Ma vie avec John F. Donovan – Dolan Anyways

Le septième film de Xavier Dolan dépeint, à défaut de dénoncer, la sphère hollywoodienne certes progressiste mais toujours hypocrite. Au fil des séances de montage technique, la fresque annoncée n’a cessé de voir son envergure réduite. Malgré un budget de production confortable, le premier film américain et en langue anglaise de l’auteur de Lawrence Anyways se limite à une sorte d’ode fantasmée sur la célébrité. Ainsi, alors que Ma vie avec John F. Donovan pouvait légitimement prétendre au qualificatif de film-somme, c’est plutôt celui de film-synthèse que nous lui attribuons. En bégayant son cinéma, le jeune cinéaste québécois dévoile les limites d’un dispositif qui ne surprend plus et se délite film après film.

Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

La fiche signalétique de Ma vie avec John F. Donovan pourrait être résumée en deux points : un peu de Les amours imaginaires (2010) et beaucoup de Laurence Anyways (2012). De ce dernier, le premier film américain et en langue anglaise de Xavier Dolan hérite notamment du même canevas narratif : une interview enregistrée sert de fil directeur à de multiples flashbacks ramenant l’action douze ans plus tôt.

Il est commun de considérer qu’un film bénéficie de trois écritures successives. Il y a d’abord celle du scénario, puis celle élaborée durant le tournage au fil des prises de vue réalisées en studio ou en extérieur. Enfin, le point final à l’œuvre cinématographique est celui porté en postproduction sur les tables de montage. Si une ou plusieurs de ces écritures faillissent, c’est l’ouvrage final qui en souffrira comme en souffre aujourd’hui Ma vie avec John F. Donovan.

En 2016, durant le festival de Cannes, Dolan évoquait son projet comme « une histoire assez épique, ambitieuse, avec plusieurs mondes, de Londres à New York, entre 1902 et 2016. » En postproduction, la fresque imaginée se muera en réflexion étriquée sur la vie d’artiste dans le star-system hollywoodien même si le scénario coécrit par le réalisateur et Jacob Tierney garde une certaine ambition narrative. Il sera loisible aux spectateurs d’identifier les pans autobiographiques de la relation épistolaire filmée. Difficile en effet de ne pas voir dans Rupert jeune (Jacob Tremblay) ou adulte (Ben Schnetzer) un double psychologique du cinéaste québécois alors que le personnage-titre incarné par Kit Harington fait figure de double physique de celui-ci.

Ainsi, sans apparaître devant la caméra, Dolan parvient à réaliser un film narcissique comme le furent certaines de ses réalisations passées. De plus, le jeune cinéaste n’en fait pas mystère : le manque de temps de tournage a été une conséquence directe du manque de temps de préparation. Le film ne recèle aucune nouvelle proposition cinématographique pourtant espérée d’un metteur en scène doué d’une virtuosité technique certaine. Celui-ci ne reproduit que des effets de mise en scène déjà vus notamment dans Lawrence Anyways. Ma vie avec John F. Donovan se montre ainsi à la fois auto-révérenciel et autoréférentiel.

Dolan déçoit aussi dans sa direction d’acteurs, copiste à bien des égards. Il fait par exemple reproduire par Schnetzer la gestuelle d’interviewé de Melvil Poupaud dans Lawrence Anyways. Le résultat nous paraît moins convaincant. De même, dans les relations mère/fils, un thème qui lui est cher, l’auteur de Mommy met en scène deux mères que sont Natalie Portman et Susan Sarandon. Ni l’une, ni l’autre ne parvient à nous faire oublier, dans des rôles similaires, ni Anne Dorval dans J’ai tué ma mère (2009) et Mommy (2014) ni, plus récemment, Nathalie Baye dans Lawrence Anyways et Juste la fin du monde (2016, Plus jamais la famille).

La première version montée de Ma vie avec John F. Donovan s’étirait sur plus de quatre heures soit une durée très éloignée des « standards » hollywoodiens. Après deux ans de montage technique, le film fait enfin l’objet d’une distribution en salle qui demeure à ce jour très confidentielle pour une production au budget estimé à 25 M€. De multiples montages et coupes ont permis de ramener le film à une durée limitée à deux tours de cadran. Ainsi toutes les séquences en costumes tournées à Prague ont été supprimées. Plus radical encore, toutes les scènes où Jessica Chastain apparaissait ont disparu. Sur le générique de fin, l’actrice américaine n’apparaît pas dans le casting et doit se contenter d’une citation parmi les personnes remerciées. Ici, le double sens de ce terme prend toute sa valeur.

Si le personnage de Chastain disparaît purement et simplement d’autres ne sortent pas non plus indemnes de ces coupes sombres réalisées sur les tables de montage. Nous pensons plus particulièrement au personnage incarné par Sarandon qui, dans la version montrée, se retrouve marginalisé et très secondaire. Enfin, l’abus de montages et remontages finit par générer des incohérences. Il en va ainsi pour l’ultime séquence opposant Donovan et sa mère : une dispute intervient rapidement et subitement quand Donovan indique qu’il doit partir. Finalement, il restera pour jouer aux cartes puis prendre un bain !

Globalement, le montage technique de Ma vie avec John F. Donovan ne participe pas à la dynamique de celui-ci contrairement à ses précédents films. Le même constat peut être fait concernant la bande son qui, comme dans Juste la fin de monde, ne sert pas la narration. Sur ces aspects-là, les qualités des premiers films de Dolan paraissent désormais lointaines et révolues. Le film, très hollywoodien, est le fruit d’une première expérience américaine probablement marquante pour le jeune cinéaste comme une trace d’encre verte indélébile. Cette couleur nous laisse dans de l’espoir de lendemains cinématographiques meilleurs.

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