Top 2017

En ce début d’année 2018, nous cédons à nouveau à l’exercice consistant à établir notre top 10 des films vus durant un millésime cinématographique 2017 désormais clos. Nous prolongeons ce top annuel par une analyse de celui-ci, notamment en le comparant à nos tops 2015 et 2016.

Au-delà des traditionnels vœux de bonne année que nous adressons à nos lecteurs, puisse l’année 2018 être riche en propositions cinématographiques fortes, audacieuses et innovantes.

1. Twin Peaks: The return de David Lynch (États-Unis)

Genre : crime, drame, mystère

Box office France : N/A (diffusion Canal+)

Hôtel Grand Nord, chambre 315. Diane, nous avons terminé le visionnage de Twin Peaks: The return. L’agent Gordon Cole est à mes côtés. Son large sourire vaut pour symbole d’une saison 3, œuvre majeure, magistrale et inimaginable. J’ai l’esprit un peu embrumé, mais l’excellent café servi au Double R m’aide à y voir plus clair. Diane, je dois vous entretenir de l’expérience-plurielle véhiculée par dix-huit épisodes dont je tairai les tenants et les aboutissants puisque vous les connaissez.

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2. Get out de Jordan Peele (États-Unis)

Genre : horreur, mystère, thriller

Box office France : 1 145 664 entrées (442 salles max.)

Acteur et scénariste pour des productions télévisées, Jordan Peele réussit son passage à l’écriture et à la réalisation d’un film destiné au cinéma. Get out force à la réflexion en se positionnant entre la satire sociale contemporaine et le thriller horrifique et paranoïaque. Une belle, originale et surprenante proposition comme seul le cinéma de genre sait nous en fournir.

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3. L’autre côté de l’espoir d’Aki Kaurismäki (Finlande)

Genre : comédie, drame

Box office France : 223 233 entrées (151 salles max.)

Six ans, telle est la période qui sépare les deux derniers longs métrages réalisés par Aki KaurismäkiLe Havre en 2011 et donc L’autre côté de l’espoir en cette année 2017. Un retour très attendu et déjà célébré à La Berlinale par l’obtention pour le cinéaste finlandais de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur. Ce prix vient fort justement saluer la belle maîtrise technique et formelle dont fait preuve l’auteur de L’homme sans passé(2002) dans cet ultime opus digne prolongement thématique du Havre, à savoir le rapport des Européens à l’immigration clandestine.

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4. Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier (France)

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Genre : documentaire

Box office France : N/A (diffusion Ciné+)

Il y a un an, Bertrand Tavernier présentait le premier volet de son Voyage à travers le cinéma français. Un film de plus de trois heures dont nous avions dit le plus grand bien dans nos colonnes et désormais disponible sur support DVD ou Blu-Ray. Le deuxième volet de ce conséquent travail de synthèse troque le format du long-métrage pour celui d’une série documentaire de huit épisodes de cinquante-cinq minutes. Le voyage de 2016 devient ainsi pluriel en 2017. À l’instar de Louis Jouvet interpellant Renée Devillers dans Les amoureux sont seuls au monde (1948, Henri Decoin), « Imaginez que vous êtes au cinéma… »

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5. Que dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen (Espagne)

Genre : crime, drame, thriller

Box office France : 200 071 entrées (113 salles max.)

Réalisateur de nombreux épisodes de séries pour la télévision espagnole, Rodrigo Sorogoyen livre son troisième long-métrage destiné au cinéma. À l’image de son précédent film, Stockholm (2013), Que dios nos perdone interroge la psychologie masculine au fil d’une intrigue limpide et au rythme d’un suspense sans faille. Ce film policier empruntant au polar dans sa deuxième moitié est d’une efficacité redoutable.

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6. Barbara de Mathieu Amalric (France)

Genre : biographie, drame, musique

Box office France : 362 246 entrées (357 salles max.)

