Les ailes du désir – Désirs d’elle

En 1984, Wim Wenders réalisait Paris, Texas, un film pleinement ancré dans le réel américain. Trois ans plus tard, le cinéaste allemand prend tous ses suiveurs à contre-pied en livrant Les ailes du désir, véritable ode métaphysique dédiée à Berlin, personnage à part entière du film. Il compose une œuvre en apesanteur dans cette ville-cicatrice barrée par un mur séparant ses faubourgs ouest de ses quartiers est. Il naît une envolée lyrique et poétique de la structure audacieuse tant sur le plan de la narration que sur celui de la forme.

Des anges s’intéressent au monde des mortels, ils entendent tout et voient tout, même les secrets les plus intimes. Chose inouïe, l’un d’entre eux tombe amoureux. Aussitôt, il devient mortel. Un film sur le désir et sur Berlin, « lieu historique de vérité ».

L’argument des Ailes du désir est des plus fantasmatiques. Des anges invisibles des vivants, Damiel (Bruno Ganz) et Cassiel (Otto Sander), veillent sur les mortels et recueillent leurs pensées. Ces anges-gardiens entendent et voient tout mais ne peuvent ni agir sur le monde des vivants ni interagir avec ces derniers. Le film repose sur la séparation instaurée entre ces deux mondes étanches l’un de l’autre. Le sublime noir et blanc qui drape la majorité des photogrammes composés avec soin par Wim Wenders restitue le point de vue des anges. Ce choix formel maintient l’impression de distance entre les deux mondes alors que le retour à des prises de vues en couleur marque l’éloignement de Damiel par rapport à l’action filmée. Le rapport entre le noir et blanc et la couleur différencie le monde des anges et celui des humains.

Pour restituer au mieux la position d’anges observateurs, le metteur en scène allemand adopte un point de vue subjectif. Sa caméra se déplace ainsi d’un personnage à un autre et s’approche de chacun d’eux pour instaurer une certaine intimité. Ce concept se révèle ostentatoirement intrusif face à des personnages filmés à leur insu. Les mouvements lents de la caméra ne cessent que pour composer des gros plans fixes sur les visages ou saisir la solitude d’un individu plongé dans ses pensées.

Pour réaliser Les ailes du désir, Wenders s’est entouré d’une équipe très internationale à l’image du Berlin de la fin des années 1980. On compte notamment de nombreux français au casting dont, parmi les personnages principaux, Solveig Dommartin dans le rôle de Marion. Le constat est le même si nous nous intéressons à l’équipe technique. Ainsi, nous retrouvons, entre autres, Claire Denis (Trouble every day, White material, Un beau soleil intérieur, High life) en première assistante du metteur en scène, et Henri Alekan (La belle et la bête, Les maudits, La Marie du port) en directeur de la photographie. Alekan est aussi le nom du cirque dont la trapéziste n’est autre que Marion.

L’entreprise à la réalisation virtuose a abouti à un chef-d’œuvre esthétique débarrassé du poids des corps. D’ailleurs, la rencontre de Damiel et Marion, trapéziste, participe à cette impression d’assister à un film en apesanteur. Une qualité rare que le cinéaste place au centre de ses préoccupations dès la première séquence du film qui montre l’ange Damiel, ailé pour la première et la dernière fois, en haut d’un building au bord du vide. Son regard céleste est tourné vers le bas en direction des vivants. La scène est iconique. Elle introduit de la plus belle des manières Les ailes du désir qui obtiendra de nombreux prix dont celui, très amplement mérité, de la mise en scène attribué par le jury du festival de Cannes 1987.

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