The party – The show must go on

La ressortie en salle de The party ce 18 juillet nous offre une belle occasion de remettre sous les feux des projecteurs cette irrésistible comédie signée Blake Edwards. Outre son caractère indémodable, The party s’inscrit dans la lignée des chefs-d’œuvre signés par Jacques Tati et reforme le duo qui a animé, entre 1963 et 1982, six volets de La panthère rose. Edwards derrière la caméra filme pour la première et dernière fois son acteur fétiche, Peter Sellers, dans un rôle tout autre que celui de l’inspecteur Jacques Clouseau tenu dans la saga précitée.

Hrundi V. Bakshi, un acteur indien, est engagé par un studio hollywoodien pour interpréter un soldat indigène dans un remake de Gunga Din. Faisant preuve d’une terrible maladresse, il fait exploser un coûteux décor. Exaspéré, C.S. Divot, le producteur, demande à ce que le nom de Bakshi soit inscrit sur une liste noire. Mais suite à un quiproquo, le comédien indien se retrouve en fait invité à la soirée annuelle du studio…

Les comédies sont rarement mises en avant dans nos colonnes. Il est vrai que le temps des comédies à l’italienne, par exemple, semble désormais bien lointain. Depuis, et au fil des années, ce genre cinématographique n’a cessé de perdre en intérêt et en subtilité. La bêtise et la vulgarité étant insondables tout un pan du cinéma français, notamment, ne cesse de se vautrer complaisamment dans son absurdité et sa vacuité. Alors que le fond semble atteint et que le comique a laissé place au pathétique, les « auteurs » continuent de creuser…

Il fut un temps où la comédie était un genre cinématographique noble. The party de Blake Edwards fait partie des comédies que nous nous lasserons pas de citer en exemple. Cinquante ans après sa réalisation, The party conserve toute sa drôlerie et un côté intemporel né d’un visuel pourtant très sixties et pop mais contrebalancé par les lieux filmés, ceux d’une villa à l’architecture et aux équipements modernes.

Le scénario du film tenait sur une soixantaine de pages et Edwards n’a jamais caché qu’il avait été le plus court de sa carrière. Sur cette matière concise, le réalisateur américain bâtit une comédie finalement très équilibrée car ne jouant jamais sur une quelconque surenchère. Non, Edwards s’attache plus volontiers et avec brio à mêler gags visuels et quiproquos aux conséquences souvent insoupçonnables.

La modernité de The party tient aussi au jeu des comédiens. Tous jouent vrai et sans intention de départ. Et comment ne pas retenir la performance de Peter Sellers dans le rôle principal ? Il interprète sans grandiloquence mais avec un accent caractéristique Hrundi V. Bakshi, un impassible acteur indien de second ordre. Le réalisateur laisse ici son acteur donner libre cours à ses talents d’improvisation pour incarner ce parfait antihéros. Un innocent coupable de maladresses qui ne sont pas sans nous rappeler celles de Jacques Tati.

De Jacques Tati, Edwards adopte aussi le rythme « slowburn » alors que Sellers parvient à caler son tempo comique sur celui-ci. De même, Bakshi est comme monsieur Hulot, toujours un peu étranger par rapport à son environnement, jamais réellement intégré à celui-ci. Dès l’entame du film, Bakshi a vocation à dynamiter son environnement. Le réalisateur accompagne son personnage par une mise en scène de situations à la folie sans cesse grandissante mais sans jamais verser dans l’improbable ou le rocambolesque. Ainsi, progressivement, c’est tout l’entourage de Bakshi qui sera contaminé jusqu’au déchaînement ravageur final quasi hystérique.

L’objet filmique que constitue The party reste unique et difficilement comparable à ce qui avait été produit jusqu’ici. Indémodable, ce film fait sans aucun doute partie des plus grandes comédies jamais réalisées.  Exempt de vulgarité, de blagues déplacées, de machisme (un producteur trop entreprenant sera rapidement éconduit), The party devrait valoir pour modèle.

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3 réflexions sur “The party – The show must go on

  1. Ce film est tellement drôle. Une comédie qui fait rire aux éclats, contrairement aux tristes specimens qui pullulent aujourd’hui. Non seulement Sellers est hilarant mais il entraîne tous les autres avec lui (serveurs, hôtes, invités dont un cowboy de pacotille).
    Théorie personnelle: la comédie française contemporaine est devenu un véhicule de promotion pour beaucoup de comiques, plus ou moins bons comédiens (Kev Adams, Ducret, Youn, Ngijol…) qui ont essentiellement une culture TV. Les films sont poussifs car le rythme, la densité des gags, la mise en scène ne sont pas travaillés. L’écriture et la réalisation sont bâclées. La comédie est sans doute le registre le plus difficile à réussir

    Aimé par 1 personne

    • Merci François pour ton commentaire.
      Je partage ta théorie. A mes yeux, le plus grand mal du cinéma français actuel est son défaut d’écriture et ça ne touche pas que les comédies malheureusement. Le point commun à la plupart des films français récents est qu’ils sont issus de projets insuffisamment travaillés et mûris. Trop de films produits trop rapidement, aussitôt vus et aussitôt oubliés.
      Et puis en France, le meilleur moyen pour devenir « réalisateur », c’est d’être acteur alors qu’on a affaire à deux professions requérant des qualités très différentes. On fait passer les noms avant le talent, dès lors…

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