Lauréat du premier Prix de la poésie de la section Un Certain Regard et, plus significativement, du prix Jean Vigo 2017, Barbara de Mathieu Amalric évoque et invoque plus qu’il ne biographie la chanteuse immortalisée par L’aigle noir. Des deux côtés de la caméra, Mathieu Amalric prouve son intelligence de traitement dans un film-prototype dans lequel la nostalgie et l’émotion vont se nicher entre deux plans, deux vocalises ou deux notes de musique.

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7. Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin (France)

Genre : drame, romance, thriller

Box office France : 385 868 entrées (531 salles max.)

Dans Les fantômes d’IsmaëlArnaud Desplechin s’appuie à nouveau sur ses deux alter-égos fictionnels, Ismaël Vuillard incarné par Mathieu Amalric son acteur fétiche et Dédalus sous les traits de Louis Garrel. Cette nouvelle variation de la saga Vuillard-Dédalus, véritable dédale scénaristique, louvoie entre film d’auteur et film de genre qui, entre ses très nombreuses autocitations, prend des accents bergmaniens.

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8. The square de Ruben Östlund (Suède)

Genre : comédie, drame

Box office France : 344 154 entrées (298 salles max.)

Lauréat de la Palme d’or 2017, Ruben Östlund poursuit son étude sur notre incapacité à adopter des valeurs fondamentales, en l’occurrence la confiance et l’altruisme. Ce cinéaste iconoclaste aux méthodes voisines de celles de Michael Haneke aime décortiquer les comportements du genre humain, les soumettre à des imprévus et les pousser à l’extrême pour en révéler les dysfonctionnements. Par le prisme de son personnage principal, The square force le spectateur à s’interroger sur ses propres réactions. Ici, se dérober n’est pas jouer.

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9. Mindhunter de Joe Penhall (États-Unis)

Genre : crime, drame, thriller

Box office France : N/A (diffusion Netflix)

Mindhunter est une série Netflix créée par Joe Penhall et adaptée de l’essai Mindhunter : Dans la tête d’un profileur de John E. Douglas. Elle aborde les prémices du profilage psychologique des tueurs en série, figures traitées par David Finchernotamment dans Zodiac (2007), film auquel Mindhunter renvoie tant sur le fond que sur la forme. Fincher figure parmi les coproducteurs de cette série Netflix et a réalisé les deux premiers et deux derniers épisodes d’une première saison qui en compte dix.

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10. Neruda de Pablo Larraín (Chili)

Genre : biographie, crime, drame

Box office France : 236 017 entrées (119 salles max.)

Pablo Larraín déroule de façon insolite, entre faits réels et fictifs, la chronique picaresque d’une fuite soigneusement mise en scène. Se refusant au biopic académique, Neruda, d’abord film policier puis western existentiel, tire le portrait peu complaisant de son personnage-titre devenu clandestin dans sa patrie natale. Sur l’errance physique du sénateur-poète chilien viendra sans tarder se refléter l’errance mentale du spectateur.

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Analyse

En 2017, les plaisirs cinématographiques étaient projetés sur de grands écrans mais aussi sur de plus petits. Pour la première fois, trois séries télévisées s’immiscent dans notre top annuel. Le prolongement en série documentaire de notre Top 1 de 2016 – Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier – trouve logiquement une place dans notre top 2017. Mindhunter de Joe Penhall et surtout Twin Peaks: The return de David Lynch complètent un trio finalement assez inattendu.

Avec huit citations comme en 2016 (neuf en 2015), les films estampillés « drame » restent sur-représentés. Nous retrouvons ensuite quatre thrillers comme en 2016 rejoints par autant de long-métrages de crime. Et comme l’année dernière, aucun film de science-fiction n’apparaît dans notre classement alors qu’ils étaient deux en 2015.

