Un condamné à mort s’est échappé – Aller de l’avant(-garde)

En son temps, Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson avait été récompensé du prix de la mise en scène décerné lors de l’édition 1957 du festival de Cannes. Ce film entièrement bâti sur l’obstination à s’évader de prison de son personnage principal est si limpide qu’il en devient mystérieux. Une œuvre-référence qui se montre tout à la fois classique et expérimentale.

En 1943. Après un acte de sabotage, le lieutenant Fontaine est capturé par la Gestapo et condamné à mort. Il est conduit au fort de Montluc, près de Lyon, où son exécution doit avoir lieu. Refusant de sombrer dans le désespoir, il organise patiemment son évasion.

Le film démarre par l’échec d’une tentative d’évasion du lieutenant Fontaine, personnage principal interprété par François Leterrier. Cette première séquence désamorce l’enjeu du film qu’on pensait contenu dans son titre qui ne vaut donc pas pour programme. Robert Bresson tue ainsi d’entrée l’action et le suspense associé et place son propos sur la psychologie de son protagoniste central. L’intrigue très simple, quasi inexistante d’Un condamné à mort s’est échappé pousse le réalisateur à axer sa narration sur la préparation puis la réalisation de l’évasion-titre. Nul suspense puisque celle-ci aboutira comme l’indique le titre du film qui pourrait faire la manchette d’un journal publié au lendemain des faits.

Fontaine, animé par son seul espoir d’évasion et sa spiritualité, s’engage dans une longue, méthodique et minutieuse préparation de sa fuite. Comment sortir de sa cellule carcérale ? Quels objets et matériaux détourner de leur usage premier ? Sur quelles complicités compter ? Comment franchir les murs de l’enceinte ?

La focale de 50 mm utilisée par Bresson permet d’approcher au plus près la vision de l’œil humain. Elle renforce le réalisme, la précision et l’importance de chaque geste réalisé. A son tour, la bande sonore volontairement minimaliste – répétitions d’un nombre limité de sonorités – mais très travaillée met en perspective cette gestuelle très composée. La voix-off atonale du comédien fait écho à l’isolement du personnage dans l’authentique – comme précisé sur une plaque commémorative introductive – univers carcéral environnant. Cet isolement trop fort ne peut être que « partagé » avec le spectateur.

Ce film complexe et austère ne déroge pas à l’aspect éminemment subjectif et au formalisme ascétique de l’œuvre de son auteur. Ici, l’intériorité dépouillée de toute interférence prime pour mettre en avant la force psychologique mais aussi les doutes de Fontaine. Aux gestes précis et méthodiques de son personnage, Bresson répond par une écriture et une mise en scène fortes des mêmes caractéristiques. Nous constatons ainsi que Fontaine se voit rarement « emprisonné » par les mêmes cadrages. Inexorablement, la forme prime peu à peu sur le fond. Et pour leur part, les décors intérieurs carcéraux agissent comme contrepoint à la psychologie du personnage.

Autant de préceptes qui font de Un condamné à mort s’est échappé une véritable quête métaphysique de la survie élevée au rang de modèle. Parmi bien d’autres, Jacques Becker saura faire bon usage quelques années plus tard de cette grammaire cinématographique quand il réalisera Le trou en 1960.

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