N.B. #17 – Oleg (2019, Juris Kursietis)

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2019, Oleg est le deuxième long métrage réalisé par Juris Kursietis après Modris en 2014. Si le réalisateur est letton, le film est résolument européen tant dans son financement que dans son casting. On y parle ainsi indifféremment russe, polonais, letton, anglais, français et flamand.

Oleg quitte la Lettonie pour Bruxelles, où il espère travailler contre un salaire décent. Trahi par un collègue, son expérience tourne court. Oleg est alors recueilli par un criminel polonais, avant de tomber sous son emprise mafieuse.

Oleg s’ouvre sur une belle et prometteuse séquence. Elle fait figurer dans un plan très aérien un homme isolé dans l’immensité d’une taïga enneigée. La scène devient sous-marine dès lors que la couche de glace couvrant le lac aura rompu sous les pas de cet homme. Nous venons de passer du blanc immaculé au bleu marin tout aussi ressenti glacial. Ces images montrant le protagoniste tenter d’évoluer sous la glace viendront émailler le film par intermittence. Il est cependant difficile d’avancer une explication satisfaisante qui viendrait porter crédit à ces flashs. Sont-ils d’ordre onirique, métaphorique, autre ?

Oleg ne manque pas de puissance. Juris Kursietis a opté pour une mise en scène dynamique. Son choix s’est porté sur un tournage à une seule caméra. Celle-ci, très mobile, ne quitte jamais le personnage-titre incarné par Valentin Novopolskij. Les plans sont réalisés au plus près des protagonistes comme pour figurer l’absence d’échappatoire. L’atmosphère ainsi instaurée et renforcée par des teintes éteintes se révèle rapidement oppressante et anxiogène. Sur la forme, l’ensemble convainc par le réalisme produit notamment par une réalisation précise et une mise en scène efficace.

Mais sur le fond, Oleg s’écarte de ce réalisme. Ce film letton tourné en Belgique regroupe un casting cosmopolite. Si le personnage-titre constitue finalement une victime plutôt effacée, nous aurions apprécié un tel effacement pour son homologue polonais. La faute n’est pas à rejeter sur Dawid Ogrodnik son interprète mais sur l’écriture et la caractérisation de son personnage, finalement très caricatural. Le profil est tracé à gros traits et sans nuance. Nous pouvons dès lors aisément comprendre que les producteurs polonais n’aient pas souhaité participer au financement du film.

Quelques événements impromptus viennent aussi ternir la fluidité du récit. L’affaiblissement de la narration tient aussi à la valse-hésitation de Kursistis. Le réalisateur-coscénariste hésite à ancrer son film dans un genre au choix assumé. Oleg navigue ainsi à vue et dans un faux rythme entre film noir, film psychologique et quête identitaire sur fond de précarité et d’immigration. Les intentions du cinéaste letton sont claires mais insuffisamment canalisées et maîtrisées.

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