N.B. #10 – Cinq et la peau (1982, Pierre Rissient)

Cinq et la peau (1982) est le deuxième et ultime long métrage réalisé par Pierre Rissient. Ce film méconnu prend les allures d’une balade librement composée dans la moiteur de Manille. Cette liberté de composition va de pair avec un certain détachement des personnages qui pourrait être aussi celui des spectateurs.

Un homme, Ivan, retourne à Manille, apparemment sans but précis. Au gré de son errance et de ses rencontres, l’écrivain déambule dans la mégapole fascinante à la recherche de son passé et du sens de son existence.

Dans Cinq et la peau, Pierre Rissient avance un récit au sens premier du terme puisque transmis en voix off aux spectateurs. Cette narration existentielle et introspective est des plus prolixes. Elle impose ainsi non pas une mais plusieurs voix off très présentes durant toute la durée du métrage. Celles-ci débordent même sur les scènes dialoguées durant lesquelles les échanges oraux sont inaudibles. L’effet de distanciation qui ressort de ce schéma narratif est renforcé par l’absence d’accord entre le récit déroulé en voix off, parfaitement françaises, et les images composant ces scènes « muettes ».

Assurément libre dans sa narration, Cinq et la peau échappe ainsi à tout formatage. Dans les faits, le film est composé de deux flux indépendants : la voix, prédominante donc, et l’image. Le « marivaudage avec l’image » un temps évoqué fait cependant défaut dans la durée. Par exemple, l’invocation du passé, moteur principal de tout récit introspectif, passe de façon trop intermittente par l’affichage à l’écran de photographies anciennes.

A l’image, dans la foulée d’un écrivain interprété par Féodor Atkine, Rissient visite Manille, plus volontiers appréhendée par sa population féminine. C’est dans le filmage des rues de cette métropole que sont enregistrés les principaux mouvements d’une caméra s’efforçant de suivre les protagonistes dans leur déambulation. Mais, dans ce film plus raconté que mis en scène, ces « protagonistes » sont relégués au rang de simples figurants. L’absence de rupture de ton et de rythme renforce le côté lancinant du film.

Cette visite de Manille sur une bande originale très jazzy, c’est aussi pour Rissient l’opportunité d’évoquer le cinéma par l’insertion d’extraits de films. Au-delà du cinéma philippin appréhendé à travers Lino Brocka et Gerardo de Leon, le cinéaste-critique nous parle aussi de Firtz Lang ou encore de Raoul Walsh à travers Kenneth White qui a collaboré à l’écriture du scénario d’Alibis (1977), son premier film.

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