Adua et ses compagnes – Merlin n’a pas vocation enchanteresse

Après Du soleil dans les yeux (1953) et Je la connaissais bien (1965), le distributeur Les Films du Camélia poursuit son travail de réhabilitation de l’œuvre cinématographique d’Antonio Pietrangeli. Ainsi, fin janvier, Adua et ses compagnes (1960) est réapparu en salle en version restaurée. Dans la filmographie de son auteur, ce cinquième long-métrage se caractérise par la mise en scène non pas d’une unique héroïne mais d’un quatuor féminin franco-italien.

Après la fermeture de leur maison close, quatre prostituées tentent de s’établir à leur compte en ouvrant ce qui s’apparenterait à un simple restaurant. Mais pour mener à bien leur projet, elles doivent solliciter l’aide d’un ancien homme du milieu qui menace leur tentative d’émancipation…

Dès son premier film (Du soleil dans les yeux), Antonio Pietrangeli a su transmettre dans ses réalisations cinématographiques sa subtilité d’analyse de la condition féminine dans l’Italie des années 50 et 60. Au cours d’une carrière trop courte, le cinéaste italien a décliné cette thématique dans une œuvre à double versant, celui des comédies à l’italienne et celui des mélodrames. Adua et ses compagnes s’inscrit pleinement du côté des mélodrames tout en arborant quelques éléments de comédie.

Ici, Pietrangeli s’attache les services d’un prestigieux casting franco-italien emmené par Simone Signoret (Adua) et ses compagnes incarnées par Emmanuelle Riva, Sandra Milo et Gina Rovere. Ce quatuor féminin incontournable relègue au second plan les personnages masculins dont Piero, un représentant de commerce mythomane et lâche, joliment croqué en quelques scènes par Marcello Mastroianni. En 1958, l’adoption en Italie de la loi Merlin qui interdit les maisons de prostitution pousse nos quatre héroïnes à quitter Rome pour s’échafauder un avenir en dehors de la prostitution.

Adua et ses compagnes n’est pas un film politique prenant parti pour ou contre cette loi Merlin. En fin peintre de la psyché féminine, Pietrangeli met en images une tentative d’émancipation au féminin et collective dans ce qui s’apparente à une chronique douce-amère striée de pessimisme et de fatalité. Pour nos quatre héroïnes l’utopie se niche dans l’achat d’une bâtisse pour la transformer en restaurant dont elles seraient les patronnes et, incognito, tourner définitivement le dos au plus vieux métier du monde.

Le scénario fait se voisiner drame social et comédie. Plus complexe qu’il n’y paraît, ce script a notamment été coécrit par Ettore Scola, pas encore réalisateur, mais qui participa à l’écriture scénaristique de plus de la moitié des films tournés par Pietrangeli. La subtilité du récit passe, entre autres, par l’alternance observée entre scènes individuelles et scènes de groupe comme autant de terrains d’accueil à des échanges fluides et ciselés.

Pietrangeli confronte chacun de ses personnages féminins à ses conflits intérieurs et à leur image renvoyée par une société machiste et conservatrice. En cela, Marilina, à la fois maman et putain, vaut pour valeur-étalon. Riva qui l’incarne donne corps et douce hystérie à ce portrait moral plein de pertinence. Jusqu’à un final sombre, le cinéaste italien creuse un sillon hérité du néoréalisme mais ici, plus sur un plan thématique et social que formel. Sur ce dernier point, nous remarquons tout de même un soin particulier apporté à la gestion de la profondeur de champ et au filmage des lieux bien servis par la photographie d’Armando Nannuzzi et les variations jazzy composées par Piero Piccioni.

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