Top 2018

Début d’année oblige, nous cédons à l’exercice consistant à vous livrer notre classement des meilleurs films d’une année 2018 désormais close. Comme pour les millésimes précédents (20152016 et 2017), nous limitons notre sélection aux dix films qui finalement nous auront laissés le plus d’images en tête et ceux dont le propos nous semble les plus intéressants. Un classement subjectif, éminemment critiquable, mais que nous assumons complètement et que nous complétons par une analyse pour en extérioriser les principales caractéristiques.

Et, au-delà des traditionnels vœux de bonne année que nous adressons à nos lecteurs, puisse le millésime 2019 briller de multiples propositions cinématographiques audacieuses et fortes que nous tâcherons de relater dans ces colonnes.

1. Burning de Chang-dong Lee (Corée du Sud)

Genre : drame, mystère, thriller

Box office France : 188 906 entrées (126 salles max.)

Après projection, Burning hante l’esprit du spectateur. D’abord, par son récit mystérieux et savamment elliptique qui laisse libre cours à plusieurs niveaux de lecture et, pour les spectateurs les moins attentifs, de compréhension… Ensuite, par la recherche d’une éventuelle faille dans le scénario que Chang-dong Lee met en images. Une quête vaine car cet écrivain, aujourd’hui réalisateur et scénariste, noue son intrigue avec rigueur et délicatesse. A une époque où l’écriture scénaristique est souvent galvaudée, Burning redonne espoir en ce que le cinéma aurait dû rester : un vecteur inaliénable de transmission de récits d’un narrateur à son auditoire et de partage des mêmes émotions entre les deux parties.

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2. Sicilian ghost story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (Italie)

Genre : drame, fantastique, thriller

Box office France : N/D (37 salles max.)

Lors du festival de Cannes 2017, Sicilian ghost story, film d’ouverture de la Semaine Internationale de la critique, n’avait reçu qu’un accueil plutôt distancié de la part des critiques in situ. Cette mauvaise presse vaut au film une sortie tardive sur nos écrans alors qu’en Italie, il a connu un beau succès et remporté plusieurs prix notables. Le peu d’entrain de la critique internationale envers ce film s’explique peut-être par la tonalité douloureuse et triste de celui-ci. Pourtant, la réalisation et le récit de Fabio Grassadoniaet Antonio Piazza cumulent de belles qualités. À mi-parcours de l’année 2018, nous plaçons Sicilian ghost story parmi les meilleurs films vus durant ce premier semestre finissant.

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3. A ghost story de David Lowery (États-Unis)

Genre : drame, fantastique, romance

Box office France : 52 860 entrées (61 salles max.)

Remarque : ce film est sorti en salle le 20 décembre 2017 mais nous ne l’avons vu qu’en janvier 2018. Ce film de David Lowery intègre donc notre top 2018 comme il aurait intégré notre top 2017 si nous l’avions visionné plus tôt.

Présenté en 2017 lors du festival de Sundance, A ghost story a obtenu trois prix (Jury, Critique et Révélation) lors du festival de Deauville. Dans ce film, David Lowery met en œuvre un dispositif simple, prodigieux, prodigieusement simple et simplement prodigieux duquel émane une profonde singularité qui n’a d’égale que le minimalisme assumé qui l’anime. À charge aux spectateurs d’effectuer le grand saut dans le vide, là où la dimension spatiotemporelle n’existe plus.

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4. Annihilation d’Alex Garland (Royaume-Uni)

Genre : aventure, drame, fantastique

Box office France : N/D (diffusion Netflix)

Budget de réalisation confortable, beau casting au demeurant principalement féminin, le film de science-fiction Annihilation était destiné à être exploité en salles. Il n’en sera rien à quelques exceptions près. Depuis le 12 mars, en France comme dans de nombreux autres pays, le deuxième long-métrage d’Alex Garland n’est visible que des seuls abonnés au réseau Netflix. Sans vouloir noircir le tableau, ce choix de distribution en dit peut-être beaucoup sur les films qui seront « autorisés » à être projetés sur grand écran à l’avenir. Sinon, sans trop nous avancer, Annihilation trônera en fin d’année en bonne place parmi les propositions cinématographiques que le millésime 2018 nous aura mis devant les yeux… au cinéma ou ailleurs.

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5. Leave no trace de Debra Granik (États-Unis)

Genre : drame

Box office France : 62 039 entrées (80 salles max.)

