N.B. #11 – Le bateau phare (1985, Jerzy Skolimowski)

Pour sa première réalisation américaine, Jerzy Skolimowski livre un film d’un genre indéterminé. Le bateau phare ne dénote donc pas dans la filmographie du cinéaste polonais. Plus que de genre indéterminé il semble plus approprié d’évoquer un « genre » hybride. En effet, Le bateau phare relève tant du thriller que du drame familial. Outre la belle originalité de faire camper l’histoire racontée sur le bateau titre, Skolimowski y aborde pour la première fois et de façon singulière la thématique des relations père-fils.

Le Capitaine Miller, récupère son fils adolescent, Alex, des mains de la police. De retour sur le Hatteras, un bateau-phare ancré au large des côtes de Virginie, l’équipage recueille trois hommes dérivant dans leur canot endommagé…

Le scénario du film est frappée d’une belle idée originale : faire du bateau titre le quasi unique terrain de jeu des protagonistes. Mais, fait rare dans sa filmographie, Jerzy Skolimowski n’est pas l’auteur de ce script. Le cinéaste polonais n’intervient ici qu’en tant que réalisateur ce qui explique peut-être le traitement que nous jugeons un peu fade d’une matière qui n’est pas la sienne.

Ainsi, la mise en scène adoptée ne parvient pas à dédouaner Le bateau phare d’une immobilité contrainte. Nous n’écartons cependant pas que l’effet est peut-être voulu et émane d’un choix de traitement totalement assumé. La volonté de Skolimowski était peut-être de réaliser un film empreint d’un sentiment de claustration. Une lecture allégorique de ce bateau phare pousse ainsi à l’identifier à un pays insulaire en guerre dont les habitants ne peuvent s’échapper.

Nous pensons ainsi qu’il y avait quelque chose d’intéressant à tirer de ce lieu antinomique notamment en mettant en opposition le grand large environnant et cette immobilité tout aussi contrainte que essentielle. Comme un bateau phare, ce film nous paraît entravé dans sa dynamique.

Dommage, car l’entame du film convainc par l’instauration d’une belle ambiance nocturne qui ne sera pas maintenue de bout-en-bout. Skolimowski donne l’impression de dérouler le scénario sans trop se soucier de faire vivre ses personnages. A ce titre, la direction d’acteur semble faire déficience. Par le passé, il nous a été donné de voir Robert Duvall dans de meilleures dispositions. Remarquons cependant que Le bateau phare constitue la première réalisation américaine du cinéaste. La direction d’acteurs américains diffère de celle de comédiens européens.

Enfin, si le traitement de la thématique relation père-fils ne bouleverse pas le genre, ce thème n’en demeure pas moins nouveau chez le cinéaste. La filiation mise en images se distingue par son étrangeté et sa froideur. Ces deux caractéristiques servent l’interrogation souhaitée des notions de courage et de lâcheté autour d’un père faible et meurtri là où son fils espérait voir un héros.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.