalement, le personnage principal d’un des films les plus désespérés sur la pauvreté.

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