Le silence des autres – De l’amnistie à l’amnésie

Pendant sept ans, Almudena Carracedo derrière la caméra et son époux Robert Bahar à la prise de sons ont saisi les témoignages d’anciennes victimes ou parents de victimes des exactions perpétrées durant la dictature de Franco. Le silence des autres raconte ainsi le combat d’un groupe de citoyens espagnols pour briser le silence imposé à toute une nation par le « pacte de l’oubli ».

1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes. Les exactions commises sous la dictature et jusque dans les années 1980 (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, torture) sont alors passées sous silence. Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols, rescapés du franquisme, saisissent la justice à 10.000 kilomètres des crimes commis, en Argentine, pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables.

En 1977, sous couvert de réconcilier les parties belligérantes, en votant la loi d’amnistie décrite dans le synopsis ci-dessus, la jeune démocratie espagnole a choisi de faire passer sous silence le passé franquiste de l’Espagne mais aussi les victimes de quatre décennies de dictature. Depuis, ce « pacte de l’oubli » a fait des émules dans d’autres pays notamment sud-américains. Et c’est par l’intermédiaire du système judicaire de l’un de ces derniers, l’Argentine, que les plaignants d’aujourd’hui tentent par la bande de rompre cet oubli général et faire juger les coupables.

Car en Espagne, si les gouvernements de tous bords se succèdent – l’alternance politique fonctionne –  l’appréhension des pages sombre du franquisme reste inchangée. Toute la nation espagnole semble frappée d’une profonde amnésie. L’occultation de son passé franquiste est totale. Ainsi, les tortionnaires continuent à vivre libres au voisinage de leurs victimes alors que l’identité d’autres, décédés depuis, est celle de rues ou de places de Madrid ou d’ailleurs.

Dans sa forme, rien ne caractérise Le silence des autres d’un autre documentaire. Le récit sur sept ans est proposé dans un ordre strictement chronologique. Ce documentaire donne à entendre les voix de témoins se succédant à l’écran pour relater les exactions passées et leurs combats présents. Ces témoignages sont entrecoupés d’images d’archives toujours saisissantes et semblant appartenir à un passé… oublié. La caractéristique première du Silence des autres est son urgence. L’histoire est ancienne, les victimes et les bourreaux vieillissent. Ainsi, certains témoins interviewés en début de métrage ne verront jamais celui-ci dans sa version définitive telle qu’elle nous est proposée actuellement dans les salles.

Finalement, briser le silence, renier un pardon forcé, exhumer ce passé violent oublié ne semblent possibles que par la remise en cause de cette loi d’amnistie. Celle qui depuis plus de quatre décennies a consciemment plongé l’Espagne dans une amnésie générale jusque dans les manuels scolaires aux récits édulcorés. L’importance du devoir de mémoire rend indispensable l’abrogation de cette loi du silence pour définitivement lever le voile sur cette période sombre de l’Histoire espagnole et enfin rendre justice.

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