La niña de fuego – Conte ibérique

La niña de fuego (2014) est le deuxième long-métrage de Carlos Vermut qui avait réalisé en 2011 Diamond flash non distribué de ce côté-ci des Pyrénées. Ce thriller espagnol est sorti en salle en 2015 après avoir remporté quelques prix dans les festivals, notamment le Coquillage d’or du meilleur film et celui d’argent du meilleur réalisateur lors de l’édition 2014 du festival de San Sebastian. Il avait aussi été récompensé du Goya (Oscar espagnol) 2015 de la meilleure actrice pour Bárbara Lennie. Chacun de ces prix vient surligner les qualités du film.

Bárbara est une belle femme vénéneuse et psychologiquement instable, que son mari tente de contenir. Damiàn n’ose pas sortir de prison de peur de la revoir. Luis veut la faire chanter mais ne réalise pas encore qu’il joue avec le feu. Le trio se retrouve plongé dans un tourbillon de tromperies où la lutte entre la raison et la passion tourne à la guerre des nerfs…

Malgré sa graphie espagnole, La niña de fuego n’est pas le titre original du deuxième long-métrage de Carlos Vermut. Dans les faits, le distributeur français du film a porté son choix sur le titre éponyme d’une chanson entendue à plusieurs reprises durant le métrage. Le titre original de ce thriller pourtant espagnol est Magical girl en référence directe et assumée au manga japonais Magical girl yukiko.

Durant un peu plus de deux heures, Vermut noue patiemment ses intrigues alambiquées et imprévisibles qu’il maintient volontairement et sciemment dans un épais mystère. La narration non linéaire est rendue encore plus exigeante par l’emploi judicieux d’ellipses. Ainsi, ce récit, parfois déroutant et toujours intrigant, ne manquera pas de laisser libre cours à l’imagination des spectateurs dans leur tentative de reconstituer le puzzle psychologique (et psychanalytique ?) mis en images. Les pièces manquantes élèvent d’un cran la complexité de la tâche. Il y a là chez ce réalisateur espagnol une façon de faire qui n’est pas sans nous rappeler ce qui a fait le sel de l’œuvre cinématographique de son compatriote Victor Erice dont L’esprit de la ruche (1973, Mystérieuses métaphores).

La niña de fuego est structuré en trois chapitres. Chacun s’alimente des relations de tromperie et de vengeance entretenues par les trois personnages principaux bien campés par Bárbara Lennie, José Sacristán et Luis Bermejo. Ce film atypique, conte cruel virant peu à peu en polar et thriller, gagne ainsi en étrangeté par la narration ambitieuse mise en œuvre. Vermut cherche et trouve un juste équilibre entre les fils narratifs manipulés à savoir ceux focalisés sur la psyché des protagonistes et celui de son intrigue à tiroirs. Le réalisateur parvient aussi à intégrer dans son conte sadien des éléments contemporains d’ordre socio-économique.

La mise en scène, continuellement précise, joue avec les hors-champs. Cet aspect renforce encore le côté énigmatique du long-métrage et contribue à rendre palpable son atmosphère sombre et glaçante dans un univers indéfini entre réalité et virtualité. La niña de fuego se révèle finalement tout à la fois brillant, fascinant, déroutant et sans cesse surprenant. Bien écrit et bâti dans un style affirmé, il ne peut laisser indifférent et place Vermut parmi les réalisateurs à suivre avec la plus grande attention.

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