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2018, Leave no trace a aussi été projeté durant le festival de Deauville. En cela, le troisième long-métrage de fiction de Debra Granik suit les traces laissées par ses deux aînés : Down to the bone(2004) puis Winter’s bone (2010). A l’identique, la réalisatrice américaine laisse la nature au cœur de Leave no trace. Elle sera l’écrin parfait pour représenter le réalisme social cru d’une Amérique alternative animée par un désir d’indépendance.

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6. The last family de Jan P. Matuszynski (Pologne)

Genre : biopic, drame

Box office France : N/D

The last family, sans être un film biographique, trace le portrait d’une famille dysfonctionnelle et interroge sur le rôle des images d’un quotidien déréglé. Jan P. Matuszynski dénude de tout sentimentalisme son premier long-métrage de fiction et le dote d’une indéniable originalité et ambition tant sur le fond que sur la forme. La réussite du film tient aussi à la direction d’acteurs et à une gestion subtile des ruptures de ton.

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7. Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher (Italie)

Genre : drame

Box office France : 90 629 entrées (97 salles max.)

Bien qu’articulé sur deux temporalités montrées successivement, Heureux comme Lazzaro est une fable intemporelle. Alice Rohrwacher met en images un conte moral jamais moraliste non dénué d’un propos politique contemporain. Dans le champ de la caméra, c’est tout un pan du cinéma traditionnel et humaniste italien qui semble ressusciter en même temps que Lazzaro.

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8. Ága de Milko Lazarov (Bulgarie)

Genre : drame

Box office France : 31 544 entrées (53 salles max.)

L’édition 2018 de la Berlinale s’est clôt en février dernier sur Ága, un film tourné dans le nord-est sibérien par le cinéaste bulgare Milko Lazarov. Une clôture en beauté(s) puisque ce film brille notamment par ses exceptionnelles qualités esthétiques. Ága vaut pour manifeste tant pour sa forme que pour son fond.

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9. The house that Jack built de Lars von Trier (Danemark)

Genre : drame, horreur, thriller

Box office France : 49 771 entrées (64 salles max.)

The house that Jack built est une pierre de plus dans l’édifice cinématographique audacieux, transgressif et dérangeant que construit Lars von Trier. A nouveau, le cinéaste livre un film inconfortable par la cruauté de certaines de ses images et dont l’interdiction aux moins de seize ans paraît justifiée. Comme ses prédécesseurs, ce film sur un tueur en série est positionné là où nous ne l’attendions pas. Un placement cinématographique multiple puisque changeant au fil des cinq segments qui composent The house that Jack built.

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10. High life de Claire Denis (France)

Genre : aventure, drame, horreur, science-fiction

Box office France : 36 312 entrées (60 salles max.)

Souvent exigeante, toujours singulière, la filmographie de Claire Denis embrasse de multiples genres. Le territoire cinématographique arpenté est aussi vaste que passionnant du film d’horreur Trouble every day (2001) à la comédie romantique Un beau soleil intérieur (2017, Les reflets du genre humain), ou du mélodrame Vendredi soir (2002) au thriller Les salauds (2013). La réalisatrice étend encore le champ des possibles avec High life, son premier film tourné en langue anglaise et son premier film de science-fiction.

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Drames, thrillers et films fantastiques

Notre classement 2018 marque, en comparaison avec son prédécesseur, un retour à un certain classicisme : aucun documentaire, aucune série télévisée et un seul film vu en dehors d’une distribution en salle. Et encore, ce dernier – Annihilation d’Alex Garland – était initialement destiné à s’afficher au programme de nos cinémas. Son producteur n’a pas opté pour cette solution, Annihilation est ainsi visible à tout instant sur la plateforme Netflix.

Sans surprise, les drames restent les plus représentés dans notre classement. Ils sont même omniprésents car, pour la première fois, les dix films sélectionnés sont tous estampillés drame contre huit citations lors des deux précédents millésimes. Derrière, nous notons la présence de trois thrillers (quatre en 2017 et 2016) pour autant de films fantastiques, un genre cinématographique qui n’avait jamais été autant mis en avant dans nos tops annuels. Par contre, en l’an 2018, le crime ne paie plus. Les quatre films de crime mis à l’honneur en 2017 sont restés dans descendance un an plus tard.

