Walkover – Rythme effréné

Jerzy Skolimowski inscrit Walkover, son deuxième long métrage, dans la lignée de sa première réalisation Signes particuliers : aucun (1965, Signalement d’un cinéaste en devenir). Plus encore que son aîné, Walkover est mu par l’énergie des personnages mis en scène et les mouvements d’une caméra captant de façon instinctive un matériau réaliste en environnement naturel.

Andrzej Leszczyc, un jeune homme sans attaches, ancien boxeur et polytechnicien, retrouve par hasard une femme qui l’a jadis trahi. Elle l’invite à l’accompagner dans sa journée et il en tombe amoureux. Mais il se laisse convaincre par une vieille connaissance de participer à un nouveau combat de boxe.

Walkover peut être perçu comme une suite du précédent et premier film de Jerzy Skolimowski, Signes particuliers : aucun. Ce deuxième film démarre ainsi sur un quai de gare là où se terminait son prédécesseur. Le même personnage principal, Andrzej Leszczyc de nouveau incarné par le jeune cinéaste polonais, partait effectuer son service militaire alors qu’ici il en revient. Plus qu’un rôle, Andrzej est le double fictif du réalisateur-scénariste. Insoumis, réfractaires à l’ordre, Andrzej comme Jerzy sont en rupture de ban avec la société communiste polonaise du mitan des années 1960.

D’une durée courte (1h17), Walkover a été tourné en une quinzaine de jours et en vingt-neuf plans-séquences (contre trente-neuf dans Signes particuliers : aucun). Chaque plan, dont le plus long s’étire sur onze minutes, constitue une proposition cinématographique en soi. Certains recèlent de longs mouvements de caméra fluides et aériens alliant ampleur et complexité. Les cadres composés offrent des arrière-plans toujours animés et riches en informations. Il y a là un énorme travail de mise en scène et de chorégraphie qui vient traduire en termes cinématographiques les états d’âme et les doutes d’Andrzej.

Bien que ni explicite ni discursif, le dispositif mis en œuvre se révèle immédiatement pertinent pour servir la déambulation urbaine d’Andrzej. Film libre, Walkover se décline aussi en œuvre rebelle en confrontant dans une fausse relation romantique Andrzej, libertaire, et Teresa (Teresa Karczewska), enfant du système. Le cinéaste use de métaphores pour contourner la censure locale. La boxe que pratique Andrzej peut ainsi être perçue comme une allégorie de la lutte contre le système politique de l’époque figuré par la présence récurrente de représentants des forces de l’ordre. De même, si Andrzej collectionne les montres, il faut peut-être en déduire que le temps est venu de changer le système décisionnel en place. Nous constatons aussi que le poste de radio d’Andrzej ne véhicule jamais les messages propagandistes des stations officielles. Non, les partitions de jazz émises résonnent plus volontiers des appels libéraux et occidentaux.

L’approche de Skolimowski privilégie avant tout l’action et l’énergie de son personnage central. Dans ce domaine, la scène montrant Andrzej sautant d’un train en marche est certainement la plus emblématique. On retient aussi de Walkover le filmage instinctif donc chaotique et sans plan de transition. Le film déroute parfois. Il est à l’image de l’univers mental de son héros. Finalement, la dynamique qui l’emporte est celle d’évènements semblant captés en direct. Il y a aussi celle de la partition jazzy dont le cinéaste fait un excellent usage avec notamment, comme dans Signes particuliers : aucun, une scène dont le tempo est réglé sur le rythme de pas sur le sol.

Dans ce film, Skolimowski montre tout autant l’étendue de son talent de metteur en scène que l’acuité de son regard déjà expert. Par ses qualités techniques, indéniablement, Walkover ne pouvait être que l’œuvre d’un grand cinéaste en devenir.

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