La motocyclette – Faithfull roule pour Delon

En 1968, La motocyclette fut sélectionné pour concourir dans la compétition officielle du festival de Cannes. Mais cette année-là, faute d’être arrivée à son terme, la grande messe du cinéma ne livra aucun palmarès. Ce film de Jack Cardiff avec en tête d’affiche Marianne Faithfull et Alain Delon aurait-il obtenu un prix ? Il n’y a nulle réponse définitive possible à cette question.

Une jeune femme, nue sous sa combinaison de cuir, part rejoindre son amant sur la moto qu’il lui a offerte.

La motocyclette de Jack Cardiff ne brille guère par son intrigue servie par peu de dialogues. Ainsi, les pensées et les états d’âme de Rebecca incarnée par Marianne Faithfull sont restitués aux spectateurs par la voix-off de l’héroïne. La narration musarde donc à bas régime et carbure en toute liberté alors que les plans défilent au rythme des kilomètres parcourus. Du roman éponyme et difficilement adaptable au cinéma d’André Pieyre de Mandiargues, le cinéaste ne parvient que partiellement à mettre en images l’ambiguïté couchée noir sur blanc.

Cependant, par son aspect déroutant, La motocyclette constitue une excellente représentation de l’esprit 1968. Le film véhicule la libération psychologique, politique et sexuelle de Rebecca et, à travers elle, de toutes les jeunes femmes d’alors. Jeune et libre, l’héroïne nue sous sa combinaison de cuir filmée sous toutes les coutures enfourche sa moto pour fuir son mari et rejoindre son amant auquel Alain Delon prête ses traits.

Une moto en guise de symbole de liberté et d’émancipation, un amant pour un amour libre plutôt que des militaires faisant la guerre sans amour, les ficelles narratives de Cardiff sont classiques et parfaitement visibles. La trame suivie est faite de mailles larges dans lesquelles se glissent de longs flashbacks. La beauté de Faithfull cheveux au vent, ses fantasmes et rêveries licencieuses servent comme autant de catalyseurs d’un film connoté, sensuel et un peu rebelle (Haguenau et ses cimetières militaires).

Les audaces visuelles et sonores qui émaillent La motocyclette participent aussi à l’esprit 68 cité plus haut. Ainsi, l’utilisation de la brume, de jeux de transparence notamment sur des effets et des couleurs aux tonalités psychédéliques conduit à des plans pop arborant une colorimétrie retravaillée en post production. Et, si certains trucages paraissent désormais datés et donnent au film des atours de série B, notons l’effort constant apporté par Cardiff dans la variation de ses angles et distances de prise de vue. Quelques cadrages paraissent ainsi très travaillés et l’ensemble prend par moments des airs expérimentaux.

Inattendu, parfois déroutant, La motocyclette fait partie des films possiblement cultes mais qui, mal né en 1968, demeure oublié et méconnu. La proposition cinématographique étonne sans rester inoubliable. Elle reflète finalement fort bien ce que Cardiff, directeur de la photographie notamment pour Michael Powell et Emeric Pressburger dans Le narcisse noir (1947) et Les chaussons rouges (1948), était en mesure de réaliser grâce à son indéniable talent.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.