Le lac aux oies sauvages – Entrelacs lumineux et… nébuleux

Présenté au festival de Cannes, Le lac aux oies sauvages n’a pas remporté le Prix de la mise en scène que certains critiques lui voyaient attribuer. Diao Yinan, auteur en 2014 du remarqué Black coal, propose ici un polar. Un film d’ambiance dont la noirceur n’est pas uniquement liée au fait qu’il ait été principalement tourné de nuit.

Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Ensemble, ils décident de jouer une dernière fois avec leur destin.

Diao Yinan inscrit Le lac aux oies sauvages dans le prolongement de sa précédente réalisation, Black coal, mais aussi au croisement de plusieurs genres. Il y a l’influence du cinéma de Johnny To par les poussées soudaines de violence au traitement graphique. A un degré moindre, les effets de style et les travaux entrepris sur la gamme colorimétrique empruntent à ceux observés chez Wong Kar-Wai. La composition des cadres, l’utilisation d’éclairages aux néons aux couleurs aussi saturées qu’artificielles et l’emploi d’enseignes lumineuses de magasins relèvent d’un même exercice de stylisation.

Le lac-titre n’est pas, loin de là, l’unique lieu (fantasmé) dans lequel se tient l’action. Devant l’objectif de la caméra de Yinan passent de nombreux lieux interlopes et variés. Le travail de repérage effectué sur le terrain est conséquent. Celui relatif à la direction d’acteurs l’est tout autant. Les lieux filmés sont ainsi souvent peuplés de nombreux figurants dont les déplacements ne doivent rien au hasard. Il a été mené dans Le lac aux oies sauvages un travail chorégraphique conséquent.

Le scénario ménage de nombreux doubles jeux et va jusqu’à confondre dans leurs méthodes communes, flics et voyous. On est surpris par la quasi absence de musique venant accompagner la narration. La justification de ce choix tient très probablement dans une bande sonore très travaillée pleine de sons d’ambiance qui permettent d’élever d’un niveau supplémentaire le caractère anxiogène de certaines séquences.

Mais plus encore que dans Black coal, Yinan se soucie en définitive davantage des aspects formels parfois virtuoses de son film que de la teneur de son scénario. Malgré une structure en flashback, la narration du Lac aux oies sauvages se révèle à la fois plus simple et classique que celle de Black coal. Bien que minimaliste, l’intrigue sans originalité se perd dans l’entrelacs d’interactions et de confusions que les rares dialogues ne viendront pas élucider.

Dès lors, la dernière réalisation de Yinan paraît trop exclusivement portée par une mise en scène certes dynamique et inventive mais trop sophistiquée, parfois poseuse et finalement vaine. L’exercice visuel et plastique pratiqué n’est pas sans intérêt mais l’esthétique ostentatoire produite étouffe une narration trop timide. Tout ou presque dans Le lac aux oies sauvages repose uniquement sur l’image ce qui ne peut engendrer un film au sens premier du terme.

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