Une histoire vraie – Road-movie autoporté

Dans la filmographie éminemment complexe et passionnante de David Lynch, Une histoire vraie (1999) fait figure d’œuvre à part. L’histoire racontée, vraie comme l’indique le titre du film, est simple, limpide, profondément humaniste paraît en effet très éloignée des thématiques torturées du cinéaste.

Alvin Straight, 73 ans, décide de quitter son village de l’Iowa après une mauvaise chute, pour retrouver son frère ainé qui vient d’avoir une attaque.

L’histoire vraie promise par le titre est celle d’Alvin Straight (titre original du film : The Straight story). C’est d’ailleurs à ce personnage, ici interprété par Richard Farnsworth, que David Lynch dédie ce film réalisé en 1999 soit trois ans après le décès du vrai Alvin Straight à l’âge de 73 ans. C’est cet âge qu’endosse aussi Farnsworth dans ce film qui sera son dernier rôle. En effet, l’acteur américain décèdera le 6 octobre 2000 à l’âge de 80 ans soit un an, quasiment jour pour jour, après la sortie du film en salle aux États-Unis.

Si sur le plan narratif comme formel, Une histoire vraie fait office d’électron libre dans la filmographie de Lynch, il n’en demeure pas moins la subsistance de quelques points d’ancrage. D’abord, la musique du générique sonne familièrement à notre oreille. Elle n’est pas sans nous rappeler le thème musical de Twin Peaks (Série chorale) et pour cause, son compositeur n’est autre qu’Angelo Badalamenti. Au casting, quelques acteurs ont déjà œuvré dans la sphère lynchienne. C’est notamment le cas de l’acteur interprétant Lyle, frère aîné d’Alvin que celui-ci va chercher à revoir malgré les kilomètres et les dissensions qui les séparent depuis une décennie. Comme le générique du début du film qui omet sciemment de le créditer, nous tairons son identité.

Alvin part donc à la rencontre de Lyle. Le premier habite dans l’Iowa, l’autre dans le Wisconsin. Ce trajet de plus de 500 kilomètres, Alvin va l’entreprendre par ses propres moyens, en l’occurrence en tondeuse autoportée à laquelle sera attelée une remorque contenant le nécessaire de survie ! Une histoire vraie est donc un road-movie au rythme paisible. En cela, ce film constitue une sorte de réponse à Sailor et Lula (1990, Road and movie), vieillesse vs jeunesse, lenteur vs rapidité, douceur vs brutalité.

Pour Alvin, ce paisible périple sera propice à de belles rencontres pour autant de petites histoires. Au crépuscule de sa vie, Alvin saura se remémorer les bons et les mauvais souvenirs. Il y a ceux doux qui le liaient à Lyle avant que la fratrie ne vienne à se déchirer mais aussi ceux amers d’une seconde Guerre Mondiale. Pour Lynch, ce même itinéraire sera l’occasion d’ambitionner une seule chose, inestimable : raconter simplement une histoire simple. Sur la trajectoire d’Alvin et au fil d’une narration linéaire, cette histoire vraie sans afféterie se révèle aussi simple que touchante.

Dans la filmographie de Lynch, Une histoire vraie, film d’une extrême sensibilité, occupe définitivement une place à part. Comme un satellite autour d’une planète, ce long-métrage semble librement graviter autour d’un corpus d’œuvres dont nous cherchons en vain à percer tous les mystères. Une étonnante bulle d’oxygène coincée au milieu d’œuvres assurément plus complexes et asphyxiantes.

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