Get out – Mixité des genres

Acteur et scénariste pour des productions télévisées, Jordan Peele réussit son passage à l’écriture et à la réalisation d’un film destiné au cinéma. Get out force à la réflexion en se positionnant entre la satire sociale contemporaine et le thriller horrifique et paranoïaque. Une belle, originale et surprenante proposition comme seul le cinéma de genre sait nous en fournir.

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle-famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out s’ouvre  sur l’agression nocturne d’un jeune Afro-américain cherchant son chemin dans une banlieue huppée. Quelques instants plus tôt, la victime avouait au détour d’une conversation téléphonique faire « tache » dans ce beau quartier qui lui était étranger. Dès cette première scène, la tonalité du film est donnée, celle de l’étrangeté d’une ambiance dans laquelle les rôles semblent inversés : un jeune homme de couleur victime d’une agression, à priori sans mobile, dans une banlieue favorisée que nous devinons sans peine blanche.

Jordan Peele ne cessera de jouer de cette étrangeté née de l’inversion des rôles entre les protagonistes noirs et leurs homologues blancs. D’autant que ces derniers nous sont présentés comme appartenant à la bourgeoisie américaine progressiste qui, entourés de domestiques noirs, auraient volontiers « voté une troisième fois pour Obama ». Pour Chris, excellemment interprété par Daniel Kaluuya, les Armitage, sa future belle-famille, et leurs amis semblent appartenir à un microcosme ne présentant à priori aucun danger pour le jeune afro-américain qu’il est…

Jordan Peele reprend l’argument de Devine qui vient dîner (Guess who’s coming to dinner, 1967) de Stanley Kramer. Mais la comédie romantique qui pointe en début de film laisse progressivement la place à un développement plus… noir ! Car à la satire sociale voulue, le réalisateur adosse l’horreur d’un racisme blanc… de laboratoire. Le basculement horrifique de Get out est progressif et prend pour terreau le dérèglement du réel mis en scène par le réalisateur-scénariste.

L’efficacité du procédé adopté tient aussi à l’absence d’artifices (monstres, zombies, etc.) car, dans Get out, l’horreur a un visage humain. Cette caractéristique et la réalité déréglée déjà citée participent à instaurer de nombreux doutes dans l’esprit de Chris. Au fil des minutes, une atmosphère paranoïaque prend place sous couvert d’une peur des autres que rien ne différencie de Chris si ce n’est, pour certains, une couleur de peau.

Le scénario, fruit d’une imagination fertile et d’une belle écriture, renferme quelques rebondissements inattendus qui viennent renforcer son originalité. Et nul besoin d’être sous hypnose pour s’apercevoir que la « sunken place », obscure oubliette mentale proche à l’oreille de la « second place », fait partie des belles trouvailles de Jordan Peerle. La qualité d’écriture profite aussi aux différents personnages qui bénéficient chacun d’une caractérisation forte. À peine pouvons-nous reprocher au récit un certain déséquilibre. Après une longue exposition du film durant laquelle les attributs anxiogènes sont patiemment positionnés, la partie horrifique de Get out apparaît traitée un peu rapidement. Un supplément d’approfondissement de la dualité entre noirs et blancs dans les relations entre les protagonistes n’aurait pas fait fausse note.

Jordan Peerle tisse ainsi la métaphore de l’oppression passée (clins d’œil aux films ayant traité de l’esclavagisme) et présente des afro-américains aux États-Unis. Get out n’est cependant pas le brûlot politique que certains critiques ont cherché à nous vendre. Mais, sous sa dramaturgie bien sentie et efficace, Get out pousse à la réflexion sur la part raciste d’une société américaine toujours en proie à ses luttes interraciales. Ce premier long-métrage s’avère prometteur et nous fait déjà languir de voir la suite.

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