Le réseau Shelburn – Un village français

Dans son troisième long métrage, Nicolas Guillou s’empare des actes véridiques de résistance des membres du réseau Shelburn et plus spécifiquement des membres autochtones de Plouha, commune côtière de l’actuel département breton des Côtes d’Armor. Un sujet intéressant que le réalisateur-scénariste ne parvient pas à transcender au fil d’un récit décrédibilisé par des maladresses de mise en scène, une romance sans originalité et une mauvaise gestion de ses personnages.

Pendant la Seconde Guerre mondiale plus de 10.000 avions alliés tombent sur le sol français. De 1943 à 1944, le Réseau Shelburn est mis en place par les alliés et la Résistance Française pour évacuer les aviateurs vers l’Angleterre. Dans les Côtes du Nord à Plouha, Marie-Thérèse Le Calvez, résistante depuis les premiers jours de l’occupation, va mettre son courage au service de la liberté. Baignée entre incertitude et désespoir, quel prix devra-t-elle payer pour que l’opération soit une réussite ?

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Résistance Française s’est organisée en de multiples réseaux. Parmi ceux-ci, il y avait le réseau Shelburn dont l’ancrage côté français était situé au niveau de la petite commune de Plouha du département des Côtes du Nord rebaptisé depuis Côtes d’Armor. En huit missions de fin 1943 à août 1944, ce réseau de résistance à l’occupation allemande permit d’exfiltrer de France vers l’Angleterre 147 aviateurs alliés et d’infiltrer quelques agents. Un apport fort utile quand on sait que la formation d’un bon aviateur prend près de deux ans.

L’initiative de Nicolas Guillou est des plus honorables et l’ambition mise dans son projet se doit d’être saluée. En effet, en s’inspirant de faits réels, le réalisateur-scénariste fait œuvre de transmission dictée par un devoir de mémoire et rend hommage aux hommes et femmes qui ont composé le réseau Shelburn. Mais le cinéaste fait un choix étrange parmi les résistants composant le réseau titre. Il structure son récit autour de Marie-Thérèse Le Calvez. A l’époque, la jeune résistante probablement simple exécutante est âgée de dix-neuf ans. A l’écran, cette courageuse résistante en paraîtra plus du double puisqu’elle est incarnée par l’actrice quadragénaire Alexandra Robert, épouse du réalisateur.

Ce personnage omniprésent et trop central tend à reléguer les autres protagonistes au rang de simple figurants. Du film n’émerge que trop peu la dimension du réseau Shelburn. Celui-ci n’apparaît que local. Et si les aviateurs alliés exfiltrés traverseront la Manche, la caméra du metteur en scène ne suivra pas leur trajectoire. Nous notons d’ailleurs, autre élément peu réaliste, l’utilisation très mesurée des langues anglaise et allemande. Si la discrétion des protagonistes anglais s’explique par le contexte du récit, le traitement des représentants des forces allemandes tend à la complaisance. Les membres de la force occupante paraissent globalement peu menaçants et même serviables. Guillou livre un film amidonné et trop propre sur lui et duquel ne transpire jamais la dureté du conflit meurtrier vécu. On songe alors à la série télévisée Un village français (2009-2017).

La faiblesse du récit vient aussi d’une durée pourtant raccourcie (la première version montée du film s’étirait sur quatre heures) mais demeurant trop longue en dépassant allègrement les deux heures (140 minutes exactement). La durée mal gérée du Réseau Shelburn (rythme lancinant) couplée à une narration laissant cours à une romance sans originalité contribuent au manque d’intensité du film. De même, faute de dialogues incisifs, la narration linéaire et scolaire manque de mordant. La voix off entendue est descriptive soit de l’action filmée soit des états d’âme du personnage principal incarné par la propriétaire de cette voix, Alexandra Robert. En définitive, le procédé de la voix off vient suppléer une double déficience : celle des dialogues à dire et celle d’une mise en scène à montrer.

En effet, la mise en scène certes appliquée de Guillou n’est source d’aucune proposition nouvelle. Sans inspiration, souvent mécanique et maladroite (séquences au ralenti, scènes nocturnes bleutées y compris sous la pleine lune), elle ne contrebalance pas un habillage musical inapproprié. Relevons cependant la présence d’effets spéciaux (combats aériens) plutôt convaincants au regard d’un budget de réalisation limité et contraignant (60 000 €).

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