Vernon Subutex – Dérive et sous-contexte

La série Vernon Subutex créée par Cathy Verney est l’adaptation pour le petit écran du bestseller éponyme de Virginie Despentes. Plus précisément, la réalisatrice et coscénariste s’empare des deux premiers volumes de ce bestseller qui en compte trois. Elle met en images – ne galvaudons pas le terme de mise en scène – la dérive du personnage-titre en neuf épisodes d’une trentaine de minutes.

Vernon Subutex, disquaire au chômage, se fait expulser de son appartement. En quête d’un endroit où dormir, Vernon sollicite d’anciens amis de la bande de Revolver, son mythique magasin de disques, dont Alex Bleach, rock-star sur le retour. Mais celui-ci meurt d’une overdose et lui laisse trois mystérieuses cassettes vidéo. Alors que Vernon disparaît dans l’anonymat de la ville, il devient l’homme le plus recherché de Paris…

Avant visionnement, cette série a suscité notre intérêt notamment par le casting rassemblé sous la direction (?) de Cathy Verney. Autour de Romain Duris qui donne corps (et âme ?) au personnage-titre, gravitent quelques acteurs et actrices en vue. Citons avant tout ce qui méritent de l’être à savoir Céline Sallette, Philippe Rebbot ou encore Laurent Lucas. L’autre intérêt, que nous avouons coupable, était de voir comment la réalisatrice-coscénariste allait bien pouvoir restituer le style, le langage, l’atmosphère Virginie Despentes. Sans être impossible, la mission paraissait bien compliquée. Le pari pris était osé.

Exception faite de la séquence d’ouverture du premier épisode, absolument rien de notable n’affleure de la mise en scène. En cela, Verney respecte à la lettre les « standards » de production, décidément bien bas, des séries télévisées françaises. Plus gênant encore, le niveau de la mise en scène semble à peu près équivalent au niveau de connaissance des équipements techniques utilisés. La prise de sons aléatoire confine par instants à l’amateurisme. La B.O. de qualité de la série viendra opportunément couvrir quelques manquements. Pire encore, l’éclairage insuffisant des scènes tournées en intérieur nous permet de « bénéficier » d’ouvertures sur un extérieur à la luminosité irradiante. Sur un écran de télévision de grand format, l’ensemble finit par être pénible à regarder. Une idée de mise en scène, assez facilement réalisable, aurait été que ces teintes ternes s’invitent progressivement au fur et à mesure de la plongée dans le marasme du personnage principal…

Sur le plan de la narration, les deux premiers épisodes bénéficient d’un appréciable travail d’écriture. Les actions s’enchaînent avec fluidité et cohérence. Mais, au-delà de cette première heure, Vernon Subutex ne sera qu’une languissante réitération d’évènements perdant inexorablement tout intérêt. Les rebondissements suivent une double trajectoire. Ils sont de moins en moins surprenants car répétitifs et de moins en moins écrits. Certains tiendront ainsi tout entier dans une courte conversation téléphonique ou un échange tout aussi bref sur Facebook… Enfin, l’arbitraire du découpage en épisodes ne contribue pas à maintenir l’élan amorcé sur les deux premiers épisodes.

Comme évoqué plus haut, nous espérions beaucoup d’une distribution prometteuse. Céline Sallette et, dans un rôle plus secondaire, Laurent Lucas livrent une prestation intéressante sans être transcendante. Dans le rôle-titre et donc principal, Romain Duris semble de moins en moins concerné au fur et à mesure du déroulement des épisodes. L’interprétation du comédien va donc déclinante à l’image de notre intérêt. Notre visionnement de Vernon Subutex jusqu’à son terme n’était motivé que par le devenir du scénariste quelque peu mythomane interprété par Philippe Rebbot et dont les protagonistes perdent la trace assez tôt dans la série. Sans direction d’acteur, le comédien fait encore et comme souvent preuve d’un grand talent.

Dans sa version série TV, Vernon Subitex ne parvient jamais à instaurer l’atmosphère si particulière des écrits de Despentes. Cette série se révèle finalement très laborieuse et peu avare en clichés. Faut-il espérer une seconde saison ? Nous le l’appelons pas de nos vœux d’autant que le tome 3 de Vernon Subitex est fait d’une matière qui nous parait encore moins adaptable à l’écran que celle des deux premiers volumes.

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