Saul Bass – Graphisme, affiches et génériques (1/4)

Saul Bass (1920-1996), new-yorkais de naissance, graphiste de formation, débuta sa carrière dans la publicité. Suite à une rencontre avec Otto Preminger en 1954, celui-ci lui confia la réalisation de l’affiche de son film Carmen Jones. Son talent de graphiste guida Saul Bass vers l’utilisation d’une rose comme motif visuel du film. Il mêla celle-ci à une flamme rouge qui, au fil de ses utilisations futures par l’affichiste, deviendra son logotype emblème.

Ce procédé révolutionna l’état de l’art en matière de composition des affiches de cinéma. Celles-ci étaient jusque là cantonnées à un simple montage de quelques photogrammes du film et/ou à un portrait d’un ou plusieurs acteurs présents au casting.

Cette approche innovante fera la renommée de Saul Bass dans la composition d’affiches et… de génériques de films. En effet, séduit par l’affiche produite pour Carmen Jones, Otto Preminger lui demanda dans la foulée de réaliser le générique du film !

Dès sa deuxième collaboration avec Otto Preminger pour L’homme au bras d’or (The man with the golden arm, 1955), Saul Bass acquiert sa renommée de grand artisan d’affiches et de génériques par la force d’évocation du visuel proposé : un bras déformé, torturé pointant vers le bas de l’affiche et dont la noirceur vient en opposition du « bras d’or » promis par le titre.

Issu du monde de la publicité, Saul Bass a intégré des codes publicitaires à ses affiches et génériques. Il cumulait souvent des lignes et des formes géométriques à une typographie grasse, brisée et non alignée. Il mettait en scène de manière graphique des détails symboliques tirés du film lui-même.

Il usa également de techniques expérimentales telles que le motion design qui permet de donner vie au graphisme par l’animation. Une animation que Saul Bass soumettait au rythme de la musique. Il créa ainsi un langage spécifique dans ses compositions sur la base d’une approche minimaliste recourant  aux logotypes et à un nombre limité de couleurs, véritables marques de fabrique.

À l’aspect informatif des affiches et des génériques, Saul Bass ajouta ainsi à la fois une dimension narrative et une esthétique spécifique. Le générique devint alors prologue et épilogue du film en accord avec la définition qu’il en donnait :

« Mon idée de départ était qu’un générique pouvait mettre dans l’ambiance et souligner la trame narrative du film pour évoquer l’histoire de manière métaphorique. Je voyais le générique comme une façon de conditionner le public de façon à ce que, lorsque le film commence, il ait déjà un écho émotionnel chez les spectateurs. »

Les affiches et les génériques conçus par Saul Bass avaient donc pour but de suggérer, avant le début du film, le ton et la trame de l’histoire qui allait être racontée. En cela, ils s’apparentent à une sorte de résumé graphique du film. Dans cette veine, le générique agrémenté de la musique de Duke Ellington et l’affiche d’Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a murder, 1959) contribuent à installer efficacement l’atmosphère voulue par Otto Preminger. Ils valent pour exemples.

Sur l’affiche, Saul Bass juxtaposa sept formes noires pour figurer une silhouette humaine telle celle tracée à la craie sur une scène de meurtre et pour suggérer également le concept d’autopsie par les sept formes disjointes. Sur cette affiche, apparaissent pour la première fois l’utilisation de deux gros blocs disjoints de couleur unie.

L’affiche d’Exodus (1960, Otto Preminger) constitue un bel exemple de synthèse entre figuratif et abstraction. Quatre mains sont tendues vers le haut et vers une cinquième brandissant un fusil alors que les flammes dévorent le logo central et le titre. L’affiche elle-même se consume et semble disparaître sous nos yeux.

Le logotype utilisé sur l’affiche de Bunny Lake a disparu (Bunny Lake is missing, 1965, Otto Preminger) symbolise par un silhouette enfantine la disparition mystérieuse d’un enfant. L’absence suggérée est ici renforcée par la couleur blanche, couleur de fond de l’affiche et symbole de l’innocence. Sur cette même affiche, nous constatons également que les dernières lettres du mot « missing » se fondent dans cette couleur de fond. « Missing » (disparu) s’efface, disparaît progressivement.

Lire la suite : Saul Bass – Graphisme, affiches et génériques (2/4)

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4 réflexions sur “Saul Bass – Graphisme, affiches et génériques (1/4)

  1. Bel article. Le graphisme de Bass me fait penser à du découpage de papier, un peu comme les découpages de Matisse, presque des formes enfantines, quelque chose d’assez simple à faire a priori. Mais l’essentiel du travail paraît résider davantage dans la composition, couleurs et occupation de l’espace. L’ensemble est en tout cas d’une grande et belle efficacité.

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    • Merci Ornelune. Je partage votre avis. La « simplicité » apparente des affiches et génériques réalisés résulte d’une démarche de conception assez fascinante. D’une simplicité optimale nait une efficacité maximale.
      Le deuxième volet de ce focus sera consacré aux collaborations nouées entre Saul Bass et Alfred Hitchcock. L’ultime volet sera dédié aux conceptions visuelles et aux réalisations de Saul Bass.

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