La flor – Bouquet cinématographique (2/4)

Dans le premier volet de ce focus consacré au film La flor de Mariano Llinás, nous avions posé le contexte de ce si singulier projet cinématographique. Il est désormais temps de vous rendre compte de notre analyse filmique. L’objet de ce deuxième article vise à établir une analyse comparative des deux premières parties soit la première moitié de ce film-fleuve.

Le seul lien qui unit les six épisodes de La flor tient dans le quatuor de comédiennes mis en scène. Chaque actrice endosse un rôle différent dans chaque histoire exception faite du cinquième volet où elles n’apparaissent pas à l’écran. Pilar Gamboa, Elisa Carricajo, Laura Paredes et Valeria Correa forment, et formaient bien avant La flor, la troupe de théâtre Piel de lava (Peau de lave) dont le nom est la concaténation des deux premières lettres de leur prénom respectif.

La première des quatre parties composant La flor contient les deux premiers épisodes. La première histoire racontée est horrifique. Elle s’articule autour d’une momie exhumée dans la Pampa capable de prendre possession de l’âme de toute personne cherchant à la manipuler. Muni d’une mini-DV à la profondeur de champ très prononcée, Mariano Llinás filme en plans séquences et en caméra portée. Les images vidéo produites, brutes, ne confinent à aucun esthétisme.

Ces mêmes photogrammes sont de meilleure qualité dans le deuxième épisode filmé avec un Canon 5D. Ici, le cinéaste argentin maintient ses jeux sur la focale et conserve sa propension à filmer dans des cadres serrés, voire en gros plans. Les arrière-plans sont souvent bouchés et, s’ils ne le sont pas, Llinás les baigne dans un flou artistique par l’utilisation de longues focales.

Nous notons dans ce deuxième épisode un travail conséquent de composition tant sur les chansons que sur les musiques. Le mélodrame musical proposé s’articule autour d’un duo de chanteurs, anciens amants. Elle et lui, désormais en froid, tentent d’enregistrer en studio leur nouvelle chanson en duo mais séparément : Yo soy el fuego. Ce titre sur la rupture conjugale résonne alors comme un règlement de comptes entre les deux protagonistes.

Bien que très dissemblables, les deux premiers épisodes partagent une même et belle ambition de cinéma qui passe notamment par une mise en scène recherchée. Les segments à venir ne viendront jamais mettre à défaut ce constat.

Le premier quart de La flor se clôt sans générique de fin. Sur l’écran noir apparaît la mention « continuará » (A suivre) alors que la chanson phare anime la bande son.

Le deuxième quart de La flor est entièrement dédié à un film d’espionnage et de tueurs qui va parcourir l’Eurasie depuis Bruxelles jusqu’en Sibérie avant de connaître un épilogue quelque part en Amérique centrale. La langue locale des pays visités est respectée. Ce troisième épisode est ainsi multilingue. Les personnages y parlent indifféremment espagnol, français, anglais, russe, allemand, etc. Invariablement espagnole, la double voix off un peu trop présente porte l’essentiel de la narration et alourdit ce segment.

Llinás ramifie sa narration et multiplie les fausses pistes dans cet épisode très fictionnel. Le metteur en scène maintient ses ambitions formelles en plaçant notamment ses acteurs dans un même cadre mais sur différents plans visités tour à tour par le focus de la caméra. Celle-ci est ici posée contrairement à ce qui a pu être observé durant les deux premiers épisodes. Le réalisateur s’aventure à effectuer quelques lents travellings pour dynamiser sa mise en scène.

Continuará… La flor – Bouquet cinématographique (3/4)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.