N.B. #6 – Les camarades (1963, Mario Monicelli)

La ressortie en salle et en version intégrale (2h10) restaurée 4K des Camarades offre l’opportunité de redécouvrir dans d’excellentes conditions ce film réalisé en 1963 par Mario Monicelli. Le cinéaste y chronique le quotidien d’un monde ouvrier pris en tenaille entre misère et luttes sociales. Face à l’injustice et à l’adversité, les ouvriers mis en scène n’ont d’autres meilleures armes que leur solidarité et leur fraternité pour promouvoir leurs revendications sociales dans un élan de survie.

A la fin du XIXème siècle, dans une fabrique textile de Turin, les ouvriers, soumis à un rythme de travail infernal, voient se multiplier les accidents. Trois d’entre eux entrent en conflit avec le contremaitre à la suite d’un nouveau drame. Il est alors décidé, en guise de protestation, que tous partiront une heure plus tôt ce soir-là. Mais cette action n’est pas du goût des patrons, qui profitent de l’inexpérience de ces hommes simples pour les berner. Les sanctions tombent. L’instituteur Sinigaglia, un militant socialiste, fraîchement débarqué de Gênes, pousse les ouvriers à s’organiser…

Mario Monicelli filme avec une belle dextérité une usine de tissage de la fin du XIXème siècle. La noirceur des décors, le vacarme produit par les machines, les cadences infernales de production et la population ouvrière interlope, tout est représenté avec justesse et fidélité. Ainsi, par ses aspects proches du monde ouvrier, son long-métrage, Les camarades, prend les allures d’un film à valeur historique.

Les journées de quatorze heures de travail sont épuisantes pour ces hommes et ces femmes exploités jusqu’au péril de leur intégrité physique. La revendication d’une journée de labeur limitée à treize heures est organisée par quelques meneurs. En mettant en scène et en filmant ce mouvement de contestation, Monicelli réalise une ambitieuse fresque ni politique ni propagandiste sur la lutte ouvrière et la lutte de classe.

Tout en mêlant conflits personnels et luttes collectives, le cinéaste italien parvient à ne jamais travestir le drame raconté en mélodrame. De plus, l’ensemble est brillamment animé et interprété par un beau casting franco-italien. Marcello Mastroianni incarne avec conviction le personnage principal, un professeur chef de file. Les rôles secondaires caractérisés sont loin d’être dépourvus d’intérêt tenus qu’ils sont par Renato Salvatori, Bernard Blier, Annie Girardot ou encore Folco Lulli.

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4 réflexions sur “N.B. #6 – Les camarades (1963, Mario Monicelli)

  1. Monicelli, une valeur sûre, et des grands cinéastes de la comédie italienne, celui qui avait le talent comique le plus pur, même si à te lire, c’est sa veine plus sociale qu’il explore ici. Il me tarde de découvrir le film.

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    • Oui, dans Les camarades, Monicelli est clairement dans une veine sociale et historique. Il y a quelques touches d’humour mais elles ne font pas l’essence même du film. On est là loin des comédies italiennes dont Le pigeon que tu as chroniqué sur ton blog.
      Je pense que le film devrait te plaire.

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  2. Je l’ai vu hier soir. C’est un très bon film dont la reconstitution est remarquable. Le filmage du travail d’usine et des scènes de foule est tout à fait convaincant – celle de la mort de Pautasso notamment. J’ai un bémol (vraiment minime): même si le personnage d’Annie Girardot se comprend bien (une fille d’ouvrier ayant choisi la prostitution pour s’en sortir), je trouve qu’elle est superflue dans le film. Le moment où elle apparaît correspond à une baisse du rythme. Il fallait sans doute une star féminine française pour la production… sinon c’est un film à voir !

    Aimé par 1 personne

    • Je prépare un mini top « Classique » dans lequel figurera Les camarades. Je te rejoins sur ta remarque sur le rôle tenu par Annie Girardot. Son interprétation n’est pas en cause loin de là mais son rôle en effet, quelque peu « accessoire ». J’ai constaté ce phénomène dans de nombreuses coproductions franco-italiennes. En sortie de visionnement, il n’est pas rare que je m’interroge sur l’opportunité de la présence d’un protagoniste français ou italien. Il y peut être une notion de « quota » du style en tant que producteur français je veux X personnages principaux issus du sérail français (et probablement idem côté italien). Et au-delà du nombre d’acteurs souhaités, j’ai le sentiment (ce n’est pas le cas pour Les camarades) qu’on a affaire parfois à des acteurs « suggérés » par la production. La fameuse question, souvent sans réponse : pourquoi avoir choisi tel acteur pour incarner tel personnage ? Ça peut aussi être un choix « par défaut » : l’acteur souhaité n’est pas disponible (à l’époque, le cinéma italien était très prolifique) et le réalisateur se rabat sur un « second choix ».

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