America – « The american dream is dead »

Dans les paysages mythiques de l’Arizona et à l’approche de l’élection du 45ème président des États-Unis, Claus Drexel capte les états d’âme de citoyens ordinaires. Dans America, le documentariste tire un portrait sans condescendance de l’Amérique rurale. Une Amérique profonde toujours patriotique mais dont le déclin est désormais consommé et l’âme définitivement perdue. Cette Amérique ne rêve plus face à la réalité d’un quotidien marginalisé devenu bien commun.

Novembre 2016 : les États-Unis s’apprêtent à élire leur nouveau président. America est une plongée vertigineuse au cœur de l’Arizona, à la rencontre des habitants d’une petite ville traversée par la Route 66, les héritiers cabossés du rêve américain qui nous livrent leurs espoirs et leurs craintes.

« The american dream is dead », c’est sur cette déclaration de Donald Trump entendue en voix-off que s’ouvre America. Voilà qui constitue une réponse précise au sous-titre « Que reste-t-il du rêve américain ? » visible sur l’affiche de ce documentaire dont le contenu ne fera que confirmer cette immédiate réponse.

En optant pour le titre America, Claus Drexel a effectué un choix discutable. Le documentariste pose sa caméra à Seligman, petite ville de l’Arizona au bord de la mythique Route 66 qui relie Chicago à Los Angeles mais désertée depuis la construction d’une autoroute durant les années 80. Une vingtaine d’autochtones défile face à cette caméra. Ces rednecks, plutôt enclin à voter pour le candidat républicain que son opposante démocrate, livrent leurs états d’âme de citoyens ordinaires défavorisés craignant un déclassement social déjà effectif.

Drexel capte ainsi un pan de la réalité américaine. Mais cette micro-vision locale et rurale, probablement applicable à d’autres territoires des États-Unis, ne peut être représentative de toutes les composantes de la société américaine. Seligman n’est qu’un reflet parmi de multiples autres de l’America arborée en tête d’affiche.

De facture classique, la structure du documentaire alterne interviews, jamais condescendantes mais toujours filmées en plans fixes face caméra, et plans sur des paysages désertiques et grandioses captés au grand-angle. Le travail effectué par Sylvain Leser sur la lumière intensifie le contraste entre un ciel bleu azur et la terre rouge et poussiéreuse de l’Arizona. Ces prises de vue panoramiques façon John Ford dévoilent, sous la partition pour piano composée par Ibrahim Maalouf, un vaste territoire. Ce lieu de repos pour habitacles de voiture abandonnée miroite une population locale tout aussi délaissée.

Cette résonance entre paysage et population ne se retrouve pas entre les interviews collectées. Les propos entendus semblent ainsi s’éparpiller et ceux de l’Amérindien de la tribu des Hopis paraissent étrangers à l’ensemble, comme isolés en territoire Navajo. Sans véritable ligne directrice, l’apport analytique d’America est faible. Ainsi, si les témoignages s’attardent sur le droit (la banalisation ?) de détenir une arme à feu, d’autres thèmes ne sont qu’effleurés. Parmi ceux-ci, citons la peine de mort, la peur du déclassement, le rejet de l’Obamacare ou le devenir d’une nation clivée.

Sur l’affiche d’America figure Trump auquel est associé la version négative du slogan de son prédécesseur. Là encore, ces choix sont contestables et paraissent racoleurs. Les plans sur la campagne environnante de l’Arizona sont bien plus nombreux que ceux sur la campagne présidentielle. Drexel livre un documentaire apolitique qui évite les sujets polémiques.

En cet automne 2016, la possible élection de Trump n’est ici que prétexte à quelques échanges évasifs. Le futur président des États-Unis ne fait que hanter America par le biais de quelques extraits de ses discours populistes entendus en voix-off (radio, télévision). Son adversaire Hillary Clinton fera l’objet du même traitement mais ses « apparitions » seront moins nombreuses.

Drexel tire un portrait au grand-angle esthétique et cinématographique d’une Amérique de carte postale. Derrière ces belles images, cette Amérique grouille d’une population délaissée et déclassée pour laquelle le rêve américain est définitivement révolu. Pour ces rêveurs conservateurs profondément patriotes, ce rêve a laissé sa place aux désillusions et à un détachement politique. Trump est désormais élu pour quatre ans à la tête d’une Amérique sans rêve et dont seuls les paysages continuent à faire rêver. Par chance, quatre ans c’est un an de moins que l’âge mature pour détenir une première arme… qu’on soit leader ou suiveur dans la patrie de l’oncle Sam.

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