Fête de famille – Dégénération

Parmi les cinéaste français, Cédric Kahn fait partie de ceux qui savent s’aventurer sur des terrains extérieurs à leur « pré carré ». Ainsi à La prière (2018, Vœu pieux ?) succède Fête de famille, soit la visite d’un genre cinématographique récurrent du cinéma français, celui axé sur les histoires familiales contemporaines. Malheureusement, il couple cette visite avec l’adoption de manquements tout aussi récurrents du même cinéma français. Les intentions sont bonnes, mais il est difficile d’user du même qualificatif vis-à-vis du résultat à l’écran.

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses. »

Andréa ne sait pas encore que l’arrivée « surprise » de sa fille aînée, Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale.

Fête de famille souffre ainsi de plusieurs maux. Les personnages, diversement incarnés, ne font pas l’objet d’une analyse psychologie approfondie. Ils ne sont pas non plus animés par une évolution psychologique. Si leur caractérisation ne peut être critiquée, c’est bien leur stature respective qui fait défaut. Chacun, fort de ses convictions, campe droit dans ses bottes et n’évolue pas ou si peu. Si rivalité il y a, elle ne concerne que des égos retors quelque peu surdimensionnés.

Ce traitement en surface des différents protagonistes ne permet pas d’insuffler à la narration le volume dramatique attendu. L’écriture et la mise en scène du film échouent aussi à créer une véritable ambiance de famille, fusse-t-elle de crise. A ce titre et malgré son titre, Fête de famille ne peut être qualifié ni de film de famille ni de film festif. Mais, outre ces défauts d’écriture et d’une mise en scène trop lisse pour instaurer l’atmosphère souhaitée, la faute en revient aussi au casting réuni.

La fratrie composée par Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne et Cédric Kahn est l’épicentre des rivalités et des disputes. L’un est aussi lunaire que l’autre est responsable. L’un est aussi fort mentalement que l’autre semble sujet à des troubles mentaux. Bref, tout oppose ces trois protagonistes pourtant frères ou, « astuce » du scénario, demi-frères : leurs parcours, leurs opinions, leurs attitudes, leur physique. Entre ces trois-là, tout peut être prétexte à désaccord. Sans un minimum de complicité et de communication entre eux, il peut être compliqué pour le spectateur de voir autre chose qu’une fratrie « fabriquée », mal assortie, peu crédible.

Il n’y a pas d’effet de groupe dans cette « famille ». Les quelques gestes observés de l’un vers l’autre ne font pas illusion. Ils sont inexorablement voués à l’échec. On devine tôt dans le film que le salut ne pourra venir des autres personnages. Les enfants, les épouses, les amis sont quasiment tous contraints à un simple rôle de figurants, observateurs désabusés du délitement d’une famille qu’on perçoit vite peu unie. La mère de famille interprétée par Catherine Deneuve joue du déni derrière un bouclier que rien ne peut traverser : « Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses ». Le constat est encore plus affligeant pour le beau-père (Alain Artur) circonscrit à un rôle de spectateur très détaché d’affaires qui ne semblent guère l’émouvoir.

Au sein de cette famille, le spectateur n’est pas à la « fête ». Comme un repas de famille, souvent trop long, l’affaire finit par lasser. Le scénario écrit par le cinéaste ne ménage pas de crescendo dramatique. La maladresse d’écriture amène mal les pics de violence, verbale et/ou physique, qui surgissent en milieu de scène sans crier gare. L’ensemble finit par désintéresser à force de tourner en rond autour d’un sujet mal défini.

Il reste alors au spectateur à trouver quelques affinités avec tel ou tel membre de la famille mise en scène. Face à un film dont on peine à identifier les motivations, l’élu sera probablement Romain interprété par Vincent Macaigne. L’acteur trouve ici un rôle d’adulte irresponsable qu’on lui connaît et qu’il maîtrise. Son personnage filme, « façon Ozu » croit-il, sa famille sans savoir clairement expliquer son projet. Faut-il y voir un effet miroir avec Cédric Kahn, ici réalisateur-scénariste-acteur ? Nous ne nous hasarderons pas à répondre par un non ferme et définitif à cette interrogation. On ne peut que constater que la mise en abyme s’abime ici pour finalement s’échouer sur des prétentions restées floues.

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