Asphalte – 3 chroniques et 2 superbes actrices

Depuis J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2007), film animé par une belle brochette d’acteurs filmés en noir et blanc et une narration singulière, nous avions quelque peu perdu de vue Samuel Benchetrit. Après Gino (2011) et Un voyage (2014) passés inaperçus vient Asphalte présenté en Séance spéciale au festival de Cannes 2015. Derrière son format 4/3 et une économie de moyens et de dialogues, ce film se révèle plus simple et modeste que son aîné, plus attachant aussi.

Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages.

Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l’amour d’une infirmière de nuit ?

Charly, l’ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ?

Et qu’arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

Dans Asphalte, Samuel Benchetrit avance un scénario construit autour de trois histoires dont deux sont tirées de ses Chroniques de l’asphalte. Ces trois récits, proposés en montage alterné, partagent un même lieu : une cité de la banlieue marseillaise habitée par des gens simples et authentiques. Asphalte, dénué de toute caricature « vendeuse », peut ainsi être appréhendé comme une chronique du quotidien dans une banlieue anonyme pareille à tant d’autres donc familière. Et comme dans J’ai toujours rêvé d’être un gangster, le cinéaste teinte Asphalte de dérision, de surréalisme et de poésie.

Le segment voyant se rencontrer un astronaute américain (Mickaël Pitt) et madame Hamida (Tassadit Mandi aux traits un peu outrés) prend appui sur un comique de situation convenu et un déroulement prévisible. Par contre, les deux autres histoires véhiculent émotion, poésie et sensibilité. Elles se terminent chacune par une scène magnifique autour de leur actrice principale, Isabelle Huppert et Valeria Bruni Tedeschi. Les deux comédiennes animées par leur seul naturel font s’envoler ces deux séquences dans lesquelles rien n’est joué, tout est ressenti.

Si dans Asphalte Huppert répète le rôle d’Agrippine, elle n’a jamais joué dans un film sobrement titré La femme sans bras. Les plans détournés par Benchetrit sont tirés de La dentellière (1977) de Claude Goretta. Un film en couleur dont les extraits sont ici diffusés en noir et blanc sur une télévision (à priori) couleur.

Les interprétations masculines sont un cran en dessous des performances délivrées par Huppert et Bruni Tedeschi. Cependant, face à la première nommée, Jules Benchetrit, encore débutant dans le métier d’acteur, est à créditer d’une prestation prometteuse.

Enfin, notons que le réalisateur inspire sa mise en scène et la composition de ses cadres en extérieur parfois poseuses de celles de Xavier Dolan. Certains plans paraissent ainsi sous l’influence directe de Laurence Anyways (2012) et Mommy (2014) notamment. Chez le spectateur, le ressenti sera cependant moindre côté français que côté québécois.

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