Le dernier combat – Premier round

En prolongement de son court-métrage L’avant dernier (1981), Luc Besson plonge deux ans plus tard son premier long-métrage dans un univers post-apocalyptique. Les quelques survivants du genre humain interprétés notamment par Pierre Jolivet, Jean Bouise et Jean Reno ne disposent pas de grand-chose pour survivre. Le réalisateur se met au diapason de ses personnages en réalisant son film avec peu de moyens. Au final, Le dernier combat (1983), qui suit donc logiquement L’avant dernier, s’avère être un film riche notamment par les astuces de mise en scène qu’il recèle.

Après une apocalypse nucléaire, les rares survivants sont en majorité des hommes, les femmes ont pratiquement disparu. Ils semblent n’avoir qu’une seule obsession : s’entretuer ou asservir leur prochain. Les hommes ne peuvent plus parler, sans que l’origine de ce handicap soit révélée au spectateur.

Certes Le dernier combat n’est pas porteur d’un grand message qui ne résulterait d’ailleurs ici que d’un scénario minimaliste. L’ambition de Luc Besson n’est pas placée sur la narration d’un film sans dialogues entre des personnages sans nom. Dans cette ambiance apocalyptique, les actions naissent des situations et l’usage de la parole semble avoir été perdu. L’absence d’échanges oraux symbolise le retour d’une civilisation moderne aux pratiques et attitudes préhistoriques. L’ère ancestrale est d’ailleurs directement référencée par la fresque peinte sur un mur par le personnage joué par Jean Bouise.

L’objectif premier est la survie face à la menace d’autrui et notamment face au personnage interprété par Jean Reno. Ainsi, le dernier combat annoncé par le titre est celui de la survie de l’homme incarné par Pierre Jolivet et de ses possibles alliés. Car, un des thèmes couverts par le film est celui de la solidarité entre survivants et compagnons d’infortune. C’est peut-être la scène des contrôles médicaux pratiqués par Bouise sur Jolivet qui souligne le mieux cette thématique dans un microcosme très masculin où le genre féminin représenté par Petra Müller doit être à nouveau apprivoisé.

Alors que l’absence de moyens précitée serait rédhibitoire chez nombre de ses confrères, chez Besson, elle est le catalyseur d’une mise en scène astucieuse et maline. Au besoin, l’auteur du Grand bleu (1988) emprunte aux codes des combats de gladiateurs ou de chevaliers qui, dans une atmosphère aux reflets préhistoriques, paraissent étrangement post-modernes. Sans se montrer trop démonstrative, la mise en scène déployée fait étalage du savoir-faire du réalisateur qui multiplie les variations de cadres et de travellings. Et, en émaillant son filmage de séquences rapides captées caméra à l’épaule, il imprime un rythme jamais monotone au Dernier combat.

En noir et blanc, porté par d’excellents acteurs de second plan et sur une musique composée par Éric Serra qui n’est pas sans annoncer celle du Grand bleu, Le dernier combat est un des premiers films français de fiction post-apocalypse. Il fait aussi émerger un réalisateur dont la filmographie finira malheureusement par dériver vers des produits beaucoup plus formatés et donc bien moins intéressants.

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