La traversée de Paris – Du 45 rue Poliveau, Paris 5ème, à rue Lepic près de Montmartre

Dans La traversée de Paris (1956), Claude Autant-Lara réunit un casting emmené par un magnifique trio d’acteurs composé de Jean Gabin, André Bourvil et Louis de Funès. L’adaptation de la nouvelle de Marcel Aymé est confiée à Jean Aurenche et Pierre Bost. Elle brille, entre autres, de dialogues ciselés dont bon nombre d’entre eux sont ancrés dans nos mémoires.

Paris 1942. Martin est un ancien chauffeur de taxi au chômage. Pour gagner sa vie, il devient homme à tout faire du marché noir. Alors qu’il doit transporter quatre valises remplies de porc avec son acolyte habituel, Martin apprend que ce dernier s’est fait arrêter. Il propose alors à un inconnu, un certain Grandgil, de l’accompagner. L’homme accepte mais est loin d’être docile…

La traversée de Paris débute sur une musique militaire et des images d’archives de Paris sous l’Occupation allemande. Le générique de fin fera écho à cette introduction par d’autres images d’archives, celles de la libération de la capitale française. Entre ces deux génériques, Claude Autant-Lara met en images un scénario coécrit par Jean Aurenche et Pierre Bost. Ce script, adaptation de la nouvelle éponyme de Marcel Aymé, multiplie les répliques cyniques. Si la mise en scène du cinéaste se montre par instants rigide et codifiée, le ton adopté n’en reste pas moins libre et savoureux.

Prenant pour argument le parcours titre, du sous-sol de « Monsieur Jambier [Louis de Funès], 45 rue Poliveau, Paris 5ème » à la rue Lepic près de Montmartre, Autant-Lara dresse le portrait rare des Parisiens sous l’Occupation allemande. Entre pénuries et tickets de rationnement, entre marchés noirs et délations, ces « mauvais Français » et autres « salauds de pauvres » sont tantôt lâches, souvent égoïstes et toujours méfiants (suspicions récurrentes de fausses monnaies).

Martin, incarné par André Bourvil, est monsieur tout le monde, un bon bougre au patronyme et visage « tellement français », aventureux mais pas trop. Pour subsister, cet ex chauffeur de taxi pratique le marché noir. Pour cette Traversée de Paris, Martin trouve pour associé d’un soir Grandgil, sous les traits de Jean Gabin. Un « air cloche » mais le verbe est placé haut : « J’veux deux mille francs, nom de Dieu, Jambier ! Jambier, 45 rue Poliveau ! » alors qu’il n’y a « pas de quoi alerter le voisinage ».

Dans les rues désertes de Paris reconstituées en studio, les décors stylisés de Max Douy forcent à l’audace. Quasi inexistants en arrière-plan, les décors des rues parisiennes traversées sont remplacés par des draps noirs. Dans ce décorum aux idées visuelles audacieuses, cette Traversée de Paris prend les allures d’un parcours du combattant alors que le marché noir prend celles d’un petit acte de résistance. Le parcours devient initiatique et permet à nos protagonistes d’échafauder quelques plans, Grandgil lançant notamment à Martin « Tu seras forcé de devenir patron. Tu vois où ça conduit d’être malhonnête ! ». En définitive, la motivation du récit est résumée par Grandgil qui appréhende le marché noir « par curiosité, pour voir jusqu’où on peut aller en temps d’occupation. »

Nous passerons sous silence le final en forme de happy end, un heureux épilogue guère utile si ce n’est pour anéantir la dramaturgie construite jusque-là, dommage. Nous retiendrons plus volontiers la scène précédente durant laquelle l’immatriculation inversée « 1368 WH » d’un véhicule militaire de la Wehrmacht est longuement filmée. Cette inversion fait écho à celle observée sur le terrain. L’occupant allemand est désormais vaincu. Le générique de fin de La traversée de Paris peut dès lors entrer en opposition avec son homologue qui introduisait cet indémodable film de Autant-Lara.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.