Bleeder – Danish Reservoir

Il aura fallu dix ans avant que Pusher, premier film réalisé en 1996 par Nicolas Winding Refn, soit distribué en France. Pour son deuxième long-métrage, Bleeder (1999), l’attente aura été plus longue encore puisque celui-ci est resté inédit en France jusqu’en 2016 ! Constat étrange car si Bleeder s’inscrit dans la veine radicale de son aîné, il se détache de celui-ci par une narration plus ambitieuse (non centrée sur un unique personnage principal) et un recours moins systématique à la violence.

L’amour et la violence à Copenhague. Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Au même moment, son ami Lenny, cinéphile introverti travaillant dans un vidéoclub, tombe fou amoureux d’une jeune vendeuse et ne sait comment le lui dire…

Après un court générique classique, Nicolas Winding Refn (NWR) procède à une présentation originale de ses cinq personnages principaux. Venant alternativement de la droite ou de la gauche de l’écran, chacun est présenté tour à tour par son prénom. Invariablement, le filmage débute au niveau des pieds du protagoniste marchant dans une rue. Ce premier plan de quelques secondes est suivi d’un plan-américain. Une musique différente est associée à chacune des cinq séquences introductives, elle reflète le tempérament du personnage ainsi présenté.

Les trois protagonistes masculins principaux sont interprétés par Kim Bodnia (Leo), Mads Mikkelsen (Lenny) et Levino Jensen (Louis). A ce trio déjà mis en scène par NWR dans Pusher, il convient d’ajouter, dans un rôle plus secondaire, Zlatko Buric (Kitjo) également vu dans l’aventure Pusher. Le cinéaste danois reconduit donc sa troupe de comédiens et la complète avec les actrices Rikke Louise Andersson (Louise) et Liv Corfixen (Lea) sa future épouse.

Bleeder suit les déambulations du groupe des cinq « L » alors que Kitjo sert de trait d’union et d’agent conciliateur. Six habitants désœuvrés d’un quartier ouvrier (Nørrebro) coincé entre un racisme devenu ordinaire et une crise économique désormais membre familial à part entière. NWR filme en caméra portée (et ballottée), au grand angle et sans fard, le quotidien dans ce quartier populaire de Copenhague. Bleeder relève bel et bien du cinéma de quartier. Les lieux s’offrent au goût et au sens de l’espace du réalisateur danois : un appartement minable, un snack-bar peu reluisant, une librairie bondée, un vidéo-club bien achalandé dont l’arrière-boutique fera office de salle de projection privée de films de série B.

La série de travellings sur les rayonnages du vidéo-club est un hymne au cinéma bis composé par NWR. En véritable chef d’orchestre, il met en scène son alter-égo cinéphile en la personne de Lenny interprété par un placide Mads Mikkelsen. Lenny saura indiquer à un client, rayon après rayon, genre après genre, un à un, tous les réalisateurs des films mis en location. Il sera cependant pris en défaut au rayon des films pornographiques…

L’idylle maladroite que Lenny tente de nouer avec Lea est le pendant doux, presque dérisoire, de Bleeder. Il contrebalance la relation névrosée et violente que Leo entretient avec son épouse Louise et son beau-frère fasciste Louis. Le film vire au thriller intimiste strié de séquences marquées par une violence radicale, quelque part entre Seul contre tous (1998, Gaspar Noé) et Reservoir dogs (1992, Quentin Tarantino). Et, comme ce dernier, NWR a su habiller Bleeder d’une bande-originale entrainante. A ce sujet, le titre du film doit être traduit par « purgeur » car il est directement inspiré du groupe punk danois éponyme de Peter Peter qui a signé une partie de la bande-originale du film.

NWR dépeint un milieu social, tristement ordinaire. L’utilisation de la couleur rouge annonce, accompagne puis clôt (fondu servant de transition vers la séquence suivante) les scènes de violence parfois outrancières. Elle est aussi annonciatrice d’un épilogue à la violence explosive. Parfois brouillon, un peu égocentrique, Bleeder n’en demeure pas moins une alternative séduisante à ses contemporains danois issus du mouvement cinématographique Dogme95 naissant signés Thomas Vintenberg (Festen, 1998) ou Lars von Trier (Les Idiots, 1998).

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