Ikarie XB 1 – La science-fiction pour modèle

De nombreux cinéastes de talent se sont inspirés d’Ikarie XB 1, film de science-fiction tchécoslovaque réalisé en 1963 par Jindrich Polák. Réponse aux productions américaines, notamment à Planète interdite (Forbidden planet, 1956) de Fred McLeod Wilcox, Ikarie XB 1 n’a acquis sa notoriété internationale que sur le tard au terme d’une étrange distribution à l’international.

Pendant la seconde moitié du XXIIème siècle, à bord du vaisseau spatial Ikarie XB 1, un équipage se dirige vers la constellation Alpha du Centaure afin d’y trouver une nouvelle forme de vie extraterrestre. Si le voyage ne dure que 28 mois, 15 ans auront passé sur terre au moment où la mission parviendra à destination. Au cours de ce voyage, une quarantaine de scientifiques de tous pays apprennent à vivre ensemble et doivent faire face à quelques péripéties, telles que la rencontre avec un appareil spatial du XXème siècle, l’instabilité mentale d’un des passagers ou l’apparition de symptômes liés à une « étoile noire » radioactive.

Doté d’un budget confortable, ce projet cinématographique fut lancé en 1958 mais le tournage de ce qui deviendra le premier film de science-fiction spatiale tchécoslovaque ne démarra qu’en 1962. C’est en 1963, lors de la première édition du festival international du film de science-fiction de Trieste, qu’est présenté au public Ikarie XB 1. Une première mondiale couronnée de succès puisque le film de Jindrich Polák se voit attribué l’Astéroïde d’or qu’il partage avec La jetée (1962) de Chris Marker. Ikarie XB 1 salué par la critique semble sur orbite pour connaître une belle carrière à l’étranger.

La distribution du film à l’international débute un an plus tard outre-Atlantique. Ikarie XB 1 devient Voyage to the end of the universe. Sous ce nouveau titre se cache une version doublée en anglais et aux crédits originaux américanisés ! Le montage alternatif de cette adaptation américaine sacrifie certaines scènes, modifie jusqu’à l’épilogue du film et altère en conséquence le sens même de la version originale. Le succès attendu hors Tchécoslovaquie n’aura pas lieu. Voyage to the end of the universe tombera dans l’oubli entraînant avec lui la version originale peu distribuée jusqu’à sa publication au format DVD en 2005. En 2016, le film a fait l’objet d’une restauration en 4K par la National Film Archive.

Le scénario du film est inspiré d’un récit de science-fiction, Le nuage Magellan, publié en 1955 par Stanislas Lem, grande plume de la science-fiction. Dans la séquence d’ouverture en plan serré, Michal (Otto Lackovic) prend les spectateurs pour témoins en déclarant que « La Terre n’est plus, elle n’a jamais existé… ». Hallucination, constat post-apocalypse, prophétie ? En quelques images, la tonalité teintée de mystère du film est donnée.

Ikarie XB 1 relève moins d’une odyssée spatiale que d’un huis clos interrogeant la moralité des scientifiques embarqués dans le vaisseau éponyme. Comme dans Solaris, autre récit du romancier polonais porté à l’écran en 1972 par Andreï Tarkovski (puis moins efficacement, trente ans plus tard, par Steven Soderbergh), la mystérieuse âme humaine est centrale au sein d’un équipage mixte, cosmopolite et couvrant un large spectre d’âges adultes. Le voyage en 2163, deux siècles après la réalisation du film, proposé par Jindrich Polák devient voyage dans le passé pour les protagonistes lors de la rencontre d’un vaisseau terrien datant de 1987. L’acte de « spéléologie » fait basculer pour un instant la fable philosophique et métaphysique en allégorie politique et critique pointant un XXème siècle renié.

L’ambiance anxiogène du huis clos résulte aussi de la musique électronique employée, des cadrages et des mouvements oscillatoires de la caméra. Le noir et blanc contrasté rehausse des décors où dominent mobiliers design et formes géométriques épurées aux lignes de fuite strictes. L’esthétique mise en œuvre confère une indéniable modernité au long-métrage que ne viennent pas démentir des effets spéciaux surprenants d’inventivité.

Stanley Kubrick saura s’inspirer de la modernité des décors et de certains travellings d’Ikarie XB 1 lors de la réalisation de 2001 l’odyssée de l’espace (1968). La parenté est encore plus frappante avec  la série télévisée Star trek (1966) créée par Gene Roddenberry. Outre un scénario voisin, un équipage international parcourant l’espace à la recherche de civilisations, le vaisseau Enterprise du capitaine Kirk partage de nombreux traits communs avec ceux de son aîné. Enfin, dans son premier long-métrage de fiction, THX 1138 (1971), George Lucas emprunte à l’épure des décors du film de Jindrich Polák.

La grande modernité d’Ikarie XB 1 réside aussi dans le traitement frappé d’une justesse fruit d’un travail conséquent de recherche. C’est le résultat d’une démarche saine durant laquelle la fiction ne prend pas le pas sur la science. Dénuée d’invraisemblances, l’odyssée scientifiquement maniaque de Jindrich Polák a enfanté d’un pur film de science-fiction, véritable modèle du genre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s