Cannes, Toronto, Deauville et Sundance

La moitié des films de notre classement a été présentée lors du festival de Cannes : Burning et Heureux comme Lazzaro en sélection officielle, Sicilian ghost story à la semaine de la critique, Leave no trace à la Quinzaine des Réalisateurs et The house that Jack built repoussé Hors Compétition. Si les sélections du festival cannois restent à suivre, nous goûtons toujours peu à leur palmarès. Certes Alice Rohrwacher a obtenu le Prix du meilleur scénario, mais Chang-dong Lee auteur en 2018 de notre film préféré a dû se contenter du Prix Fipresci. Le jury du festival de Cannes est renouvelé chaque année mais continue, inlassablement, à récompenser des films présentant peu d’intérêt narratif et cinématographique.

Trois autres festivals se distinguent avec deux représentants chacun dans notre classement. Il y a d’abord le festival de Sundance qui en 2016 présentait notre top 2 – Sicilian ghost story – et en 2017 notre top 3 – A ghost story. Avec ce dernier, David Lowery a remporté les Prix du Jury et de la Critique de l’édition 2017 du festival de Deauville. L’année suivante, ce même festival comptait Leave no trace de Debra Granik dans sa sélection. Enfin, l’édition 2018 du festival de Toronto regroupait Burning de Chang-dong Lee et High life de Claire Denis.

A l’ouest rien de nouveau

Si nous portons notre regard sur les origines géographiques des films composant notre top 10, nous constatons un retour de l’Asie (Burning pour la Corée du Sud) et de l’ancien bloc de l’Est (The last family pour la Pologne et Ága pour la Bulgarie), deux plaques géographiques non représentées dans notre top 2017. Par effet de bord, d’autres zones géographiques ont cédé du terrain dont la France.

Avec un seul représentant (High life de Claire Denis), le cinéma français réitère à l’identique sa mauvaise performance de… 2015 (Valley of love de Guillaume Nicloux). Le cinéma européen maintient cependant ses positions grâce au Royaume-Uni (Annihilation), au Danemark (The house that Jack built) et surtout l’Italie doublement représentée avec Sicilian ghost story et Heureux comme Lazzaro.

C’est finalement le continent américain qui perd le plus de positions. L’Amérique du nord ne place que deux films (A ghost story et Leave no trace) at aucun pour son voisin sudiste. Deux films contre quatre en 2016 et 2017, cela reste tout de même une meilleure performance que celle affichée en 2015. Notre top 2015, définitivement atypique, ne comportait en effet aucun film réalisé par un cinéaste américain.

Box-office en berne

Neuf des dix films composant notre top 2018 ont fait l’objet d’une distribution en salle en France. Seul Annihilation d’Alex Garland en a été privé. Diffusé sur la plateforme Netflix, ce film taillé pour les grands écrans des cinémas est désormais disponible sur support DVD ou Blu-Ray. Notons que le site JP’s Box-Office, dont est issu le dénombrement des entrées France repris sur cette page, ne fournit pas les chiffres de fréquentation de Sicilian ghost story et The last family.

Les sept films aux fréquentations salle connues ont cumulé un peu plus de 510 000 spectateurs soit une moyenne famélique de 73 000 entrées par film. Deux valeurs très en deçà de celles constatées lors des deux exercices précédents et inférieures au « plus faible » top annuel, celui de 2015 qui affichait plus de 880 000 entrées répartis sur huit longs-métrages. Notre podium box-office est « largement » dominé par les près de 190 000 tickets déchirés (1 500 par copie) pour Burning.

Les six autres longs-métrages retenus cumulent entre 31 000 (Ága) et 90 000 entrées (Heureux comme Lazzaro) sur un nombre de copies allant du simple (53 pour Ága) au double (97 pour Heureux comme Lazzaro). On ne s’étonnera guère de la faible affluence rassemblée par Ága. Un film bulgare tourné en Yakoutie, ça n’intéresse par les foules. Avec 595 spectateurs par copie, ce film affiche le plus faible ratio avec High life (605). Le dernier long-métrage en date de Claire Denis paie là un accueil désastreux par les critiques. Un accueil injustement sévère envers l’une des cinéastes les plus aventureuses que compte le cinéma français.

