Silvio et les autres – Sans nous

Silvio et les autres est le premier film depuis 2004 de Paolo Sorrentino a n’avoir pas concouru en compétition au festival de Cannes. Autre élément de comparaison, ce portrait de Silvio Berlusconi succède dix ans après à celui, remarquable, qui avait été fait de Giulio Andreotti dans Il divo (2008). Pour ces deux films, le duo formé par Sorrentino et Toni Servillo, respectivement derrière et devant la caméra, demeure. C’est peut-être là la seule constante entre les deux opus politiques du cinéaste. Après Andreotti vient donc Berlusconi, plus pour le pire que pour le meilleur.

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Mi 2006, Silvio Berlusconi n’est plus le président du Conseil des ministres mais le culte autour de sa personne a toujours cours. Au fil de digressions proposées dans un long cortège de vignettes, Paolo Sorrentino tire le portrait d’un populiste encore populaire. Silvio et les autres, dénué de toute critique ou charge politique, se révèle très complaisant envers son personnage central.

Très tôt dans le film, on note une esthétique proche de celle de La grande bellezza (2013). Mais, là où une part de poésie et de dandysme ornait le précédent film de Sorrentino, Silvio et les autres n’oppose qu’une multitude d’effets kitchs, toujours clinquants et souvent d’un mauvais goût outrancier et caricatural. Le cinéaste donne libre cours à ses afféteries de mise en scène dans un préambule d’une vacuité sans fond… dans tous les sens du terme. C’est le parfait reflet d’une société italienne représentée ici par ceux qui, comme Sergio (Riccardo Scamarcio), cherchent à approcher la sphère du pouvoir italien pour en tirer quelques intérêts personnels.

Dans le rôle du « cavaliere », Toni Servillo n’apparaît qu’après cette trop longue introduction, magistralement résumée en une réplique après une heure de film. Lors d’une poignée de scènes au long cours, l’acteur est l’unique bouée de sauvetage qui évitera au film de sombrer corps (peu vêtus) et âmes (vides). Enfin, nous devons indiquer le caractère inabouti du schéma narratif déployé. Ainsi, les évènements de L’Aquila en 2009 déboulent dans le scénario avant que le cinéaste ne revienne sur ces mêmes évènements dans un épilogue des plus maladroits. Ce défaut est peut-être propre à la version internationale écourtée d’une heure d’un Loro distribué sous la forme d’un diptyque en Italie.

Dans une esthétique conjuguée essentiellement au féminin et toujours au pluriel, jamais le cinéma de Sorrentino n’aura paru se fondre autant dans la frime à grand renfort d’attributs issus de la rutilance des publicités et des vidéo-clips. Dans ce style vain d’une vacuité toute contemporaine, Silvio et les autres relève moins du cinéma que de la grille des programmes de la chaîne MTV, coupures publicitaires comprises. D’ailleurs, ce film était à l’origine destiné à la télévision. Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs de préférer Le caïman (2006) de Nanni Moretti, portrait bien moins factice et plus pertinent du « Cavaliere ».

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