The spy gone north – L’espion qui venait du sud

Yoon Jong-bin place son film The spy gone north hors des idéologies respectives des deux Corées. Alors qu’un dégel des relations est actuellement constaté entre les deux parties d’un pays scindé en deux, le cinéaste s’empare d’un fait réel des années 1990 pour illustrer les rapports complexes entretenus par les belligérants. Complexe, The spy gone north l’est aussi notamment par sa narration dense. Ce remarquable thriller politique et cérébral se décline plus volontiers en film de personnages qu’en film d’action.

Séoul, 1993. Un ancien officier est engagé par les services secrets sud-coréens sous le nom de code « Black Venus ». Chargé de collecter des informations sur le programme nucléaire en Corée du Nord, il infiltre un groupe de dignitaires de Pyongyang et réussi progressivement à gagner la confiance du Parti. Opérant dorénavant en autonomie complète au cœur du pays le plus secret et le plus dangereux au monde, l’espion « Black Venus » devient un pion dans les tractations politiques entre les gouvernements des deux Corées. Mais ce qu’il découvre risque de mettre en péril sa mission et ce pourquoi il a tout sacrifié.

Après visionnement de The spy gone north, il nous est impossible d’avancer la moindre explication qui viendrait justifier la relégation du film de Yoon Jong-bin en séance de minuit lors du dernier festival de Cannes. Une programmation qui a doublement desservi le film. D’abord, elle sous-entend un contenu sulfureux alors que le cinéaste sud-coréen arpente d’autres terrains. Ensuite, au regard de la densité, de la complexité et de la durée (2h20) de The spy gone north, une programmation si tardive (à 23h le 11 mai) relevait à minima d’une erreur de jugement.

Mieux vaut en effet être pleinement attentif durant le visionnement de ce thriller politique inspiré d’un fait réel des années 1990. Les avancées du programme nucléaire de Kim Jong-il inquiètent la Corée du Sud. Les services secrets sud-coréens infiltrent la classe dirigeante entourant le « Dirigeant bien-aimé » par l’entremise de « Black Venus », un de leurs agents. La complexité de l’entreprise et du film naissent, entre autres, de la méconnaissance par « Black Venus » de tous les enjeux de cette mission d’espionnage. Les manipulations et double jeu d’ordre politique, économique et électoraliste forment les nombreuses strates de The spy gone north.

Les cinéastes sud-coréens ont produit de nombreux films d’espionnage dont les plus notables sont JSA – Joint Security Area (2000, Park Chan-wook) et The president’s last bang (2005, Im Sang-soo). The spy gone north emprunte au second sa densité de narration et au premier sa dimension humaine. L’objectif demeure : rendre compte des délicates relations entretenues par les deux Corées en ne versant ni dans la complaisance ni dans le manichéisme. Car hors idéologies, ici soigneusement écartées, finalement peu de chose sépare un sud-coréen de son homologue nordiste.

Dans son film, Yoon fait incarner cette proximité par un duo formé par Park Suk-young (Hwang Jung-min), nom de code « Black Venus », et Ri Myung-woon (Lee Sung-min), directeur du conseil économique de Kim Jong-il. Entre ces deux protagonistes, une relation fraternelle s’établit mais toujours teintée d’une méfiance polie. C’est un véritable jeu de miroir, parfois déformant (mensonges, manipulations, etc.), que Yoon met en œuvre. Il y a certes deux clans mais ils ne sont pas aussi antagonistes qu’attendu. Les deux Corées partagent des intérêts communs notamment économiques au point d’être interdépendantes.

Dans le rôle du faux homme d’affaire dépêché par les service secrets sud-coréens, Hwang se montre tout aussi convaincant que dans A bittersweet life (2005, Kim Jee-woom) ou dans The strangers (2016, Na Hong-jin). Son énergique incarnation d’un homme banal, un peu dégingandé, recèle de multiples changements de ton, passant par exemple de la malice à l’accablement en un clin d’œil.

Par sa discrétion, la mise en scène du cinéaste Sud-Coréen ne vient en rien perturber l’attention portée par les spectateurs sur une narration dense et à multiples strates. Dans la première partie du film, Yoon joue sur une Corée du Nord longuement maintenue cachée et mystérieuse. Puis, l’immensité des espaces intérieurs figurera l’opulence de façade de la société nord-coréen. En contrepoint, le faible nombre de ses occupants vaudra pour métaphore d’un pouvoir politique concentré entre quelques mains.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.