Nouveaux talents confirmés ou à confirmer

Comme en 2017, un premier long métrage se glisse dans notre classement. Ainsi, The last family, premier film de fiction du polonais Jan P. Matuszynski, succède à Get out, réalisé un an plus tôt par l’américain Jordan Peele. Mais au-delà d’un premier film réalisé, c’est souvent le deuxième métrage qui sert de révélateur des cinéastes à suivre.

Notre top 2018 ne compte pas moins de trois cinéastes voyant leur deuxième réalisation classée parmi nos préférés de l’année passée : F. Grassadonia et A. Piazza (Sicilian ghost story), Milko Lazarov (Ága) et Alex Garland (Annihilation). Garland est ainsi le seul à ce jour à être parvenu à classer ses deux premiers films dans nos tops annuels. Nous avions en effet classé septième Ex_machina en 2015. Avant lui, Bertrand Tavernier avait aussi été doublement à l’honneur avec Voyage à travers le cinéma français en 2016 et son prolongement en série documentaire l’année suivante.

Tel est notre top cinéma 2018 dont les membres, au regard de leur performance au box-office, nous rendent conscients de son caractère atypique, plus encore probablement que lors des trois précédentes années. Car, plus que jamais, ce sont les propositions cinématographiques même perfectibles qui nous animent, bien plus que les films répondant aux canons du 7ème art mais vides de toute proposition formelle ou narrative.

N.B. : A ghost story de David Lowery est sorti en salle le 20 décembre 2017. Nous ne l’avons visionné que fin janvier 2018 alors que notre top 2017 était publié. Placé dans ce dernier, A ghost story aurait également pris place sur le podium.

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8 réflexions sur “Top 2018

  1. Bonjour
    Burning est effectivement une œuvre qui travaille longtemps le spectateur. C’est un film rempli de pistes narratives qui donne envie d’être revu. J’ai moi-même établi un top pour 2018. Je vois trois films dont tu ne fais pas mention et qui m’ont enthousiasmé cette année: Senses (Hamaguchi), First man (Chazelle), Phantom thread (PT Anderson). Est-ce que ce sont des films vus? Le travail de Ryusuke Hamaguchi, confirmé avec Asako 1 & 2, sorti en début d’année, me paraît vraiment intéressant

    Aimé par 2 personnes

    • Salut François,
      J’ai vu Phantom thread que je n’ai pas chroniqué. Le film ne m’a pas déplu mais il ne m’a pas laissé assez d’images en tête pour le faire figurer dans mon top que je limite toujours à 10 films. Je n’ai pas vu First man car je sais que j’ai un souci avec le cinéma Chazelle auquel j’adhère peu. Mais j’accorderai un session de rattrapage à ce film en mode VOD/DVD/BR. Je n’ai pas vu non plus Sense qui est dans ma liste des films à voir en priorité plus haute que First man. J’ai vu Asako 1 et 2 mais je n’ai pas aimé. Pour Sense, sur ton site tu indiques que le film est lent. Ca ne me dérange pas du moment que la lenteur ne s’accompagne de vide ? Donc, je n’ai pas aimé Asako, j’aime la lenteur (Béla Tarr mon maître) mais j’ai horreur des vides. Sense, c’est pour moi à ton avis ?
      Oui, Burning travaille longtemps le spectateur. Dans le même genre et un cran au-dessus en terme d’interrogation mais en plus exigeant car plus minimaliste, il y a Leave no trace. Si tu ne l’as pas vu, je te le conseille mais pas en simple spectateur. Il faut faire des deux personnages des amis.

      Aimé par 1 personne

      • La lenteur de Senses n’est pas un défaut en soi. Le film a ce rythme car il est constitué de dialogues très étirés auxquels il faut s’habituer. Ce qui en fait son originalité est cette façon de mettre en scène la parole japonaise, très rituelle, pleine de conventions, sans affects en apparence et de faire sentir par les regards, les intonations, la froideur de certaines paroles, des sentiments, des passions. Il y a même une forme de thérapie dans cette libération de la parole. Je n’ai pas senti de vide, au contraire

        Aimé par 1 personne

  2. Je me doutais que Burning serait bien placé dans ton classement. Comme tu le sais, j’ai été déçu par le dernier tiers, mais je le reverrai dans quelques années. J’en attendais sans doute trop. Sinon, top intéressant, merci. Heureux comme Lazzarro et A Ghost Story que je n’ai pas vus m’intéressent particulièrement. J’aurais bien aimé voir Aga aussi.

    Aimé par 1 personne

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