Si elles perdent une unité, les sélections du festival de Cannes restent les plus représentées dans notre top annuel avec The square (Palme d’or), Barbara (Prix de la poésie du cinéma – Un Certain Regard) ainsi que, hors compétition, Les fantômes d’Ismaël et Twin Peaks: The return. Ce constat confirme que les sélections cannoises restent à suivre de près alors que les palmarès demeurent peu significatifs. De la sélection officielle, seule la palme d’or de Ruben Östlund apparait dans notre Top annuel. The square succède ainsi à Juste la fin du monde (Xavier Dolan, Grand Prix du Jury 2016) et au duo de 2015 constitué par Le fils de Saul (László Nemes, Grand Prix du Jury) et The lobster (Yorgos Lanthimos, Prix du Jury).

Comme en 2016, les sélections de la Mostra de Venise doublement représentées dans notre top 2015 (A la folie de Wang Bing  et Francofonia d’Alexander Sokurov) ne sont pas représentées dans notre Top 2017. Notons cependant la présence de l’Ours d’argent 2017, L’autre côté de l’espoir d’Aki Kaurismäki, et du film lauréat du Prix du meilleur scénario du festival de San Sebastián 2017, Que dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen.

Un autre fait notable réside dans l’absence de films réalisés par les cinéastes asiatiques ou de l’ancien bloc de l’Est. Le contraste est saisissant par rapport à notre podium 2015 aux couleurs de l’Estonie, de la Hongrie et de la Russie. Avec trois représentants (Voyages à travers le cinéma français, Barbara et Les fantômes d’Ismaël), le cinéma français maintient ses positions. Hors France, le cinéma européen compte aussi trois lauréats : L’autre côté de l’espoir (Finlande), Que dios nos perdone (Espagne) et The square (Suède). Absent de notre top 2015, le cinéma d’Amérique du Nord et du Sud compte à nouveau quatre membres dans notre classement 2017 (Twin Peaks: The return,  Get outMindhunter et Neruda).

Sept des dix films composant notre Top 2017 ont fait l’objet d’une distribution en salle en France. Ils ont rassemblé 2,9 millions de spectateurs soit une moyenne de 414 000 entrées par film proche de celle constatée par les dix films qui composaient notre Top 2016 (4,5 millions d’entrées). Get out, unique film millionnaire de notre Top (1,1 millions d’entrées) succède ainsi aux deux films millionnaires en 2016, Les huit salopards et Juste la fin du monde.

Les six autres longs-métrages cumulent entre 200 000 (Que dios nos perdone) et 385 000 entrées (Les fantômes d’Ismaël) sur un nombre de copies très variable. Entre 200 et 236 000 entrées, NerudaL’autre côté de l’espoir et Que dios nos perdone ont connu un succès égal sur un nombre de copies voisin. Cumulant entre 344 et 385 000 tickets déchirés, Les fantômes d’Ismaël, Barbara et The square n’ont pas bénéficié du même nombre de copies. Ce constat permet de mettre en évidence l’effet Palme d’or pour le film de Ruben Östlund et à contrario le semi-échec de celui d’Arnaud Desplechin.

Enfin, remarquons la présence dans notre classement annuel d’un premier long métrage. Avec l’inattendu et surprenant Get out, Jordan Peele s’arroge la deuxième place et monte donc sur notre podium 2017. Une performance notable qui nous remet en tête notre top 2015 dont les deux premières places avaient été trustées par deux cinéastes débutants.

Finalement, d’un point de vue propositions cinématographiques, notre top 2017 n’égale pas à nos yeux celui de 2015. Il soutient cependant la comparaison avec celui de 2016. Nous constatons aussi que de notre Top 5, seul Get out apparaît régulièrement dans les classements publiés par la presse spécialisée.

Nous restons optimistes sur le contenu cinématographique du millésime 2018 qui débute. Nous disposons déjà de trois longs-métrages susceptibles d’apparaître dans notre prochain top annuel. Nous les chroniquerons lors de leur sortie dans les salles françaises. Ces trois possibles lauréats sont : The last family, premier long-métrage de fiction de Jan P. Matuszynski (sortie en salle le 17 janvier) ; Cœurs cicatrisés de Radu Jude et Le ciel étoilé au-dessus de ma tête d’Ilan Klipper dont les sorties en salle sont prévues le 7 mars prochain.

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