Gloria mundi – Ainsi passe la vie

Robert Guédiguian reconduit dans Gloria mundi le procédé de réalisation observé dans ses précédents films. Il s’appuie sur un casting principalement composé de comédiens ayant déjà collaboré avec lui et répartis sur deux générations d’acteurs. La ville de Marseille continue d’offrir ses décors à la quasi-totalité du film. Sic transit gloria mundi, titre complet du film tiré de la locution latine signifiant « Ainsi passe la gloire du monde », s’inscrit ainsi parfaitement, tant sur la forme que sur le fond, dans la filmographie du cinéaste dont l’intime visée est celle d’une description sans fard des conditions sociales précaires subies par les classes indélicatement qualifiées de laborieuses.

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.

Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…

En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

De film en film, Robert Guédiguian se plait à constituer son casting parmi ses comédiens fétiches. Dans Gloria mundi, cet effet troupe subsiste en fournissant les parents de la famille recomposée mise en scène. Ainsi Ariane Ascaride (prix d’interprétation féminine lors de la Mostra de Venise 2019) donne la réplique à Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin, ses époux de fiction successifs. Mais ce film est aussi animé par de jeunes acteurs qui, ici, incarnent les enfants et leurs conjoints de cette famille marseillaise. On voit ainsi évoluer devant la caméra de jeunes comédiens tels que Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark.

Alors qu’à la télévision Emmanuel Macron se montre élogieux envers les « premiers de cordée », chez cette famille le quotidien est régi par la précarité financière, véritable personnage à part entière. Le cocktail composé de multiples difficultés et de pertes de repères paraît explosif. L’uberisation des emplois, miroir aux alouettes 2.0, fait figure de frêle bouclier de protection. La famille recomposée pourrait se décomposer sous les conséquences insidieuses des nouvelles règles économiques.

Le réalisateur positionne plus volontiers son récit sur le constat, moins sur la colère. Ainsi, ni jugés, ni condamnés, les personnages progressent vers une destinée inéluctable et sans échappatoire. Certains protagonistes de la jeune génération s’enferrent dans un individualisme chargé de cynisme qui tranche avec la solidarité et l’humanisme qui animent leurs parents. En cela, Gloria mundi figure parmi les films les plus pessimistes de son auteur. En cela, il peut aussi être comparé à la dernière réalisation en date de Ken Loach, Sorry we missed youPoste restant(e). La même gravité sur fond d’uberisation de l’économie traverse les deux longs métrages qui forment une sorte de diptyque.

Mais Guédiguian trop embrasse et mal étreint. Le réalisateur français tend en effet à aborder de façon trop exhaustive les conséquences négatives de l’économie libérale sur le quotidien déjà précaire de ses personnages. L’accumulation d’événements contraires et d’aléas accule nombre de ces protagonistes dans une voie que nous devinons vite sans issue. Gloria mundi perd ici en intensité car la dramaturgie mise en images adopte une trajectoire programmatique. En cochant un à un les aspects de la condition prolétarienne contemporaine, Guédiguian oublie d’en proposer un véritable traitement. Celui-ci reste mécaniquement trop superficiel à cause d’un périmètre thématique trop large, trop ambitieux.

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