N.B. #12 – Menocchio (2018, Alberto Fasulo)

Tant sur le thème abordé que sur ses aspects formels, Menocchio d’Alberto Fasulo ne conviendra pas à tout le monde. Le film animé par un casting composé de comédiens amateurs reflète dans ses beaux clairs-obscurs l’âpreté et la densité dosées de son sujet.

Italie. Fin du XVI ème. Menocchio, meunier têtu et autodidacte d’un petit village perdu des montagnes du Frioul est accusé d’hérésie pour avoir défendu ses idéaux de pauvreté et d’amour. Menocchio raconte le combat d’un homme contre le pouvoir en place.

Alberto Fasulo inspire son récit de l’histoire vraie d’un meunier italien arrêté en 1583 par l’Inquisition suite à des dénonciations. Sachant lire et écrire, Menocchio avait critiqué l’enrichissement et la corruption des représentants de l’Église comme autant de violations de la parole de Dieu. En ces temps d’inquisition, s’il ne renie pas ses paroles, Menocchio est promis au bûcher.

La séquence pré-générique de Menocchio renseigne sur les intentions formelles du metteur en scène. Les visages burinés et graves, les barbes hirsutes, les mains fortes renvoient à la peau et au poil épais de quelques vaches. Aucun mot n’est échangé. Ils viendront plus tard. L’éclairage à la bougie de cette scène et d’un film plongé dans la pénombre déploie de belles qualités picturales. Les clairs-obscurs évoquent Rembrandt alors que Fasulo n’a fait appel à aucun chef-opérateur. Sa propension à filmer ses personnages en gros ou très gros plans contribue à accentuer le sentiment d’enfermement et d’isolement ressenti par le personnage-titre interprété par Marcello Martini.

Ce film austère et ténébreux retranscrit bien cette société régie par les préceptes de l’Église chrétienne apostolique romaine. Des doctrines dont la mise en doute est interdite et à fortiori leur reniement. Menocchio soupçonné d’hérésie et possiblement de prosélytisme doit abjurer ses pensées que les inquisiteurs ne manqueront pas de déformer. Il y a dans Menocchio quelque chose de La passion de Jeanne d’Arc (1928) de C.T. Dreyer. Au-delà des interrogatoires, c’est l’attention portée sur les visages et aux émotions qu’ils trahissent qui fait foi. Derrière les questions, subsiste une âme complexe difficile à démasquer.

Fasulo propose un traitement cinématographique humble d’un homme tout aussi humble. Le néoréalisme qui imprègne chaque plan de Menocchio renvoie inéluctablement aux Onze fioretti de François d’Assise (1950) de Roberto Rossellini.

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