Le cabinet du docteur Caligari – Caligarisme et expressionnisme

Dans la première partie de notre article consacré au Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene, nous évoquions La première pierre d’un monument cinématographique qui ne cessera de s’étendre durant de nombreuses décennies. En effet, l’influence de ce chef-d’œuvre du cinéma muet allemand n’a jamais cessée. De classique, ce film devint rapidement l’œuvre matricielle de tout le cinéma fantastique et d’horreur.

Le personnage du docteur Caligari (Werner Krauss) introduit la figure d’un protagoniste à la fois diabolique, fascinant et possiblement criminel, dont la descendance sera pléthorique. Ici, les facultés d’hypnotiseur du docteur Caligari pourraient ne pas se limiter au seul sujet de Cesare (Conrad Veidt) et s’étendre à une population entière pour mieux la soumettre à quelques sombres desseins…

« Ne le laissez pas vous prédire l’avenir, sinon vous mourrez… »

Ce propos, l’un des derniers de Francis (Friedrich Feher), bientôt contraint au port d’une camisole de force, a des accents prémonitoires.

Des partis-pris stylistiques radicaux portés par les décors, les costumes et les figurations du Cabinet du docteur Caligari nait le caligarisme, un mouvement cinématographique dans lequel viendront s’engouffrer quelques films des années 1920. Débarrassé de ses aspects les plus extrêmes, le caligarisme se mue en expressionnisme.

Le film de Robert Wiene a rapidement été reconnu comme l’œuvre fondatrice de l’expressionnisme porté à l’écran. Art pictural d’abord puis littéraire, l’expressionnisme trouve en effet en 1920 dans Le cabinet du docteur Caligari son premier représentant dans le 7ème art. Par l’âpreté de son esthétique et par son style déformé et anguleux, l’expressionnisme s’est imposé comme un parfait conteneur des projections à l’écran des peurs et autres douleurs mentales du genre humain.

Sur cette voie nouvelle, Robert Wiene sera suivi par ses pairs, Fritz LangLes trois lumières (1921), Le Docteur Mabuse (1922), Metropolis (1927), M le maudit (1931) –, Friedrich Wilhelm MurnauNosferatu le vampire (1922), Le dernier des hommes (1924), Faust (1926) et L’aurore (1927) – et, à un degré moindre, Georg Wilhelm PabstLe trésor (1923) ou Loulou (1929). A ces réalisateurs austro-germaniques qui ont donné ses lettres de noblesse à l’expressionnisme cinématographique allemand, nous pouvons évidemment ajouter le cinéaste britannique James Whale, auteur de Frankenstein (1931) et La fiancée de Frankenstein (1935).

A ces déjà nombreux descendants directs viennent s’adjoindre une multitude d’autres dont il est illusoire de dresser la liste exhaustive. Nous nous contenterons donc d’en citer certains parmi les plus notables. Ainsi, pour la scène du meurtre de Willa Herper (Shelley Winters) par Harry Powell (Robert Mitchum) dans La nuit du chasseur (1955), Charles Laughton s’est grandement inspiré du style outrancier du Cabinet du docteur Caligari. De même, Phantom of the paradise (1974) de Brian de Palma hérite aussi de nombreux attributs de l’expressionnisme né du film de Robert Wiene.

Plus près de nous, difficile de ne pas évoquer une bonne part de la filmographie de Tim Burton notamment à travers les maquillages et les costumes d’Edward aux mains d’argent (1990) ou encore les décors de L’étrange noël de monsieur Jack (1993, Henry Selick) dont il a imaginé l’histoire et les personnages. Plus surprenant, Le cabinet du docteur Caligari a aussi contribué à asseoir le genre des gialli. Le film de Robert Wiene compte parmi les films préférés de Dario Argento qui, notamment dans Suspiria (1977) et Inferno (1980) filmés comme la projection de cauchemars, prolongent la thématique visuelle initiée plus d’un demi-siècle auparavant.

Véritable manifeste de l’expressionnisme cinématographique, Le cabinet du docteur Caligari est aussi une œuvre d’une inattendue accessibilité. Cette caractéristique tient pour bonne part à la fluidité de la narration concoctée par Carl Mayer et Hans Janowitz et à l’étonnante modernité d’un film qui fêtera bientôt son centenaire. Ici, la réalisation de Robert Wiene est à saluer. Elle constitue un formidable guide pour les cinéphiles qui pourront ensuite s’aventurer sur les suites de l’expressionnisme allemand et ses déclinaisons dans le cinéma fantastique et d’épouvante.

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