So long, my son – Unique et indivisible

Xiaoshuai Wang n’a pas eu les honneurs d’une sélection à Cannes cette année mais son film So long, my son a très bien été reçu au festival de Berlin. Jingchun Wang et Mei Yong, ses deux interprètes principaux, ont ainsi respectivement reçu l’Ours d’argent du meilleur acteur et de la meilleure actrice lors la dernière Berlinale. Ces deux comédiens trouvent dans le mélodrame familial mis en images un vaste terrain de jeu avec, en toile de fond, la politique de l’enfant unique en Chine.

Au début des années 1980, Liyun et Yaojun forment un couple heureux. Tandis que le régime vient de mettre en place la politique de l’enfant unique, un évènement tragique va bouleverser leur vie. Pendant 40 ans, alors qu’ils tentent de se reconstruire, leur destin va s’entrelacer avec celui de la Chine contemporaine.

En Chine, Xiaoshuai Wang fait partie des réalisateurs assimilés à la sixième génération dans laquelle figurent aussi Zhangke Jia, Yuan Zhang, Wenguang Wu ou encore Ye Lou. Après les événements de la place Tian’anmen en avril 1989, ces cinéastes se sont emparés du cinéma pour défier l’autorité. Leurs films n’ont pas ou peu été distribués dans les salles chinoises. Ainsi, le premier long-métrage de Wang qui aura fait l’objet d’une distribution locale aura été son huitième film, Shanghai dreams, le 3 juin 2005 dans la foulée de sa présentation en sélection officielle du festival de Cannes où il remporta le prix du jury.

Comme son contemporain Jia dans Les éternels (Somme, synthèse ou redite ?), Wang s’engage dans un récit fleuve. Jia balayait deux décennies en trois temporalités restituées par ordre chronologique en un peu plus de deux heures. La narration de Wang est à la fois plus ample, plus ambitieuse et plus exigeante. Elle s’étend sur plus de trente ans dont l’ordre chronologique ne sera pas le fil directeur du cinéaste et de son coscénariste Mei Ah. La succession de flash-back et d’ellipses génère un canevas narratif plutôt complexe. Ces trois décennies sont relatées en trois heures. La durée de So long, my son est intimidante. Elle n’est en définitive nullement un handicap tant Wang sait varier sa mise en scène et jouer dans son récit sur les mystères et les surprises.

So long, my son mêle ainsi l’intime et la grande histoire, celle de la politique de l’enfant unique mise en œuvre en Chine de 1979 à 2015. Le film explore l’influence majeure de cette mesure collective sur l’individu. Au-delà de cet argument central, So long, my son est le portrait au long cours d’une Chine en pleine mutation dont la scène de licenciement collectif dans un conglomérat industriel d’État est l’une des pièces maîtresses. Comme dans ses précédentes réalisations, Wang alimente son film de la complexité de son pays natal mû par sa puissance économique grandissante. Ces évolutions de la société chinoise ne sont pas sans résonances fortes sur le quotidien des citoyens.

Ainsi, pour la part intime de cette saga familiale, le film fait s’entrelacer le destin croisé de deux familles dont les enfants sont nés le même jour et la même année. L’un d’eux se prénomme Xing xing. Un prénom double pour un enfant unique que ses parents, Liyun (Mei Yong) et Yaojun (Jingchun Wang), espéreront double après son décès tragique. La délicatesse d’une écriture jamais descriptive et la subtilité du montage technique de Lee Chatametikool débouchent sur un récit d’une grande efficacité savamment orchestré et construit pour entretenir le doute sur l’identité de Xing xing.

Une part du mystère de So long, my son provient de la mise en scène adoptée par Wang. La caméra sait garder ses distances tant envers les personnages qu’envers le récit. Elle se montre volontiers observatrice à travers une mise en scène dont la précision n’a d’égal que sa discrétion. Cette retenue se voit amplifiée par une belle réalisation avec notamment de jolis photogrammes composés par Hyungseok Kim.

So long, my son se révèle être l’un des films les plus ambitieux et maîtrisé de Wang. L’intime dramatique et romanesque se marie bien à l’auscultation socio-politique voulue de la société chinoise. L’ampleur du récit est celle d’une fresque familiale dont les pans doux-amers viennent adoucir un peu les aspects tragiques et mélodramatiques d’une œuvre finalement très intimiste.

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