Itinéraire d’un enfant gâté – Non ba(na)lisé

Film d’ouverture du festival Lumière 2018, Itinéraire d’un enfant gâté (1988), fort d’une version très récemment restaurée, arbore fièrement ses trente ans. Le récit libre participe à la modernité du métrage en suivant un cheminement dont la seule contrainte semble être constituée par le passé du personnage principal. Claude Lelouch évoque même un film presque autobiographique réalisé durant une période où casser sa vie dorée et passer à autre chose n’étaient pas des idées qui lui étaient alors étrangères.

Abandonné, encore enfant, par sa mère, Sam (Jean-Paul Belmondo) est recueilli dans un cirque. Il y grandit, s’y épanouit avec ceux qui deviennent sa vraie famille. Après un accident, il se reconvertit dans l’industrie et crée une florissante entreprise de nettoyage. Ses enfants, son ex-femme Corinne (Béatrice Agenin), tous lui témoignent amour et affection. Mais Sam s’ennuie et décide de tout plaquer. Il part sur son voilier sans date de retour et finalement, se fait porter disparu. Une nouvelle vie commence mais son passé va l’y rattraper en la personne d’Albert Duvivier (Richard Anconina), un de ses anciens employés…

Suite à cette introduction du réalisateur d’Un homme et une femme (1966), une attention particulière devait être logiquement portée sur le personnage de Sam Lion. L’idée était alors d’identifier la part autobiographique du metteur en scène de la fin des années 80 que pouvait recéler ce protagoniste incarné par Jean-Paul Belmondo. L’itinéraire-titre mis en images demeure sans destination prédéterminée ce qui laisse à penser que Itinéraire d’un enfant gâté est avant tout animé par des motivations relevant de la fiction.

Le film suit donc le personnage principal dans l’espace et dans le temps au rythme de flashbacks assumés. D’une ellipse à une autre, Claude Lelouch signe un hommage au monde du cirque (itinérant) et à celui, révolu, de l’enfance. Le rythme de Itinéraire d’un enfant gâté est aussi imprimé par la bande originale composée par Francis Lai et antérieure à la réalisation du film. Car il en était ainsi des demandes du réalisateur à son compositeur fétiche. Une caractéristique commune aux trente-cinq collaborations entre les deux hommes dixit Bertrand Tavernier.

Relevons enfin que cette bande originale laisse aussi une place à des chansons interprétées par Nicole Croisille et Jacques Brel. Le film est d’ailleurs dédié à ce dernier. Et si Itinéraire d’un enfant gâté parvient, trente ans après sa réalisation, a conservé une certaine fraicheur, l’explication est aussi à chercher dans son duo d’acteurs. Assagi, Belmondo touche par sa délicatesse. Face à lui, Richard Anconina apprend à ne pas trop « marquer » l’étonnement et trouve la bonne mesure pour endosser le rôle de trait d’union au sein d’une famille scindée.

Les ressentiments de la fin des années quatre-vingt du cinéaste appartiennent dorénavant au passé. En effet, Lelouch a annoncé son désir de réaliser en 2019 une suite à Itinéraire d’un enfant gâté qui reste l’un de ses plus gros succès commerciaux. Belmondo et Anconina sont donc appelés à réoccuper le haut de l’affiche de ce film à venir qui portera sans nul doute son regard critique sur les trois dernières décennies qui sépareront les deux volets d’un futur diptyque.

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