Le divan de Staline – Au banc des accusés

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Adaptation du roman éponyme de Jean-Daniel Baltassat, Le divan de Staline assoit une nouvelle collaboration entre Fanny Ardant et Gérard Depardieu. Dans son troisième long métrage, l’actrice-réalisatrice place son partenaire de La femme d’à côté face aux démons intérieurs d’un Staline au crépuscule de sa vie. La chronique livrée, plus intime que politique, a les allures d’un brumeux théâtre en demi-teinte.

Staline vient se reposer trois jours dans un château au milieu de la forêt. Il est accompagné de sa maîtresse de longue date, Lidia. Dans le bureau où il dort, il y a un divan qui ressemble à celui de Freud à Londres. Il propose à Lidia de jouer au jeu de la psychanalyse, la nuit. Durant le jour, un jeune peintre, Danilov attend d’être reçu par Staline pour lui présenter le monument d’éternité qu’il a conçu à sa gloire. Un rapport trouble, dangereux et pervers se lie entre les trois. L’enjeu est de survivre à la peur et à la trahison.

Pour son troisième long métrage en tant que réalisatrice, Fanny Ardant adapte au cinéma Le divan de Staline, un roman de Jean-Daniel Baltassat publié en 2013. Côté casting, elle s’attache les services de Gérard Depardieu pour incarner le personnage central, Joseph Staline. L’acteur trouve ici un rôle à sa mesure comme l’avaient été les personnages de Danton (Danton de Andrzej Wajda, 1982) et de Christophe Colomb (1492 : Christophe Colomb de Ridley Scott, 1992).

Nous pouvons également citer son interprétation de Grigori Raspoutine (Raspoutine de Josée Dayan, 2011) où il donnait la réplique à l’impératrice Alexandra incarnée par… Fanny Ardant. Après son deuxième long métrage, Cadences obstinées (2013), l’actrice devenue réalisatrice renouvelle donc sa collaboration avec son partenaire de La femme d’à côté (1981, François Truffaut).

Chronique intime et ténébreuse

La séquence nocturne d’ouverture du Divan de Staline installe parfaitement l’ambiance du film. Les immenses grilles de l’enceinte d’un château s’ouvrent sur un épais brouillard dont surgit une colonne de voitures noires accueillie par des hommes armés. Cette brume impénétrable, ce château isolé au milieu d’une forêt, cette nuit sombre plongent Le divan de Staline dans une atmosphère de conte intrigant où l’ogre maléfique ne sera autre que Staline.

Comme son titre le laisse entendre, le film s’annonce psychanalytique et philosophique. Sur un divan identique à celui de Freud, Staline, en proie avec ses propres démons, fait le récit de ses rêves macabres. Lidia, sa maîtresse campée par Emmanuelle Seigner, est son unique auditoire. Staline l’a enjoint à endosser le rôle du « charlatan » Freud pour passer au crible et interpréter ses rêves. En cette année 1950, le portrait psychanalytique du « petit père des peuples » est celui d’un homme dirigiste et autoritaire. Sa paranoïa contamine son entourage tant intime que politique. L’épaisse brume des extérieurs figure celle, intérieure, d’un mental tourmenté et malade.

Il faut ici noter que Fanny Ardant a donné à son drame historique des teintes plus psychologiques que politiques. Le sillon creusé est celui de l’intime d’un trio composé de Staline, Lidia et Danilov (Paul Hamy), un jeune artiste chargé de réaliser le monument d’éternité du premier nommé. La mise sous écoute des communications contribue à instaurer une ambiance trouble et de paranoïa généralisée. A tout instant, chaque protagoniste est susceptible de subir le courroux du maître des lieux. A l’ambivalence de la double relation psychanalysé/psychanalyste – amant/amante s’ajoute celle de relations faussées par les écoutes mises en œuvre.

L’absence de l’âme russe

Les thèmes abordés dans Le divan de Staline sont ceux du pouvoir et de l’art. Au grès de sa narration, Fanny Ardant les décline en réflexions sur le temps passé, l’ambition, le désir et la peur. Mais la réalisatrice s’appuie trop exclusivement sur des dialogues métaphysiques qu’une mise en scène sans originalité ne parvient pas à contrebalancer. De plus, projet franco-portugais oblige, les acteurs parlant exclusivement français sont entourés de figurants et décors portugais.

La réalisatrice multiplie les références à la littérature (Alexandre S. Pouchkine, Ossip E. Mandelstam) et à la musique russes (Sergueï Prokofiev, Maria Youdina, Dmitri Chostakovitch). L’effort fait pour camoufler l’origine latine du long métrage est certes louable mais insuffisant. Sans le moindre mot ou accent russe, le film peine à sonner juste et donne un second sens à la réplique « tout le monde ment à Staline, même Staline ment à Staline » prononcée par Gérard Depardieu.

L’écriture figée et manichéenne des personnages ne facilite ni leur incarnation ni leur intérêt. Les trois principaux acteurs parviennent cependant à livrer des interprétations satisfaisantes. Si Emmanuelle Seigner semble jouer dans la même veine que celle observée dans La Vénus à la fourrure (2013, Roman Polanski), Gérard Depardieu réussit par de quasi imperceptibles changements dans son regard à donner relief et finesse à son personnage.

Le théâtre des opérations

Film singulier dans le paysage cinématographique français, Le divan de Staline navigue entre fable et drame. Sur ce divan, Fanny Ardant couche le récit nébuleux d’une étrange chronique sur l’exercice du pouvoir et ses excès. Cette adaptation au cinéma du roman éponyme de Jean-Daniel Baltassat ne convainc pas entièrement. Par ses dialogues et son caractère introspectif, cet ouvrage semble plus satisfaire aux critères du théâtre qu’à ceux du 7ème art.

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La réalisatrice clôt son film comme elle l’a ouvert. Les grilles du château se referment en même temps que le récit sur une épaisse brume en toile de fond. Les vers du poète russe Ossip E. Mandelstam apparaissent alors à l’écran « devant moi les volutes d’un brouillard épais et derrière moi une cage vide », métaphore d’une nappe de brouillard qui ne se sera jamais réellement dissipée durant la projection.

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