Baccalauréat – Épreuves d’éducation civique

Nouveau drame en terre roumaine, Baccalauréat interroge les maux de la Roumanie et le statut de mari et de père. Troisième film primé de Cristian Mungiu au festival de Cannes, le niveau de réussite de Baccalauréat est-il comparable à ses deux aînés ? Pour tenter d’apporter une réponse à cette interrogation, mettons à l’épreuve Baccalauréat.

Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…

Depuis une dizaine d’années, Cristian Mungiu accumule les sélections et les récompenses au festival de Cannes. Dès son deuxième long métrage en 2007, le cinéaste roumain obtient la palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En 2012, Au-delà des collines remporte deux prix, celui du meilleur scénario alors que son duo féminin, Cosmina Stratan et Cristina Flutur, repart avec celui de la meilleure actrice. En 2016, Baccalauréat, son cinquième long métrage, est également sélectionné pour la compétition officielle et remporte le Prix de la mise en scène. En première analyse, ce palmarès impressionne. Mais, si nous nous attardons un peu sur les récompenses obtenues, nous nous apercevons qu’elles sont d’un moindre niveau de film en film. Baccalauréat serait-il inférieur à ses deux aînés ?

Mise en scène

La comparaison des trois films de Cristian Mungiu primés à Cannes amène à mettre en relief de nombreux points communs. Les récits proposés relèvent tous du drame. Le cadre de l’action demeure celui de la Roumanie. La mise en scène privilégie les plans séquences, les couleurs ternes, les agressions placées hors champ et un usage rare de la musique. Dès lors, le Prix de la mise en scène obtenu lors du festival de Cannes 2016 semble peu justifié d’autant que Cristian Mungiu ne gratifie pas Baccalauréat d’attraits particuliers dans ce domaine.

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Notre doute s’épaissit quand le palmarès cannois fait apparaître Personal shopper comme autre film récompensé par ce même prix. Si la filmographie d’Olivier Assayas comporte un certain nombre de qualités, la mise en scène de l’auteur de Sils Maria n’est pas spécialement réputée. Ce Prix de la mise en scène de la compétition cannoise 2016 serait-il un lot de consolation ? Nulle certitude mais Baccalauréat n’efface pas de notre mémoire les cadres et déplacements de caméra proposés par Chan-wook Park dans Mademoiselle (Thriller saphique à tiroir).

Ecce homo

Outre le casting réuni, Baccalauréat se différencie avant tout par sa dramaturgie contemporaine, là où 4 mois, 3 semaines, 2 jours et Au-delà des collines étaient ancrés dans la Roumanie des années 80, sous le régime de Ceaucescu. Partant d’un argument faible, obtenir le baccalauréat avec une moyenne d’au moins 18 sur 20 pour poursuivre des études supérieures en Angleterre, Cristian Mungiu déroule une succession d’actes autour de Romeo, personnage central et père de la bachelière. Les multiples arrangements génèrent autant de problèmes d’ordre professionnel, conjugal ou affectif sur le seul Romeo. Alors que le récit linéaire foisonne et multiplie les impasses et les personnages à usages et rapports pluriels, seul le point de vue du personnage principal incarné par Adrian Titieni est traité. Un choix de réalisation risqué et étonnant qui relègue les autres protagonistes au second plan, voire les délaisse.

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Le non approfondissement de la psychologie des personnages nuit à l’intensité du drame narré. C’est là la conséquence directe d’un scénario alambiqué, éparpillé et dont la fausse complexité ne fait pas longtemps illusion. Le scénario souffre d’une écriture qui manque de rigueur mais bénéficie d’une interprétation satisfaisante des acteurs. Nous avons cependant préféré Adrian Titieni dans Illégitime (« Trouble du double couple ») d’Adrian Sitaru que dans son incarnation de Romeo.

Cours de civisme sur tableau noir

En parallèle du questionnement du statut de mari et de père, Cristian Mungiu interroge les dysfonctionnements de la société roumaine. Entre compromis, chantages, arrangements, corruptions et contournements de la loi se dessine le portrait contemporain de la Roumanie. Un portrait tiré à gros traits car le tableau dépeint est notoirement noirci. Le souhait d’un père de voir sa fille réussir là où il a échoué est louable et universel. Mais considérer que rester en Roumanie est synonyme d’échec relève de la caricature. De plus, les maux dénoncés de la société roumaine ne lui sont pas propres. La corruption en Roumanie est peut-être plus généralisée et certainement moins souterraine que dans d’autres pays, mais elle est effective ailleurs et notamment en Angleterre, pays dans lequel Romeo souhaite que sa fille poursuive ses études.

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Plus embarrassant, le profil de Romeo ne convient pas au rôle endossé. Malgré une profession prenante, médecin, Romeo dispose de temps « libre » pour participer à l’enquête policière, trouver assez rapidement le coupable de l’agression sur sa fille mais ne confondre celui-ci que bien tardivement ! Ses revenus lui permettent de vivre correctement et de nouer quelques arrangements. Ici, ses actes viennent contredire ses paroles. Les principes moraux rabâchés et les pratiques illégales dénoncées restent donc de vaines paroles à la portée limitée. Dans la démonstration faite dans le film, la culpabilité ne transpire jamais et aucun retour arrière ne semble envisageable.

Opus en notes mineures

La mécanique mise en place par Cristian Mungiu dans Baccalauréat est connue. Sans innovation, elle ne surprend plus si ce n’est par un scénario affichant de vraies faiblesses jusqu’à sa conclusion qui, morale et restrictive, tombe à plat. Elle nous renvoie à la première scène du long métrage. Il y a toujours une finalité dans l’acte de creuser. Si l’objet recherché n’est pas dévoilé, il ne peut y avoir adhésion de l’audience.

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