N.B. #19 – La chatte des montagnes (1921, Ernst Lubitsch)

Au début des années 1920, Ernst Lubitsch réalise La chatte des montagnes, à savoir une « comédie grotesque en 4 actes ». Le terme farce nous paraît plus approprié pour qualifier ce film muet qui, semble-t-il, aurait été l’une des sources d’inspiration des Monty Python. L’intérêt principal de La chatte des montagnes réside cependant plus sur la forme que sur le fond.

Muté dans une nouvelle caserne, le jeune lieutenant Alexis tombe en route sur un groupe de brigands. Parmi eux, il fait la connaissance de la belle Riskscha à qui il promet fidélité. Mais arrivé à la caserne, il est chargé de tuer leur chef…

Ernst Lubitsch découpe la comédie fantasmagorique qu’est La chatte des montagnes en quatre segments de durée très variable. Dans ce film muet, le cinéaste met en scène un grand nombre de personnages autour desquels il orchestre ses gags. Sans être inintéressant, le récit satirique et parodique du microcosme militaire filmé n’apporte pas de réelle originalité. La narration ne capte pas l’attention du spectateur qui sera probablement plus intéressé par la forme ludique du film.

Filmé en 1921 dans le format 1.33 du cinéma muet, Lubitsch applique des caches sur l’objectif de sa caméra pour effectuer les prises de vues de certaines séquences du film. Le format carré est pleinement visible sur les scènes filmées sans cache, par contre, ses contours sont masqués dès lors qu’un cache, dont la forme varie en fonction des séquences, est appliqué. Le cadre quasi carré prend ainsi des contours des plus variés laissant visible qu’une partie plus ou moins grande du champ de la caméra. Dès lors, au gré des séquences, les « cadres » épousent la stature des personnages, accompagnent les formes d’un élément de décor (la forteresse militaire offre de nombreuses surfaces tout en courbes) ou caractérisent le sentiment du personnage filmé.

Ce procédé simple et inédit, alternative aux ouvertures et fermetures à l’iris, permet à La chatte des montagnes d’échapper aux angles droits. Gimmick ou style visuel ? A chacun d’en juger. Mais, quel que soit le jugement porté, ce film muet à l’ambition visuelle expérimentale se démarque du classicisme de nombre de ses contemporains.

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