Top 2019

Début d’année oblige, nous cédons à l’exercice consistant à vous livrer notre classement des meilleurs films d’une année 2019 désormais close. Comme pour les millésimes précédents (20152016, 2017 et 2018), nous limitons notre sélection aux dix films qui finalement nous auront laissés le plus d’images en tête et ceux dont les propos nous semble les plus intéressants. Un classement subjectif, éminemment critiquable, mais que nous assumons complètement et que nous complétons par une analyse pour en extérioriser les principales caractéristiques.

1. An elephant sitting still de Hu Bo (Chine)

Genre : drame

Box office France : N/C entrées (N/C salles max.)

An elephant sitting still est le premier et sera à jamais l’unique long métrage réalisé par Hu Bo. Ce film présenté en première mondiale lors de la Berlinale 2018 y reçu le prix FIPRESCI. Le jeune cinéaste-romancier chinois met en images sa nouvelle éponyme. Le film qui en résulte est immense par sa durée proche des quatre heures et ses qualités cinématographiques. Cette œuvre orpheline et marquante se révèle ainsi prodigieuse notamment par sa densité, sa force exceptionnelle et sa profonde noirceur pourtant jamais pesante.

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2. Le traître de Marco Bellocchio (Italie)

Genre : biopic, crime, drame

Box office France : 335 120 entrées (310 salles max.)

Le traître concourait légitimement en mai dernier à obtenir la Palme d’or. Comme ses prédécesseurs, ce septième film de Marco Bellocchio présenté dans la sélection officielle du Festival de Cannes n’a apporté aucun prix à son auteur. Pareil constat nous interroge sur l’absence de récompense à destination de Pierfrancesco Favino, impeccable interprète de Tommaso Buscetta, personnage incontournable et omniprésent du film. Ainsi, malgré ses qualités indéniables, l’œuvre cinématographique de l’auteur de Vincere (2009) n’a été reconnue à Cannes qu’en 1980 par l’obtention d’un double prix d’interprétation à l’adresse d’Anouk Aimée et Michel Piccoli, duo principal du Saut dans le vide. Par sa monumentalité et son ampleur, la fresque déployée dans Le traître aurait dû venir épaissir cette bien maigre reconnaissance.

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3. Chernobyl de Johan Renck (Suède)

Genre : drame, histoire

Box office France : N/D (diffusion OCS)

Chernobyl est une excellente mini-série diffusée par OCS et plusieurs services de VOD. Le cinéaste suédois Johan Renck met en images en cinq épisodes cumulant cinq heures et demi de visionnement un récit implacable de Craig Mazin. Cette fiction sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl animée d’un souci constant du détail bénéficie d’une précision quasi documentaire. Il émane de ce récit-catastrophe en forme de chronique glaçante un effet de réel saisissant, captivant, fascinant.

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4. El reino de Rodrigo Sorogoyen (Espagne)

Genre : drame, thriller

Box office France : 245 997 entrées (139 salles max.)

En 2016, Rodrigo Sorogoyen présentait Que Dios nos perdone (Noirceur et nihilisme exaucés). Ce thriller avait par ses qualités retenu toute notre attention au point de le placer en cinquième position de notre Top 10 annuel. Nous attendions donc de pied ferme la prochaine réalisation de ce jeune cinéaste espagnol. C’est sous le titre de El reino qu’elle s’affiche actuellement au programme des salles obscures françaises. Notre attente n’a pas été déçue, bien au contraire. Les qualités observées dans Que Dios nos perdone sont décuplées dans El reino.

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5. Border de Ali Abbasi (Suède)

Genre : drame, fantastique

Box office France : 89 586 entrées (75 salles max.)

Shelley (2016), premier long métrage d’Ali Abbasi, reste à ce jour inédit en France. Pour sa part, Border son deuxième opus ne passe pas inaperçu. Dans la quête identitaire menée par Tina (Eva Melander) flanquée de Vore (Eero Milonoff) son double masculin, le cinéaste se joue des limites du cinéma de genre. A l’image de Get out (2017, Mixité des genres) de Jordan Peele mais dans un autre registre, Border déplace les bornes pour rendre visite sans rendre visible la frontière entre animalité et humanité. De ce parti pris fort nait un film étrange, troublant et par instant prodigieux.

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6. Once upon a time… in Hollywood de Quentin Tarantino (États-Unis)

Genre : comédie, drame

Box office France : 2 633 185 entrées (817 salles max.)

Bien que présenté en sélection officielle à Cannes et malgré ses indéniables et nombreuses qualités, Once upon a time… in Hollywood de Quentin Tarantino n’a obtenu aucun prix, exception faite de l’anecdotique Palm dog. Toujours réalisateur et scénariste, mais, fait nouveau, également coproducteur, l’auteur de Reservoir dogs (1992) nous livre un film dont chaque souffle respire le cinéma. Puisque les deux volumes de Kill Bill ne comptent que pour un, ce neuvième et donc avant-dernier film ouvre une attente forte : celle d’une version « uncut » qui pourrait être diffusée sous la forme d’une mini-série.

