Patagonia, el invierno – Balayer âmes et paysages

Les sélections et les palmarès du festival de San Sebastian méritent toujours qu’on s’y attarde. Durant l’édition 2016, Que dios nos perdone (Noirceur et nihilisme exaucés) de Rodrigo Sorogoyen avait obtenu le Prix du meilleur scénario. Pour sa part, Patagonia, el invierno s’était vu décerner le Prix Spécial du Jury alors que son directeur de la photographie, Ramiro Civita, avait été récompensé par le Prix de la meilleure photographie. Après visionnement de ce premier film d’Emiliano Torres, nous ne pouvons que reconnaître que ces deux récompenses étaient pleinement méritées.

Après avoir travaillé toute sa vie dans un ranch isolé en Patagonie, le vieil Evans est remercié et remplacé par Jara, un homme plus jeune qui veut s’installer avec femme et enfant. Mais quand l’hiver arrive, la région est bloquée par la neige. Il n’est plus seulement question de travailler mais aussi de survivre dans des conditions extrêmes. Désespéré et seul, Evans essaie d’effrayer Jara pour le faire partir. La confrontation est inévitable, quand l’un essaie de revenir, l’autre veut rester. Dans les somptueux et énigmatiques paysages de Patagonie, le film raconte la solitude, la rudesse du travail et la difficulté de laisser sa place.

Dans Patagonia, el invierno, les vastes étendues désertiques de la Patagonie forment un cadre idéal aux errances existentielles de ses protagonistes. Les montagnes environnantes et de plus en plus enneigées prêtent leurs flancs à un vent libre de balayer ces contrées. Avec la fine captation du souffle venteux, le film emprunte aux codes des westerns modernes et désespérés.

La beauté de ces paysages est parfaitement restituée par la très belle qualité de la photographie calibrée par Ramiro Civita. Cette qualité est telle qu’on peut se méprendre sur le tournage pourtant réalisé en numérique avec une caméra Arri Alexa. Par instants, la définition des images et la précision de la colorimétrie semblent approcher de très près la qualité des tournages sur pellicules.

Emiliano Torres s’évertue aussi à apporter un même soin à la composition de ses cadres. L’effort est constant et sans faille au fil des plans pris par une caméra aux mouvements comptés et limités à suivre le personnage principal de la séquence en cours. Cette traque du protagoniste est souvent réalisée à distance de celui-ci car, par sa mise en scène naturaliste, le cinéaste argentin s’attache à capter la nature dans toute sa beauté.

Peu volubile, Patagonia, el invierno ménage de vrais instants de contemplation qui viennent contrebalancer une narration sèche annonciatrice d’un épilogue abrupt. L’une des prouesses du réalisateur-scénariste est d’avoir su intercaler des astuces de mise en scène entre les rares dialogues. Le film bénéficie ainsi d’un récit fluide et bien mené où la sensibilité et la délicatesse de traitement sont palpables à chaque instant.

Intimiste, Patagonia, el invierno l’est assurément. Ainsi, le jardin secret de chaque personnage sera dévoilé par petites touches. Et si Torres sépare chacun de ses protagonistes principaux de sa famille respective avec l’alcool pour seule échappatoire à la solitude ou à l’abandon, ce n’est pas pour autant pour livrer l’attendue confrontation directe entre Evans (Alejandro Sieveking) et son remplaçant Jara (Cristian Salguero). Ainsi, le cinéaste se montre aussi habile dans la préparation d’un dernier tiers plus âpre et désespéré et l’exécution de celui-ci.

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