Adults in the room – (En)jeux de pouvoir

Dans Adults in the room, Costa-Gavras adapte au grand écran les mémoires de Yanis Varoufakis (Christos Loulis). L’éphémère ministre des finances grec les avait publiées en 2017 sous le titre Conversations entre adultes – Dans les coulisses secrètes de l’Europe. En cette qualité de ministre des finances, il fut chargé par la coalition antisystème Syriza emmenée par premier ministre grec, Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis), de négocier en 2015 au niveau européen la fin de l’austérité imposée à la population grecque. Le récit décliné est une affaire de spécialistes et fait de Adults in the room un film de technocrates et de bureaucrates.

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

Le titre du film et du livre dont il est inspiré, Adults in the room, vient d’une interjection de Christine Lagarde en 2015 à l’adresse des représentants grecs des instances européennes. Cette formule cynique et blessante de la directrice du FMI visait une délégation certes iconoclaste dans les idées défendues et sa posture (refus du port de la cravate par exemple) mais non moins adulte. Elle symbolise la rencontre de deux conceptions antagonistes du système économique mondial.

Chiffres et graphiques à l’appui, Costa-Gavras filme les longues négociations (Adults in the room dure deux heures) menées par la délégation grecque avec Yanis Varoufakis à sa tête face à la Troïka. Ce triumvirat composé de la Commission européenne, du FMI et de la BCE est montré dans toute son arrogance et son intransigeance. La mécanique mise en lumière se caractérise notamment par ses aspects ubuesque et kafkaïen. Au fil de réunions aux quatre coins de l’Europe, c’est aussi l’inflexibilité des représentants européens et notamment allemands qui est mise en avant. Adults in the room s’inscrit ainsi dans la veine politico-financière du précédent film réalisé par Costa-Gavras. Le capital traitait en effet déjà en 2012 de la finance internationale, ici ramenée à l’échelle de la Grèce au sein de la zone Euro.

Adults in the room avance un contenu complexe, verbeux et technique peu cinématographique. La narration exigeante et détaillée qui en découle ne vulgarise guère les éléments politico-financiers mis en jeu. Le jeu politique montré n’a rien de ludique et la situation du peuple grec vers qui la caméra se retourne trop rarement est accablante. Le drame au quotidien de la population émerge peu d’un film plein. Le spectateur lui-même pourrait aussi ressentir un certain accablement face à cette densité narrative non exempt de redondances.

Enfin, porter des mémoires à l’écran c’est adopter in fine le point de vue de l’auteur de celles-ci. Costa-Gavras livre ainsi un film-propagande qui satisfera certainement les eurosceptiques et les anticapitalistes. Les autres spectateurs devront faire fi des messages portés et trouver d’autres points d’intérêt que Adults in the room pourrait receler. Le portrait ironique dressé des instances européennes peut par exemple constituer un utile contrepoint.

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