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7. La flor de Mariano Llinás (Argentine)

Genre : crime, drame, espionnage, expérimental, fantastique, musical, mystère, romance

Box office France : 34 778 entrées (6 salles max.)

En 2018, Carlo Chatrian, directeur du festival de Locarno, vit en La flor une « réponse du cinéma aux séries télévisées ». Ce film de Mariano Llinás est une œuvre-monstre qui déroule successivement six histoires sur plus de treize heures. Une narration au long cours découpée en quatre parties et animée par un quatuor d’actrices – Elisa CarricajoValeria CorreaPilar Gamboa et Laura Paredes – qui endosse de multiples rôles. Les spectateurs retrouveront pareille multiplicité dans les styles cinématographiques visités par le cinéaste argentin au fil de dix ans de tournage à travers le monde.

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8. The Irishman de Martin Scorsese (États-Unis)

Genre : biopic, crime, drame

Box office France : N/D (diffusion Netflix)

The Irishman de Martin Scorsese ne bénéficie d’aucune distribution en salles en France car son auteur a trouvé à financer sa réalisation uniquement chez Netflix. Au pays de l’exception culturelle à la française, le réseau 2.0 de distribution d’œuvres cinématographiques est, jusqu’à nouvel ordre, considéré « incompatible » avec la version 1.0 estampillée « chronologie des médias » devenue anachronique. Nous avons donc visionné The Irishman depuis notre salon sans attendre la livraison d’un patch correctif qui tarde à arriver. En sortie de « projection », une question reste insondable. Comment un tel cinéaste réunissant un casting prestigieux pour animer un excellent scénario de Steven Zaillian, oscarisé en 1994 pour La liste de Schindler (1993, Steven Spielberg), n’a-t-il pu trouver un financement dans le réseau 1.0 des producteurs ?

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9. So long, my son de Xiaoshuai Wang (Chine)

Genre : drame

Box office France : 149 610 entrées (155 salles max.)

Xiaoshuai Wang n’a pas eu les honneurs d’une sélection à Cannes cette année mais son film So long, my son a très bien été reçu au festival de Berlin. Jingchun Wang et Mei Yong, ses deux interprètes principaux, ont ainsi respectivement reçu l’Ours d’argent du meilleur acteur et de la meilleure actrice lors la dernière Berlinale. Ces deux comédiens trouvent dans le mélodrame familial mis en images un vaste terrain de jeu avec, en toile de fond, la politique de l’enfant unique en Chine.

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10. Sorry we missed you de Ken Loach (Grande-Bretagne)

Genre : drame

Box office France : 465 293 entrées (505 salles max.)

Sorry we missed you concourait en sélection officielle du festival de Cannes 2019. Il s’inscrivait ainsi sur les traces du précédent film réalisé par Ken LoachMoi, Daniel Blake. Dans la continuité de ce dernier et bénéficiant des mêmes qualités, Sorry we missed you forme un diptyque avec la Palme d’or 2016 mais sans avoir obtenu le moindre prix en mai dernier.

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Drames et crimes

Notre classement cinéma 2019 comme son prédécesseur se révèle plutôt classique puisqu’il n’intègre aucun documentaire, une seule série télévisée (Chernobyl) et un seul film vu en dehors d’une distribution en salles (The Irishman via la plateforme Netflix). Le classicisme prévaut aussi au regard des genres cinématographiques représentés. Ainsi et sans surprise, les drames restent les plus représentés dans notre classement. Ils sont même omniprésents car, comme en 2018, les dix films sélectionnés sont tous estampillés drame. Derrière, les films de crime comptent trois représentants : Le traître, La flor et The Irishman. Ce genre cinématographique était absent de notre top 2018 mais déjà quatre fois à l’honneur en 2017. Les films fantastiques et biographiques comptent chacun deux représentants contre respectivement trois et un en 2018.

Cannes toujours mais aussi San Sebastián

Quatre (cinq en 2018) des films composant notre classement ont été présentés lors du festival de Cannes : Le traître, Once upon a time… in Hollywood et Sorry we missed you en sélection officielle et Border dans la section Un certain regard. Si les sélections du festival cannois restent à suivre, leurs palmarès ne nous conviennent toujours pas. En effet, sur les quatre films « cannois » un seul (contre deux en 2018) a été récompensé par un prix. Et encore, cet heureux élu, le film d’Ali Abbasi, était celui qui entrait en compétition dans la sélection parallèle de Un certain regard.

