Happy end – Suite à suivre

Cinq ans séparent les sorties en salle de Amour et Happy end. Les deux derniers films en date de Michael Haneke semblent pourtant filer un même coton à tel point que Happy end peut être considéré comme une suite de son aîné. Le cinéaste y radiographie la déréliction relationnelle d’une famille bourgeoise calaisienne et l’étend à ses thèmes de prédilection que sont le déterminisme familial, les rivalités intergénérationnelles et les rapports aux personnes d’origine étrangère.

« Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Fidèle à ce qui fait le grand intérêt de son œuvre cinématographique, Michael Haneke a réalisé Happy end pour interroger et faire réagir son public. Une première interrogation surgit dès la lecture du titre du film. Relève-t-il de l’antiphrase comme pour Amour en 2012 ou Funny games en 1997 ? Sans rien dévoiler de l’épilogue du récit, nous pouvons indiquer que la promesse du titre se concrétisera… pour une partie des spectateurs. Plus que tout autre film de Haneke, Happy end se prête à diverses interprétations qui seront fonction du vécu de chaque spectateur et du protagoniste auquel il se sera le plus identifié.

Outre ce rapprochement par les titres, Happy end ressasse quelques figures de la filmographie de son auteur. Dès la scène d’ouverture, la vidéaste Ève (Fantine Harduin) s’inscrit en petite sœur 2.0 du héros (Arno Frisch) de Benny’s video (1992). Happy end lorgne aussi avec insistance en direction de Caché (2005) avec lequel il partage une construction et une tonalité voisines, l’immigration en sous-thématique et le patronyme Laurent. Au couple Georges et Anne Laurent de 2005, incarné par Daniel Auteuil et Juliette Binoche, répond le duo éponyme de Happy end, interprété par Jean-Louis Trintignant et Isabelle Huppert.

Ce duo, père et fille, est le même que celui mis en scène en 2012 dans Amour. En maintenant ce lien de filiation, Haneke prolonge les personnages de son film précédent et introduit de nouveaux protagonistes. Une question inattendue et troublante posée avec insistance par Ève à son père (Mathieu Kassovitz) concernant Anaïs (Laura Verlinden), sa nouvelle et très effacée épouse, peut laisser penser que cette dernière pourrait être l’un des principaux personnages du prochain film de Haneke. Le cinéaste clôturerait ainsi une trilogie… cachée.

Happy end - Casting

Du large casting de Happy end, nous retenons à nouveau la belle interprétation d’Isabelle Huppert qui honore ici sa quatrième collaboration avec Haneke après La pianiste (2001), Le temps du loup (2003) et Amour (2012). La réussite de sa scène de retrouvailles avec son fils (Franz Rogowski) qui refuse de reprendre l’entreprise familiale doit beaucoup à sa qualité de jeu.

Les mêmes louanges peuvent être portées au crédit de la séquence réunissant dans un dialogue Georges (Jean-Louis Trintignant) et sa petite-fille Ève (Fantine Harduin). Durant tout le film et spécifiquement dans cette scène-clé, Trintignant intrigue et fait preuve d’une maîtrise incommensurable d’un phrasé au tempo et timbre parfaits.

Malgré le manque d’empathie de ses personnages, Haneke parvient à livrer une chronique troublante du quotidien de la famille Laurent. Exception faite d’Anne, les membres de cette famille bourgeoise éludent toutes tentatives de communication. Leur manque de compassion familiale se décline « naturellement » dans une condescendance certaine envers leurs employés de maison d’origine marocaine et une indifférence patente au sort des migrants voisins.

Happy end - Repas

Le trouble émane aussi d’une narration faussement chronologique constellée d’ellipses savamment placées. Ces dernières, couplées au défaut de communication entre les personnages, rendent le récit exigeant. Film de l’implicite, Happy end contraint les spectateurs à combler ces béances narratives alors que Haneke prend plaisir à suggérer de fausses pistes.

Pour cela, le cinéaste use d’une mise en scène privilégiant les longs plans fixes sur lesquels le hors-champ fait écho aux non-dits des protagonistes. Dans Happy end, la rigoureuse géométrie de la scénographie est renforcée par une gestion précise de la profondeur de champ et à de fréquents sur-cadrages (écrans de Smartphones et d’ordinateurs). Ces multiples cadres composés avec soin symbolisent l’enfermement psychologique de chaque personnage.

Happy end s’inscrit donc dans la veine narrative de Caché et creuse des thèmes déjà abordés par Haneke dans Benny’s video notamment. Par les situations et les personnages mis en scène, ce film s’affiche comme une suite de Amour. Ce prolongement semble lui-même appeler un épilogue pour clore une trilogie sur le dérèglement des relations familiales, intergénérationnelles et interraciales.

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.