Encore faut-il préciser que Border faisait aussi partie de la sélection du festival de San Sebastián qui, un fait jusque-là jamais constaté, est le festival le plus représenté dans notre top 10. Outre Border, El reino, Sorry we missed you, An elephant sitting still et So long, my son, ont été présentés lors de l’une des deux dernières éditions du festival espagnol. Avec un représentant (La flor), le festival de Locarno maintient sa position. La Berlinale (An elephant sitting still et So long, my son) réapparaît dans notre classement alors qu’il était absent de celui de 2018. Notons que le jury de la Berlinale a récompensé ces deux films : prix du meilleur premier film et prix FIPRESCI pour Hu Bo, prix des meilleurs acteurs et actrices pour les compositions de Jingchun Wang et Mei Yong dirigés par Xiaoshuai Wang.

A l’est rien de nouveau

Si nous portons notre regard sur les origines géographiques des films composant notre top 10, nous constatons que les deux représentants en 2018 du cinéma de l’ancien bloc de l’Est n’ont pas de successeur en 2019. Onzième, Une grande fille de Kantemir Balagov échoue à la porte de notre classement. Le constat est le même en regard du cinéma français dont l’unique représentant de 2018 est resté sans descendance. Dominik Moll avec Seules les bêtes s’octroie la douzième place de notre classement.

Malgré cette « contre-performance » du cinéma français, le cinéma européen maintient ses positions à cinq représentants. La présence de l’anglais Ken Loach, de l’italien Marco Bellocchio et de l’espagnol Rodrigo Sorogoyen ne surprend pas. Par contre le doublé réalisé par les suédois Johan Renck et Ali Abbasi est beaucoup plus inattendu. Les deux représentants perdus par le cinéma de l’ancien bloc de l’Est sont remplacés par l’argentin Mariano Llinás et par les deux réalisateurs chinois Hu Bo et Xiaoshuai Wang qui succèdent pour l’Asie au sud-coréen Chang-dong Lee auteur de Burning notre film préféré de 2018. Enfin l’Amérique du Nord maintient sa présence grâce au solide duo Martin ScorseseQuentin Tarantino.

Box-office… in Hollywood

Huit des dix films composant notre top 2019 ont fait l’objet d’une distribution en salle en France. La mini-série Chernobyl de Johan Renck a été diffusée sur OCS alors que Scorsese a trouvé à financer The Irishman auprès de la plateforme Netflix. Si les cinq nominations de The Irishman n’ont enfanté aucun Golden Globe, les quatre concernant Chernobyl se sont déclinées en deux Golden Globes : celui de la meilleure mini-série et celui du meilleur acteur dans un second rôle dans une mini-série attribué à Stellan Skarsgård. Au rayon des Golden Globes, notons le bel accueil réservé à Once upon a time… in Hollywood. Les cinq nominations du film réalisé par Tarantino se sont concrétisées en trois Golden Globes : Meilleur film musical ou comédie, Meilleur scénario et Meilleur acteur dans un second rôle (Brad Pitt).

Le site JP’s Box-Office dont est issu le dénombrement des entrées France repris sur cette page ne fournit pas les chiffres de fréquentation de notre film préféré de l’année An elephant sitting still. Les sept films aux fréquentations salle connues ont cumulé près de quatre millions de spectateurs soit une moyenne de 565 000 entrées par film.

Notre classement box-office est largement dominé par le film de Tarantino qui compte près de 2,7 millions de tickets déchirés (3 222 par copie). A l’opposé, l’œuvre-fleuve en quatre parties de Llinás cumule moins de 35 000 entrées sur un maximum de six copies en exploitation simultanément soit un joli ratio de 5 800 entrées par copie. En répartissant entre les quatre parties de La for le nombre total d’entrées et en estimant que certains spectateurs ne sont pas allés jusqu’au terme de ce récit-fleuve, on peut estimer que 6 à 7 000 spectateurs ont vu La flor en intégralité au cinéma.

L’analyse des ratios nombre d’entrée / nombre de copies fait ressortir des valeurs principalement comprises entre 800 et 1 000. Deux films se singularisent sous ce prisme : Border avec un ratio proche de 1 200 et surtout El reino comptant 1 769 entrées par copie.

Nouveaux talents ?

Comme en 2017 et 2018, un premier long métrage se glisse dans notre classement. Ainsi, An elephant sitting still de Hu Bo succède à The last family (2018, Jan P. Matuszynski) et à Get out (2017, Jordan Peele). Mieux encore, en s’arrogeant la première place de notre top 10, Hu Bo rejoint Martti Helde dont la première réalisation, Crosswind – La croisée des vents, s’était hissée sur la première marche du podium 2015. Mais au-delà d’un premier film réalisé, c’est souvent le deuxième long métrage qui sert de révélateur des cinéastes à suivre. Il ne sera jamais question d’un second film pour Hu Bo qui s’est donné la mort peu de temps après avoir finalisé le montage de An elephant sitting still.

Notre top 2019 compte deux cinéastes voyant leur deuxième réalisation classée parmi nos préférées de l’année passée : Ali Abbasi pour Border et Mariano Llinás pour La flor son deuxième long métrage de fiction. Deux cinéastes dont le premier long métrage n’a pas fait l’objet, jusqu’à présent, d’une distribution en France.

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